HIN
Seigneur, vous m'offensez. Si vous moniez, Je meurt.
ACOHAT.
D'amis et de soldats une Ifonpe baAile
SIÈCLE DK LOUIS XIV. — POESIE
Aiu portes du paloU aUend notie sortie.
La Boltaoe d'ailleurs se fie à mes discours.
Nourri daoe le sénll , J*eo oonnais les dAlours;
Je sais de B^aset Tordinalie demeure.
Ne taidoDS plus , marchons. Et, s'il faut qfle je meure ,
Mourons ; moi , cher Osmin , oonmie un vizir ; et toi ,
Goamie le fsvQKl d*UB homme tel que moL
Quel caractère et qqel style ! Aînri rien ne le dé» concerte; il sait tout prévoir et tout braver. Que de beautésde toute espèce dans un seul acte et dans une pièce dTailieurs défectneusel Quel ouvrage qu'une tragédie! et quel talent que celui de Radnel
Voltaire, plus capable que personne d*apereevoir ce qui maD^uît à Iki^aM^, et de luiter contre Fauteur, essaya, en 1740, de traiter un sujet à peu prèssenblaUe, sous le nom à»ZMme. Sa pièce eut peu de sucoàs. Il y fit des changements considérables^ et la fit reprendre en 1763. Le talent prodigieux qn'y déploya mademoiselle Clairon n'a po fiûre revivre la pièce, et depuis, on ne Ta point revue. Voltaire Timprima; et voici comme il s'exprime sur le rdléd'Acomat, dans une épttre dédicatoîre à Tectrice immortelle qui avait joué Zulime :
« Cette ^èee,dlt-fl, est isseï bible» et malbeoieose* neiteUe panit avob qodqiie ressemblanee avec i}ii[;ase/ ; et , pour comble de malheur, elle n'a point d'Acomat : mais auMi cet Aoomat me parait Feflbrt de l'esprit humain. Je De vois rien dans rantiqiiité ni chez les modernes qui soit dans ce caractère , et la beaaté de la diction le relève enoore. Pas un seul vers dur oo faible, pas un mot qui ne soit le mot propre; jamais de sabUaoe hors d'cnivre, qui eeise alors d'être sublime; jamais de dissertatkm étrangère au sujet, toutes les convenances parfaitement observées. Enfin ce lAle me parait d'autant plus admirable, qu'il se trouve dans la seule tragédie où l'on pouvait l'introduire , et qu'il aurait été déplacé partout ailleurs. »
' Ce que dit Voltaire du style de Racine est rigou- Wisement vrai du rôle d'Acomat , mais ne Test pas tout à fait autant du reste de la pièce. On sait que Boileau en trouvait la versification négligée. Expliquons-nous pourtant : cela veutdire qu*on relnarque environ dnquante vers répréhensibles sur un millier d'excellents, et trois ou quatre cents d'admirables. Cest dans cette proportion qu'il est arrivé à Racine, une fois en sa rie depuis Ândromaque, d'être ce que Boileau appelait négligé. On peut juger par là de la sévérité du critique et de la supériorité de l'auteur. Il faut voir quelques-unes de ces fautes : c'est une espèce de nouveauté que d'en trouver dans les vers de Racine.
lUen ne m'a pojMrer contre ces dsnleis coups.
C'est un mot impropre. On dit jparer des coups et se garafiUr des coufs. Parer ne peut s'appliquer aux personnes que comme verbe réfléchi, suiri de
la particule de : se pmrer des enUtût^s de l'ennemi, se parer du soleil. Mais on ne pourrait pas dire, séparer contre TennenU.
fal reemté vot pleun autant que Je Ta! pu.
Encore un terme impropre. Si c'est une ellipse pour dire : j'ai reculé le moment de faire couler vos pleurs, elle est trop forte. Si c'est une métaphore, elle est fausse; on ne peut ni avancer ni reculer des pleurs.
Nals/f m'asMMv encore aux bmtiê de ton frèra.
On dit ^ Je m*assure dans vos bontés, et non pas Je nCàssure à vos bontés.
Ne TOUS lnl6nnei point c» gne Je deviendrai.
