XL
Racine, à limitation des anciens, introduisit des chœurs dans Esther et dans Atkalie; mais au lieu de les laisser, comme eux, sur le théâtre pendant toute la durée de l'action , ce qui était souvent contraire à la vraisemblance, il a soin qu'il y ait toujours une raison pour les faire entrer sur la scène et pour les en faire sortir. Une partie de ces chœurs est chantée; dans l'autre, c'est tm coryphée qui parle pour tous. Cest là que Racine a déployé un nouveau genre de talent , étranger à notre poésie dramatique. Mais , pour ne pas séparer des choses analogues entre elles , je me propose de parler en même temps des diœurs à^ Esther et de ceux d'^ihalie. C'est maintenant cette pièce , le dernier et le plus étonnant des chefs-d'œuvre de Racine , qui doit nous occiiper.
SBcnoN IX. — Athaiie.
La conception la plus étendue et la plus riche, dans le sujet le plus simple , et qui paraissait le plus stérile ; le mérite unique d'intéresser pendant cinq actesaveeun prêtre et un enfimt, sans mettre en œuvre aucune des passions qui sont les ressorts ordinaires de l'art dramatique, sans amour, sans épisodes, sans confidents; la vérité des caractères ; Texpression des mœurs empreinte dans chaque vers; la magnificence d'un spectacle auguste et religieux , qui montre la tragédie dans toute la dignité qui lui appartient ; la sublimité d'un style également admirable dans un pontife qui parie le langage des prophètes, et dans un enfant qui parle celui de son âge; la beauté soutenue d'une versification où Racine a été au-dessus de lui-même; un dénoûment en action, et qui présente un des plus grands tableaux qu'on ait jamais offerts sur la scène : voilà ce qui a placé M^uUie au premier rang des productions du génie poétique ; voilà ce qui a justifié Boileau , lorsque , seul contre l'opinion générale, et représentant la postérité, il disait à son ami découragé "*. « AthoUie est votre plus bel ouvrage. »
Développons , s'il se peut , tous ces différents mérites, et voyons d'abord comment l'auteur s'y est pris pour exciter un grand intérêt en faveur de Joas ; et légitimer les moyens que le grand prêtre emploie contre Athaiie. Je ne dois pas dissimuler qu'il ne s'agit ici de rienmoins que de combattre une autorité que j'ai souvent invoquée en fait de goût, celle de
Voltaire. Mais heureusement le respect que j'ai toujours témoigné pour son génie et ses lumières m'a justifié d'avance, en Élisant voir qu'il ne peut céder chez moi qu'à celui que l'on doit à la vérité. Voltaire , pendant quarante ans , n'a parlé d'Jthalie que pour la nominer le chef-d'œuvre de la scène. Cependant, sur la fin de sa vie , il en a fait des critiques qui tendent à détruire l'ouvrage dans ses fondements ; critiques que l'ascendant de son nom et de son autorité a pu seul faire paraître spécieuses, et qui, sous les rapports de la morale et de l'art du théâtre, sont également mal fondées. Je crois même que , si l'on voulait expliquer cette contrariété dans ses opinions , et chercher pourquoi il a changé d'avis sur Athaiie, on trouverait que la véritable raison , c'est q^Atha- He est un sujet juif , et Ton sait que Voltaire n'a jamais eu de goût pour cette nation. Cette antipathie l'a emporté sur son amour pour Racine , et Athaiie a été enveloppée dans la proscription générale. Quoi qu'il en soit, je vais citer ce qu'il en dit , et ma réponse sera en même temps l'exposé que j'annon^s tout à l'heure des ressorts que Racine a si habilement employés.
