‹ Cours de littérature ancienne et moderneChapitre 63 sur 88 · ABNER · texte numérisé non relu

ABNER

Penses-Toos «tre saint et Joste impanément 7

Dès longtemps elle hait cette fenneté rare ,

Qui rehausse en Joad l'éclat de la tiare;

Dès longtemps votre amour pour la reUgion

Est traité de révolté et de sédiUon. • % «

Du mérite éclatant cette reine Jalouse

Hait surtout Josaheth , votre fidèle épouse :

Si du grand prêtre Aaron Joad est successeur,

De notre dernier roi Joéabeth est la sœur.

Mathan d'ailleurs, Matban , ce prêtre sacrilège,

Plus méchant qu'Athalie, à toute heure Tassiége;

Jlathan de nos autels infâme déserteur,

Et de toute vertu zélé persécuteur.

Cest peu que , le front ceint d*une mitre étrangère ,

Ce lévite à Baal prête son ministère ;

Ce temple l'importune , et son impiété

Voudrait anéanUr le dieu qu'il a quitté.

Pour vous perdre , U n'est point de ressort qu'il n^n vente :

Quelquefois U vous plaint , souvent même U vous vante ;

Il affecte pour youa une fausse douceur,

Et par là, de son fiel colorant la noirceur.

Tantôt à cette reine U vous peint redoutable,

Tantôt, voyant pour l'or sa soif insatiable.

Il lui feint qu'en un Heu que vous seul connaissez

Tous cachez des trésors par David amassés.

Voilà le contraste de Joad et de Mathan établi de manière à inspirer autant de vénération pour Tun que d*horreur pour l'autre. Cette supposition d*un trésor renfermé dans le temple est une préparation adroite et inaperçue d'un des principaux moyens du dénomment : c'est l'insaHable soif (k l'or qui fera tomber Athalie dans le piège.

Enfin , depuis deux Jours , la superbe Athalie Dans un sombre chagrin parait ensevelie. Je l'observais hier, et Je voyais ses yeux Lancer sur le lieu saint des regards furieux , Comme si, dans le fond de ce vaste édifice. Dieu cachait un vengeur armé pour son supplice.

Autre préparation du dénoûment : on voit déjà le vengeur caché dans le temple, et armé pour le supplice d' Athalie. Elle-même .croit le voir : Dieu et sa conscience la menacent en même temps.

Croyez-moi ; plus J'y pense , et moins Je puis douter Que sur vous son courroux ne soit près d'éclater, Et que de Jézabei la fille sanguinaire Ne vienne attaquer Dieu Jusqu'en son sanctaaire.

Attaquer Dieu! C'est entre Dieu et Athalie que la guerre est déclarée. Abner ne parle de Joad que pour montrer les dangers qui l'environnent. On connaît la réponse du grand prêtre : il n'y a point d'enfant au collège qui ne la sache par coeur , et il n'y a point de conhaisseur qui ne l'admire. Jamais on ne îut stiblime avec plus de simplicité.

Celui qui met un frein à u foreur d« flots

LA OAaPE. — TOVB L

Sait aussi des méchants arrêter les complots.

Soumis avec respect à sa volonté sainte,

le crains Dieu , cher Abner, et n'ai point d'autre crainte.

Mais ce n'était pas assez de peindre cette fermeté qui l'ennoblit, il fallait annoncer ce saint enthousiasme qui caractérise l'homme capable de tout faire pour la cause de Dieu et de ses rois.

Cependant Je rends grâce au zèle officieux . Qui sur tous mes périls vous fait ouvrir les yeux. Je vois que l'inJusUce en secret vous irrite, Que vous avez encor le cœur Israélite.

Le del en soit béni.

Voyez ce que c'est que le style du sujet : partout ailleurs cet hémistiche serait plat et trivial; à Tendroit où U est, il a de l'onction.

Mais ce secret courroux , Cette oisive vertu , vous en contentez-vous? La foi qui n'agit point , est-ce une foi sincère?

Est-ce une foi sincère? £n prose, on dirait, estelle une foi sincère? Le pronom démonstratif donne à la phrase une tournure bien plus vive. C'est le sentiment de la poésie qui inspire ces modifications du langage, que la grammaire nomme des licences, et que le goût appelle des découvertes.

' Huit ans d^à passés , une impie étrangère Du scep^ de David usurpe tous les droits , Se baigne impunément dans le sang de nos rois , Des eiJants de son fils détestable homicide; Et même contre Diea lève son bras perfide.

Huit ans d^'à passés^ manière poétique de dire, par l'ablatif absolu , il y a huit ans. Racine a enrichi la langue des poètes d'une foule de constructions de cette espèce*.

Et vous, l'un des soutiens de ce tremblant État; Vous, nourri dans les camps du saint roi Josaphat , Qui sous son lUs Joram commandiez nos armées , Qui rassurâtes seul nos villes alarmées , Lorsque d'Ochosias le trépas imprévu Dispersa tout son camp à l'aspect de Jébn ; Je crains Dieu , dites- vous , sa vérité me touche. Voici comme ee Dieu vous répond par ma bouche : Du zèle de ma loi que sert de vous parer? Par de stériles vœux pensez- vous m'honorer? Quel fruit me revient-U de tous vos sacrifices? Al-Je besoin du sang des boucs et des génisses ? Le sang de vos rois crie , et n'est point écouté. Rompez , rompez tout pacte avec Timpiété ; Du miUeu de mon peuple exterminez les crimes , Et vous viendrez alors m'immoler vos victimes.

Tous ces vers sont traduits de l'Écriture : c'est ainsi que parlaient les prophètes, et que doit parler celui qui exterminera Athalie.

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