Cest un solécisme. Il faut absolument ne vous in* formez pas de ce que Je deviendrai. Il éuit si facile de mettre ne me demandez point ce que Je deviei^ drai, que je soupçonne que du temps de Racine la construction dont il se sert était d'ussf^. Elle n'en est pas moin^ incorrecte.
Ne vous figurez pohit que, dans cette Journée, D'un ISdie dése^oir ma vertu ameiemée.
On est accablé d'un désespoir, abattu par le désespoir, et l'on n'en est pas consterné. On ne peut être consterné que du désespoir d'auirui :Je l'ai vu dans un désespoir qui m'a consterné.
Et ma booehe et mes yeux, du mensonge ennemis, Peut-Mre dans le temps que Je voudrais lui plaire. Feraient par leur détordre un efliet tout contraire.
On ne peut pas dire désordre de ma bouche et de mes yeux. L'intervalle d'un vers rend la faute moins sensible, mais non pas moins réelle.
rirai, Men plus content et de vous et de mol. Détromper son amour d'une feinte forcée, ÇiM Je n'allais tantôt déguiser ma pensée.
Le comparatif plus est séparé du relatif que de ma* nière que la phrase n'est plus francise. La construction exacte et naturelle demandait que la phrase fût disposée ainsi : J'irai détromper son amour d'une feinte forcée, bien plus content de vous et de moi, que Je n'allais tantôt déguiser ma pensée.
pourttUvez, s'il le ftiut, un courroux légitime.
On dit suivre le courroux et poursuivre la vengeance. La raison en est simple : suivre le courroux, c^est se laisser mener par. lui : poursuivre la vengeance, c'est courir après pour la trouver. Telle est la différence de ces deux termes , au figuré comme au propre.
Ses yeux ne l'ont-Us point sMnife?
Roxane est-elle mortet
Séduite ne peut être ici le synonyme de tromper :
COURS DE UTIÉRATDBB.
il ne Test jamais que dans le sens moral. J'ai cru te voir; mes yeux m'ont trompé, et non pai mes yeux m'ont séduit. Les yeux de cette/emme m'ont fait croire qu'elle m'aimait; ils m'ont trompé, Us m'ont séduit. Tous les deux sont bons.
On pourrait relever d'autres fautes , mais ce sont là les plus graves que j*ai remarquées. On a beaucoup critiqué ce vers :
ÇtoicoDt-U» mes périls et vos larmes sincères?
Je ne le blâmerais pas. Je sais bien qu'on ne dit pas des périls sincères; mais sincères convient au dernier mot, qui est larmes , et cette interposition fiait passer le premier. Il y a mille exemples en poé- 1 aie de cette espèce de licence. Le sens est parfaitement clair : Croiront-ils mes périls véritMes et vos larmes sincères ? Voilà ce qu*on dirait en prose, et en vers FafBnité des idéeà de véritables et de sineères fait passer la hardiesse qui favorise la précision sans nuire à la clarté.
Concluons de cet examen que Bqfazet, comparé aux chefs-d'œuvre de Tauteur, est dans la totalité un ouvrage de second ordre, qui n'a pu être fait que par un homme du premier.
sBcnoif. T. — Miihridaie.