« Je demande de qael droit Joad ttme ses lévites contre la reine, à laquelle il a foit seraient de fidélilé. De quel droit trompe-t-il AUialie en lai promettant un trésor? De quel droit fait-fl massacrer sa reine? JÊtait-il permis à Joad de conspirer contre elle et de la tuer ? Il était son svûet ; et certainement, dans nos mœurs et dans nos lois, U n'est pas plus permis à Joad de faire assassiner la reine qu'il n*eût été permis à rarchevéque de Cantorbéry d'assassiner Elisabeth parce qn'èlle avait fait condamner Marie Stuart. »
Si cet exposé était vrai , le sujet &Athalie serait essentiellement vicieux : l'auteur aurait péché con^ tre la première règle du théâtre, qui ne doit jamais blesser la morale ni consacrer la révolte et le crime. Mais cet exposé est infidèle dans tous les points, et détruit entièrement par les faits : il suffira de les détailler.
Depuis la division des douze tribus, sous le règne de Roboam , le peuple juif était partagé en deux royaumes. Les deux tribus de Juda et de Benjamin composaient le royaume de Juda, et les dix autres celui d'Israël. Mais il faut observer que les rois de Juda étaient de la famille de David; qu'ils avaient conservé l'ordre de la succession et le culte légitime ; qu'ils avaient dans leur partage Jérusalem la ville sainte, et le temple de Saiomon, «t qu'enfin c'était d'eux que devait naître le Messie, l'espérance de la nation juive. Les tribus d'Israël, au contraire, la plupart tombées dans l'idolâtrie, étaient regardées dans Juda comme coupables d'un schisme sacrilège , et oonune une race réprouvée que Dieu même avait
GOUBS DE UTTËRATURE.
HModite. Samarieétaitponr Jérasalemeeque Genève est pour Rome. L'auteur ^ÀthaUe rappelle cette malddiction dans plusieurs endroits de la pièce , particulièrement dans celui-ci :
Dlea, ipii hait les tyrans, et qui dans JeinA Jura d'extmniner Achab et Jézabel; Diea qui , frappant Joram', le mari de leor fiUe, A Jusque sac son flis pounuivi leur famiUe ; f
Dieu , dont le bras vengeur, pour un temps suspendu. Sur cette race impie est toiijoun étendu.
Ailleurs, en parlant de Jéhu, roi dlsraël, il fut direàJoad:
Jâiu , qu*avait choisi sa sagesse profonde ; Jého , sur qui Je Tob que votra espoir se fonde , D*un oubli trop Ingrat a payé ses bienfaits : ■ Jéhu laisse d*A.chab Taffireuse flile en paix, Suit des rois dlsraftl les profanes exemples , Du vil dieu de l*Ëgyple a conservé les temples. Jéhu, sur les hauts lieux enfin osant ofTrir Un ttaiéraira encens que Dieu ne peut souffrir. N'a pour servir sa cause et venger ses ligures, Ni le cœur assez droit, ni les mains asses pures.
Ces notions générales n'ont pas un rapport direct à la question que je traite en ce moment; mais elles sont nécessaires pour donner une idée juste du sujet , et réfuter le même auteur sur d'autres observations critiques que je me propose d'examiner. Maintenant un précis très-cQurt des faits historiques sur lesquels la pièce est fondée fera voir si Joad est en effet un rebelle, et s'il devait regarder Athalie comme sa reine.
Athalie était fiUe d'Achab et de Jézabel, qui régnaient dans Israël : elle avait épousé Joram , roi de Juda, fils de Josaphat , et le septième roi de la race de David. Son fils Ochosias, entraîné dans l'idolâtrie, ainsi que Joram, par l'exemple d'Athalie, ne régna qu'un an, et fut tué, avec tous les princes de la maison d'Achab, par Jéhu , que Dieu avait &it sacrer par ses prophètes , pour r^^ner sur Israël et pour être le ministre de ses vengeances. Athalie, irritée du massacre de sa famille , voulut , de son côté, ex* terminer celle de David , et fit périr tous les enfants d'ûchosias ses petits-fils. Joas au berceau échappa seul à cette barbarie, sauvé par Josabeth, sœur du roi Ochosias , mais d'une autre mère qu'Athalie, et femme du grand prêtre Joad.
D'après ces fouts, tous énoncés et répétés dans la pièce , je demande à mon tour si Joas n'était pas Fhéritier légitime du royaume de Juda, et si l'on pouvait lui disputer le droit de succéder à son père ? je demande si Athalie n'était pas évidemment une usurpatrice , et si elle avait d'autres droits que ses crimes ? je demande s'il est permis d'avancer si gratuitemen que Joad a pu lai ûîre serment de JidéUtéf C'est supposer un foit non-seulement faux , mais impos-
sible, n sufiBt d'eutendie, dès la première scène, de quelle manière Joad parle d'Athalie :
Huit ans d^à passés, une impie étrangère ]>n soephre de David usurpe tous les droits. Se baigne impunément dans le sang de nos rata, Des epfants de son fils détestable bomldde. Et même contra Dieu lève son bras perfide.
Supposons qu'après la mort de Henri n, Catherine de Médicis eût fait assassiner tous les princes de la branche de Valois et ceux de la branche de Bourbon, et que François n, encore enfant, cru mort comme les autres, eût été, par un cuup du hasard, dérobé au glaive des assassins, et caché dans une cour étrangère ou dans quelque ville du royaume; qu'il fût parvenu ensuite à se faire reconnaître pour ce qu'il était, lui aurait-on contesté son droit à la couronne? C'est précisément la situation où se trouve Joas. Il est donc bien éndemmedl roi de Juda; Joad est son si^fet et non pas celui d'Athalie. Joad n'a donc fait ni pu faire terment de fidélité à une usurpatrice meurtrière, souillée de sang et de forfaits. Il n'est dit nulle part qu'il lui ait fait ce serment, et son caractère et sa religion ne permettent pas plus de le présumer dans une tragédie que dans l'histoire. Athalie, qui ne régnait que par la force, n'ignorait pas les sentiments de Joad et de ses lévites ; mais elle ne les craignait pas. Elle dit elle-même :
Vos prêtres, Je veux Men , Âbner vous l'avouer, Des bontés d'AUiaUe ont Ueu de se louer. Je sais , sur ma conduite et contra ma puissance, lu8qu*où de leurs discours ils portent la licence : Us vivent cependant, et leur temple est debout
Elle les regarde donc comme ses ennemis , mais comme des ennemis faibles et impuissants; et Ton peut penser que, si elle les épargne, c'est pour ne pas commettre des cruautés inutiles. Il en résulte que Joad, bien loin de conspirer contre la reine, défend son légitime souverain contre une marâtre barbare qui lui a ravi le trône , et qui a voulu lui arracher la vie. On voit par là combien est faux dans tous ses rapports le parallèle hypothétique qu'on établit entre Elisabeth et Athalie, entre Joad et l'archevêque de Cantorbéry. Celui-ci était sujet d'Êlisabcth, et Joad ne l'était pas d'Athhlie. Le prélat anglais ne devait rien à Marie Stuart que de la pitié ; le pontife de Jérusalem devait servir de tout son pouvoir le dernier rejeton de ses rois , sauvé par son épouse, et nourri dans le temple : la disparité est complète.