Il paraît que, dans Milhridate, Racine'se proposa de lutter de plus près contre Corneille, en mettant comme lui sur la scène un de ces grands caractères de l'antiquité, d'autant plus difQciles à bien peindre, que l'histoire en a donné une plus haute idée. Il avait fait voir dans Acomat tout ce qu'il pouvait mettre de force dans un personnage d'imagination ; il fit voir dans MUhridaie avec quelle énergie et quelle fidélité il savait saisir tous les traits de ressemblance d'un modèle historique. On ^ retrouve chez lui Mithridate tout entier, son implacable haine pour les Romains, sa fermeté et ses ressources dans le malheur, son audace inûitigable, sa dissimulation profonde et cruelle, ses soupçons, ses jalousies, ses défiances, qui l'armèrent si souvent contre ses proches, ses enfants, ses mattresses. Il n'y a pas jusqu'à son amour pour Monime qui ne soit conforme, dans tous les détails, à ce que les historiens nous ont appris. Les mêmes juges qui louaient Corneille si mal à propos d'avoir rendu l'amour héroïque dans toutes ses pièces n'ont pas voulu faire grâce à celui de Mithridate; ils l'ont regardé comme avilissant pour un héros : tant l'injustice et l'inconséquence semblent attachées à la plupart des jugements que l'on a portés sur ces deux poètes I II n'en est pas moins vrai que Raeine, en peignant la passion tyrannique et jalouse du roi de Pont pour Monime, a conservé on des traits
caractéristiques sous lesquels les anciens nous ont repiéseiné Mithridate. On sait que plus d'une fois , au moment d'un danger ou d'une défaite, il fit périr celles de ses femmes qu'if aimait le plus, de peur qu'elles ne tombassent au pouvoir do vainqueur. C'est à ces ordres sanguinaires , à cette Jalousie féroce, qu'on a reconnu dans tous les temps ce qu'est l'amour dans le cœur des despotes asiatiques. Celui de Mithridate, non-seulement a le mérite d'être conforme aux mœurs et à l'histoire, il est encore tel que l'auteur de PArt poétique qu'il soit dans une tragédie :
Et que l'amoiir, souvent de noBords oombitta, i
Paraisse ime faiblesse , et non une vertn.
Avec quelle force Mithridate se reproche le penchant malheureux qui l'entratne vera Monime, à l'instant où sa défaite le force de chercher un asile dans une de ses forteresses du Rosphore!. Et combien de circonstances se réunissent pour rendre excusable cette passion qui par elle-même n'est pas faite pour son âge ! C'est dans le tedips de ses prospérités qu'il a envoyé le bandeau royal à Monime; et, depuis ce temps, la guerre l'a toujoura éloigné d'elle. Il était alora glorieux et triomphant; il est malheureux et vaincu.
Ses ans se soot aocras, ses bonneiin sont détroits.
Cest dans un semblable moment qu'il est entel de perdre ce qu'on aimait , parce qu'alon cette perte semble une insulte faite au malheur, et la dernière injure de la fortune, qui devient plus sensible après toutes les autres. On est porté à excuser, à plaindre un roi fugitif, occupé de vengeance et de haine , et allant, malgré lui, demander des consolations à l'aiHour, qui met le comble à tous ses maux. Cest sous ce point de vue que le poète a eu l'art de nous montrer Mithridate. Quand ce prince s'aperçoit avec quelle triste résignation Monime se prépare à le suivre à Fautel , cette âme altière et aigrie se révolte à la seule idée de ce qui peut ressembler ^u mépris.
Ainsi, prête à subir on Joog qni voos opprime, Toas n'ailez à Pautel qne comme ane victime; Et moi, tyran d*an cœur qni se refose au mien , Même en vous possédant , Je ne tous devrai rien. Ali ! madame , est-œ là de quoi me satisfaire? Faut-U que désormais, renonçant à vous plaire, le ne prétende plus qu'à vous tyranniser? Mes maUieurs, en un mot , me font-Us mépriser? Ah! pour tenter enoor de nouvelles conquêtes, Quand je ne verrais pas des routes toutes prêtes. Quand le sort ennemi m'aurait Jeté plus bas. Vaincu, persécuté, sans secours, sans £tats. Errant de meis en mers , et, moins roi que pirate. Conservant pour tout bien le nom de Mithridate, Apprenes que , suivi d*un nom si glorieux , Partout de l^univers f attacherai les yeux : Et qu'il n'est point de rois, s'ils sont dignes de rétra. Qui, sur le trône assis, n'enviassent peut-être
SIÈCUS DE LOTOS XIV. ^ POÉSIE
iLindenas de léor gkdfe an naaAmge âevé. Que Rome et quarante ans ont à peine achevé.
Cest aTec ces mouvements , qui peignent si bien l'âme et le caractère, que Ton donne encore aux faiblesses le ton de la grandeur; et le spectateur les pardonne encore plus Yolontjers à celui qui sait en rougir, qui sait dire, comme Mithridate :
O Monimel ô non fllsl inutile oouironxl
Et voua , heureux Romaine ! qud triomphe pour vous ,
Si vous saviez ma honte, et qu'un avis fidèle
De mes lâches combats vous portât la nouvelle !