Mais ce n'est pas assez que la cause de Joad soit juste; il faut justifier les moyens qu'il emploie. La manière dont on les attaque offre un côté spécieux : un prêtre qui trompe I un prêtre qui assassine! Ce
SIÈCLE DE LODIS XIV. — POÉSIE
mA énoncé présente une sorte de contraste dans les termes , qui a quelque chose de trop odieux ; mais en dépouillant un fait de toutes les circonstances qui raccompagnent , il est aussi trop facile de le dénaturer. Cest ici qu*il faut en revenir d*abord à oe principe incontestable, qu'un poëte dramatique doit fiaiire agir et parler ses personnages conformément aux moeurs du pays où ils YÎvent, à moins qu*il n*y ait un tel excès d'atrocité , de bizarrerie ou de bassesse, qu'il ne soit pas possible de s'y prêter; et dans ce cas il fout ou adoucir ces mœurs sans les contredire trop formellement, ou rejeter un sujet qui répugnerait trop aux nôtres. La question est donc de savoir si l'auteur d'Jthalie, dans tout le cours de la pièce, nous a montré les objets sous un tel point de vue, que la conduite de Joad nous paraisse irréprochable, et que l'intérêt de cet enfant, son pupille et son roi , devienne celui du spectateur. Cet examen sera le plus grand éloge de l'ouvrage. H n'y en a pas un seul où l'on ait porté aussi loin cet art dont la multitude n'aperçoit que le résultat , et dont les connaisseurs sentent tout le mérite, cet art si essentiellement théâtral , de mettre sans cesse dans la bouche de chacun des acteurs tout ce qui peut fonder, nourrir, accrottre l'intérêt unique qu'il faut inspirer, et ranger les spectateurs du parti que le poëte .veut qu'ils embrassent; art d'autant plus difficile, qu'il ne feut pas en laisser voir Tintention : l'effet est manqué , si le besoin est trop aperçu. L'auteur doit toujours nous mener , mais de manière que nous nous imaginions aller tout seuls. Plus on riéfiéchitsur le sujet, le plan, Texécution à^Àthàlie, plus on est effrayé des difficultés qui durent frapper un auteur qui avait tant de connaissances du théâtre , et du talent infini qu'il lui fallait pour les surmonter. Phèdre était sans doute un sujet très-délicat à manier ; mais aussi que de ressources ! là passion, que Radne savait si bien traiter; la Fable, qui apportait sous son pinceau ce que la poésie a de plus brillant! Il était là comme sur son terrain : ici, rien de tout Cela. Pdint de passion d'aucune espèce : un sujet austère, et pour ainsi dire nu ; le péril d'un enfant, qui par lui-même n'a rien de bien vif, à moins qu'on ne puisse y joindre le ressort puissant de la nature dans le cœur d'un père ou d'une mère, comme dans Andromaque, dans Iffhigénie, dans Mérope, dans Idamé. Joas est orphelin; il est le neveu de Josabeth : c'est un lien de parenté; mais qu'il est loin, de ce grand sentiment de la maternité, auquel rien ne peut se comparer! Aussi Josabeth n'est-elle qu'un personnage secondaire, qui se laisse conduire en tout par Joad. Il fallait pourtant nous attacher au sort de cet enfant pendant cinq actes. Ce n'est
pas tout : quel est le défenseor de cet en&nt? quel est celui qui entreprend de le remettre sur le trône ? Ce n'est point un de ces personnages toujours avantageux à montrer sur la scène , un guerrier , un héros vengeur de sa patrie et de ses rois, un politique habile méditant une grande révolution : c'est un pontife enfermé dans un temple avec une tribu consacrée au service des autels. Il fallait le faire triompher de la force et du pouvoir sans blesser la vraisemblanoe, et le rendre ministre d'une vengeance rigoureuse et sanglante sans dégrader ni faire haïr le caractère du sacerdoce. Tout autre personnage pouvait être , sans aucun inconvénient , l'instrument du salut de Joas et de la perte d'Athalie. Rétablir l'héritier du trône, venger la faiblesse opprimée, et punir l'ennemi et le bourreau de ses rois, était pour tout autre une entreprise non-seulement légitime, mais glorieuse. Cependant, telles sont les idées de convenance attachées à chaque état, que faire répandre par les ordres d'un prêtre le sang d'une reine , quoique coupable et usurpatrice, était en soimême difficile et dangereux. Tant d'obstacles nés du sujet n'étaient balancés que par une seule ressource, l'intervention divine. A la vérité, elle se présentait d'elle-même, et l'homme le plus ^nédiocre pouvait la saisir ; mais c'est un de ces moyens qui n'ont qu'une valeur proportionnée à la force de celui qui s'en sert : mis en œuvre par une main moins habile, il ne pouvait tout au plus que faire excuser Joad, et alors la pièce était manquée; elle ne pouvait produire que très-peu d'effet. Il était absolument nécessaire de tirer de ce moyen tout le parti possible : il fallait faire entendre la voix de Dieu dans chaque vers , rendre cet enfant que le ciel protège aussi dier aux spectateurs qu'aux Israélites (puisque enfin c'est là toute la pièce) , le leur montrer sur la scène , et faire agir sur tous les cœurs le charme de reofinnoe; oe qui était sans exemple, et placé, s'il faut le dire, entre le sublime et le ridicule. Et quel autre qu'un grand maître ; allons plus loin , quel autre que Racine pouvait en venir à bout ? Sans la magie d'un style divin , qui s'élève jusqu'à l'enthousiasme d'un pontife avec autant de Succès qu'il descendàlanaîvetéd'uD enfant, lascènefrançaisen'avait pomt à'AthaUe, C'est un de ces tableaux qui ne peuvent exister que par un prestige unique de coloris, et que, sans cela, la plus belle ordonnance, le plus beau dessin, ne pourraient sauver. Il y a des sujets où l'on est forcé d'être sublime, sous peine de n'être rien : Racine s'est bien acquitté de ce devoir; il l'est depui^s le premier vers jusqu'au dernier «.
> Quand le oélèbie Lekain vint, à Tàge de dix-hait ans, cbex Voltaire, bOce devant loi Teteal de ce talent, tiop tôt
COURS DE LITTÉRATDRE.
La théoeratie, particulièrement établie chez les Juifs, était donc le principal objet que devait développer Fauteur d'j4thaOe, Aussi , dès la première scène, il fonde puissamment toutes les idées qui doivent gouverner Tesprit des spectateurs; il rappelle tous les faits qui doivent influer sur le reste de la pièce; il prépare tout ce qui doit arriver. Il choisit , pour le jour qu'il a destiné à la proclamation de Joas , une des principales fêtes des Juifs , celle où l'on célébrait l'anniversaire de la publication de la loi, et qu'on appelait aussi la fête des Prémices, parce qu'on y offrait à Dieu les premiers pains de la nouvelle moisson. Il introduit avec le grand prêtre un guerrier qui a servi avec distinction sous les rois de Juda, également attaché à leur mémoire et au culte de ses pères. Dans tout autre sujet, il semblerait que ce fût à un houune tel qu'Abner d'être le vengeur et l'appui d'un roi orphelin, et do travailler à son rétablissement. Mais ici c'est Dieu qui doit tout faire :
Dlea , qui de Torphelln protège PIimooeDOe , Et fut dans la fdblesse éclater sa iniittanoe.
Cest de cette faiblesse même que l'auteur a tiré l'intérêt qu'il sajt répandre sur la cause du grand prêtre et de Joas. On lui a reproché de n'avoir pas fait le rôle d'Abner plus agissant : s'il l'eût fait, sa pièce ressemblait à tout; elle n'avait plus ce caractère religieux qui la distingue et qui la rend à la fois si originale et si conforme aux mœurs théocratiques. A quoi donc lui a servi Abner? A présenter dans un homme de cette importance, dans un guerrier vertueux , dans un serviteur fidèle des rois de Juda , les sentiments que la plus saine partie de la nation a conservés pour la famille de David , sentiments qui seraient suspects de quelque intérêt particulier, si l'auteur ne les eût montrés que dans le grand prêtre et 6^ lévites; à balancer auprès d'Athalie, qui ne peut lui refuser son estime , le crédit et les suggestions de Mathan; à former entre l'humanité d'un soldat et la cruauté d'un prêtre ce beau contraste qui met du côté de Joad tout ce qu'il y a de plus intéressant, et du côté d'Athalie tout ce qu'il y a de plus odieux; enfin, à relever la fermeté d'âme et la pieuse confiance de Joad, qui, pouvant se servir
perdu pour le théâtre dont U a été la gloire, U voulut d'abord lui réciter le rôle de Gustave. Non, non, dit le poète; je n'aime pas Ue mauvai» vers. Le Jeune homme lui offrit alors de répéter la première scène tPAihaliej entre Joad et Aboer. Voltaire récoute, et Touvrage lui faisant oubUer Facteur, U s*écrie avec transport : Quel style/ quelle poésie! Et toute la pièce «st écrite de même! Ah! monsieur, guel homrM que Ractne! (Test Lekain qui rapporte, dans des Mémoires manuscrits , ce fait dont il fut d*autant plus frappé que, dans ce moment , U aurait bieo voulu que Voltaire s'occupât un peu plus de lui et utt peu moiDS de lUdne.