Quoi! des plus chères mains craignant les trahisons,
J*al pris soin de m'armer contre tous les poisons;
l'ai su, par une longue et pénible industrie,
Des plus mortels venins prévenir la fnrfe :
Ah ! qu'il eùl mieux valu, plus sage et plus heureux,
Et repoussant les traits d'un amour dangereux ,
Ne pas laisser rempUr d'ardeurs empoisonnées
Un coeur déjà glacé. par le troid des années 1
On a fait à Mithridate le même reproche*qu*à n^on, de se servir contre Monime d'un moyen aussi peu fait pour la tragédie que celui dont se sert Méron contre Junie. Je réponds à la même objection par la même apologie : la scène est tragique, puisqu'elle produit de la terreur. Il y a même ici une raison de plus, prise dans la dissimulation habituelle qui était une des qualités particulières à Mithridate. Il soutient cette. même dissimulation, lorsqu'il redouble de caresses pour Xipharès à Tinstant où il médite de s'en venger; et le poète a soin de £âire dire à Xipharès qu'il reconnaît Mithridate à ses artifices ordinaires, et qu'il est perdu, puisque son père dissimule avec lui.
Reconnaissons avec Voltaire , ce juge si sévère et si éclairé des convenances tlîéâtrales, que si la tragédie et la covédie ne peuvent jamais se ressembler par le ton et les effets, elles peuvent se rapprocher quelquefois par les moyens de l'intrigue. Il en donne une preuve bien frappante en faisant voir lesmpports qui se trouvent entre l'intrigue de f ^vare et celle de Mithridate, •
« Harpagon et le roi de Pont sont deux vieillards amoureux ; l'un et l'aulre oi|^ leur fils pour rival ; l'un et l'antre ae servent du même artifice pour découvrir rinlelUgeiioe qui est entre leur fils et leur maîtresse ; et les deux pièces finissent par le mariage du jeune homme. Molière et Racine ont également réussi en traitant ces deux intrigues. L'un a amusé, a réjoui , a fidt rire les honnêtes gens; l'autre a attendri , a effrayé, a dit verser des larmes. Molière a joué l'amour ridicule d'un vieil avare ; Racine a représenté les faiblesses d'un grand roi, et les a rendues i«spectablas. »
Mais pourquoi, parmi nous, deux choses aussi différentes que la tragédie et la comédie ont-elles ce point de ressemblance qu'elles n'ont jamais chez les anciens? Voltaire ne pouvait pas l'ignorer ;inais apparemment il n'a pas voulu le dire. Cest parce
que Tamour n'entrait pour rien dans la tragédie ancienne , et que , du moment où nous l'avons introduit dans la nôtre, il a fallu, par une conséquence, nécessaire , qu'une passion qui appartient Ji tous les états amenât dans la tragédie des moyens vulgaires , et que les héros , en devenant amoureux , •ressemblassent sous ce point de vue aux autres hommes. Nous avons vu que le caractère altier, sombre et artificieux de Mithridate , était conservé jusque dans son amour ; et que sa fermeté dans le malheur, et le sentiment de sa grandeur passée , empêchaient qu'il ne fût avili devant Monime. C'est avec la même vérité , et avec plus de force encore , que l'auteur a su peindre cette haine furieuse qui , pendant quarante ans , avait armé le roi de Pont contre les Romains. Jamais le pinceau de Racine ne parut plus mâle et plus fier; et ce rôle est celui où il se rapprodie le plus de la vigueur de Corneille , surtout dans la scène fameuse où il expose à ses deux fils son projet de porter la guerre dans l'Italie. Ce n'est pas une invention du poète : ce projet audacieux est attesté par plusieurs écrivains, et détaillé dans Appien , qui trace même la route que devait tenir Mithridate. Si la trahison de Pharnace et la fortune dePompéen'eussent pas accabléce formidable ennemi de Rome au moment où il méditait ce grand dessein , son courage et sa renommée pouvaient lui fournir assez de ressources pour l'exécuter, et personne n'était plus capable de faire voir à l'Italie un audre Annibal. Cette scène a encore un autre mérite : en montrant le héros dans toute son élévation, elle montre aussi sa jalousie artificieuse , puisqu'elle a poiur objet de pénétrer ce qui se passe dans le cœur de Pharnace , et d'en arracher l'aveu de ses projets sur Monime. Cette situation met dans tout son jour le contraste des deux jeunes princes , qui soutiennent également leur caractère. Le perfide Pharnace, comptant sur l'appui des Romains qu'il attend, refuse formellement d'aller épouser la fille du roi des Parthes; et le vertueux Xipharès, tout entier à son devoir et à son père, ne connaît d'autres intérêts que ceux de la nature et de la gloire, et saisit avec l'enthousiasme d'un jeune guerrier le dessein d'aller combattre les Romains dans l'Italie. Cette scène me pataft, sous tous les rapports, une des plus belles que Racine ait conçues, et le discours de Mithridate est dans notre langue on des modèles les plus achevés dtt style sublime.
U fuis : alnal le veut la fortnne enrtemte. Mais TOUS savei trop bien rhittoire de ma vie Pour croire que, longtemps soigneux de me cacher, rattende en ces déserts qu'on me vienne chercher. La guerre a les faveurs ainsi que ses disgrâces : D^à plus d*une fols reloomant sur mes traoes.
COURS DE LriTERATURB.
TaiMlto qofi rflonmi, p$r ma ftiite trompé, Tenait après son char un vain peuple oocupé, Et, gravant en airain ses fr^es avantages, De mes États conquis eochainait les Images, Le Bosphore m*a vu, par de nouveaux apprêts. Ramener la terreur du fond de ses marais , Et, chassant lesliomains de l'Asie étonnée. Renverser en un^ur Touvrage d'une année. D'autres temps, d'autres soins : l'Orient accablé Ne peut plia soutenir leur effort redoublé. n voit plus que jamais ses campagnes couvertes De Romains que la guerre enridiit ^ nos pertes. Des biens des nations ravisseurs altérés. Le bmit de nos trésors les a tous attirés : Ils y courent en foule, et, jaloux l'un de Tautra, Désertent leur pays pour hionder le nôtre. Moi seul je leur résiste : ou lassés ou soumis, Ha funeste amitié pèse à tous mes amis; Chacun à ce fardeau veut dérober sa tète. Le grand nom de Pompée assure sa conquête : Cest reffioi de l'Asie; et, loin de l'y chercher, Cest à Rome, mes flU, que Je prétends marcher. Ge dessein vous surprend , et vous croyez peut-être Que le seul désespoir av^ourd'hui le fait nattre. J'excuse votre erreur; et, pour être approuvés. De semblables projets veulent être achevés. .
ne vous figurez point que de cette contrée Par d'étemels remparts Rome soit séparée. le sais tous les chemins par où je dois passer; Et si la mort bientôt ne me vient traverser, iSans leeuier plus loin l'effet de ma parole , :ie vous rends dans trois mois au pied du Ci^ltole. Doutez-vous que l'Euxin ne me porte en deux jours Aux lieux où le Danube y vient finir son cours.; Que du Scy tlie avec moi l'alUanoe Jurée De l'Europe en ces lieux ne me livre rentrée? Recueilli dans leurs ports , accru de leurs soldats , Nous verrons notre csmp grossir à chaque pas. Daces , Pannoniens , la fière Germanie , Tous n'attendent qu'un chef contre la tyrannie. Vous aves vu l'Espagne, et surtout les Gaulois, Contre ces mêmes murs qu'Us ont pris autrefbis Exciter ma vengeance , et, Jusque dans la Grèce , Par des ambassadeurs accuser ma paresse. Ils savent que, sur eux prêt à se déborder. Ce torrent, s'il m'entraîne, ira tout inonder; Et tous' les verrez tous , prévenant son ravage , Guider dans lltalle ou suivre mon passage.