d'un homme si brave et si accrédité, ne s'en sert pas, parce qu'il attend tout de Dieu seul. Et quoi de plus propre à rendre une cause respectable, à en persuader la justice, que de la présenter toujours comme la cause de Dieu lui-même? Je le répète : sans cet art, que peut-être on n'a pas assez senti, la pièce échouait. Quand Josabeth dit au grand prêtre,
Abner, le brave Abner, viendra-t-il nous défendre?
Joad répond,
Abner, quoiqu'on se pût assurer sur sa foi. Ne sait pas même eocor si nous avons un roi.
JOSABETU.
mais à qui de Joas confiez-vous la garde?
Est-ce Obed? es^ce Amnon que cet iKxineur regarde?
De^mon père sur eux les bi^aits répandus...
JOAO.
A Ili^Qite Athalle ils se sont tous vendus.
JOSABEIH.
Qui donc opposez^vons contre ses satellites?
JOAD
Ne vous Tai-Je pas dit ? nos prêtres , nos lévites.
JOfiABETB.
Peut être dans leurs bras Joas percé de coups...
JOAD
Et comptez-vous pour qui rien Dieu combat pour nous?
Toujours Dieu : et quand Athalie périra, c'est le bras de Dieu qui l'aura frappée , et qui cachera celui de Joad, qu'il était si essentiel de ne pas montrer. Ce sujet a quelque chose de si particulier, que le rôle d'Abner me paraît louable par une raison tout opposée à celle qui fait louer d'autres rôles : ceux-ci ne valent ordinairement qu'en raison de ce qu'ils font dans une pièce ; celui d'Abner vaut en raison de ce qu'il n'y fait pas.
Avec quelle dignité s'ouvre cette première scène, où l'auteur a disposé tous les ressorts de son drame I
Oui, je viens dans son temple adorer l'Étemel :
Je]viens, selon l'usage antique et solennel ,
Célébrer avec vous la fameuse Journée
Où sur le mont Sina la loi nous Ait donnée.
Que les temps sont ct^aogésl Sitôt que de oe Jour
La trompette sacrée annonçait le retour.
Du temple, orné partout de festons magnifiques,
Le peuple saint en foule inondait les porUques ;
Et tous , devant Tautel , avec ordre introduits , [fhdls ,
De leurs champs dans leurs mains portant les nouveaux
Au Dieu de Tunlvers consacraient ces prémices :
Les prêtres ne pouvaient suffire aux sacrittoes.
L*audace d'une femme , arrêtant ce concours ,
En des Jours ténébreux a changé ces beaux Jours.
D'adorateurs zélés à peine un peUl nombre
Ose des premiers temps nous retracer quelque ombre.
lie reste pour son Dieu montre un oubli fatal,
Ou même , s'empressant aux autels de Baal ,
Se fait initier à ses honteux mystères ,
Et blasphème le nom qo*ont invoqué leurs pères.
Je tremble qn*Athalie , à ne vous rien cacher,
Vous-même de i*autel Vous faisant arracher,
N'achève enfin sur vous ses vengeances funestes;
Et d'un respect forcé ne dépouille les restes.
SIÈCLE DE LOUIS XIV. — POESIE
On a déjà tu dans ce peu de vers les sentiments religieux d*Abner, la solennité du jour faite pour sanctifier l'entreprise de Joad , le culte deBaal opposé à celui du Dieu de Jérusalem, Timpiété d'Athalie, et le péril du grand prêtre. Il répond :
D*où TOiu vient aij^ourd'hui oe noir presseoUment?