Cest là qu'en arrivant, plus qu'en tout le chemin , Tous trouverez partout l'horreur du nom romain , Et la triste Italie encor toute fumante Des feux qu'a raUtunés sa liberté mourante. Non , princes , ce n'est point au bout de l'univers Que Rome frit sentir tout le poids de ses fers ; â de près Inspliaal km haines les plus fortes. Tes plus grands ennemis, Rome, sont à tu portes. Ah ! slls ont pu choisir pour leur libérateur fipartaeus, m esdave, un vil gladiateur; • snis suivent au combat des brigsnds qui les «engnt , De quelle noble ardeur pensez- vous qu'ils se rangent Sous les drapeaux d'un roi longtemps victorieux , Qui voit Jusqu'à Cyrus remonter ses alenx ? Que dls^Je ? En quel état croyez-vous la surpnodn? Vide de légions qui la puissent défendre. Tandis que tout s'occupe à me persécuter, I^urs féBunes , leurs enfants , pourront-ils m'ânêlerT
Marchons , et dans son sein r^etons cette guerre Que sa fureur envoie aux deux bouts (le la terre. Attaquons dans leurs murs ces conquérants si fiers ; Quito tremblent à leurloor pour leurs proprés foyers : Annibal l'a prédit , croyons-en ce grand homme , Jamais on ne vaincnies Romains que dans Rome *.
« ^tl ( Annibal ) Jïomofioi iwic< Mil Mtft annif «Mf poM0 ,
Noyons4a dans sou sang Justement répandu ; RnUottS ce Capitole , où J'étais attendu ; Détruisons ces honneurs , et faisons disparaître .•La honte de cent rois, et la mienne peut-êlre!
£t la mienne peutétre! Ce dernier trait est profond. Il sort d'un cœur ulcéré, et produit d'autant plus d'efifet, qu'il est jeté là comme en passant. Mithridate sent trop vivement sa honte pour s'y arrêter : ce n'est qu'un mot qui lui échappe; mais œ mot réveille une foule de sentiments et d'idées : il est sublime. Dans tout le reste, la magnificence du style, la pompe des images est égale à l'élévation des pensées. Racine sait se proportionner à tous ses sujets. Nous n'avons point encore vu sa diction s'élever si haut ni prendre ce caractère. Ce n'est ni le diarme de Bérénice, ni la sévérité de BrUannictte, ni le stylé impétueux et passionné d'Hermione et de Rozane. Racine est grand , parce qu'il faiit parier un grand homme médiunt de grands desseins : il s'agit de Mithridate et de Rome; il est au niveau de tous les deux.
U se présente cependant ici quelques remarques à faire. Je ne reprocherai point à l'auteur la rime de fiers et ûe/oifers : rien n'était plus &cile que de mettre ces conquérants alHers. Mais l'exemple de Racine et de Boileau, les deux meilleurs versificateufs français, prouve qu'alors il était de principe qu'une rime exacte pour les yeux était suflBsanté. Voltaire, qui d'ailleurs rime bien moins richement que ces deux poètes, est pourtant celui qui a insisté le premier sur la nécessité de rimer principalement pour l'oreille. Il a eu raison; c'est une obligation que nous lui avons , et qu'auraient dû reconnaître ceux qui lui ont reproché avec justice de rimer trop négligemment.
Mais j'oserai reprendre une expression qui ne me semble pas absolument juste :
Ne vous figures point que de cette contrée Par d'étemeU remparts lUme soit séparée.
Is poète veut dire par des remparts qu'an ne puisse JranclUr; et malheureusement notre langue ne lui permettait pas d'exprimer cette idée en un seul mot. Mais celui qu'il a substitué le rend-il bien? On appelle proprement des remparts éternels ceux qui sont l'ouvrage de la nature et faits pour durer autant qu'elle, comme les montagnes et les mers« Ainsi les Alpes , par exemple , sont des ren^itarts étemels entre la France et lltalle. Mais ces remparts , tout étemels qu'ils sont , on peut les franchir : on les a franchis mille fois ces
fiterneb heulevards qui n*ont point garanti
nec ItâUam alUer quam italici^-viribui tuHgû ( Justiuus.