‹ Cours de littérature ancienne et moderneChapitre 64 sur 88 · ABNER · texte numérisé non relu

ABNER

Hé ! que puis-Je au milieu de ce peuple abattu ? Benjamin est sans force , et Juda sans vertu. Le Jour qui de leurs rois vit éteindre la race

* Celle-ci est de Malherbe, dans la Prosopopée d'Ottende , et c'était à lui qu'U faUait en faire honneur :

Trais 9p» d^à passés. Uiéâtre de U guerre , etc.

COURS V& LITTÉRATURE

Éteignit toat le fea âe laur antlffoe andaot. Dieu même , disent-Ui , s'est retiré de nous. De l*hoDDeur des Hébreux autrefois si Jaloux, n voit sans Intérêt leur grandeur terrassée ; Et sa miséricorde à la fin s*est lassée. On ne voit plus pour nous ses redoutables mains De merveilles sans nombre effrayer les humains : L*arche sainte est muette , et ne rend plus d'oracles.

Cetteréponse d* Abner représente Fétat de faiblesse et d*abattemeat où sont les Juifs , et fjpik attendre et désirer leur délivrance et leur salut : on sMntéresse toujours pour le faible et pour l'opprimé. Mais avec quel feu le grand prêtre lui retrace toutes les merveilles qui doivent rendre Tespérance à ce peuple abattu j et faire pressentir aux spectateurs que le Dieu des Juifs peut encore s'armer pour euxl

Et quel temps fbt Jamais si fertile en mirades?

Quand Dieu par plus d'effets mohtra-t-il son pouvoir?

Auras-tu donc too^Jours des yeux pour ne point voir,

Peuple ingr8(t?Quoi ! toujours les plus grandes merveilles,

Sans ébranler ton coeur, frapperont tes oreiUes 7

Faut'il, Abner, faut-il vous rappeler le cours

Des prodigff fisuneux accomplis en nos Jours;

Des tyrans dlsraei les célèbres disgrâces ,

Et Dieu trouvé fidèle en toutes ses menaces ;

L'impie Âehab détruit , et de son sang trempé

Le champ que par le meurtre U avait usurpé;

Près de ce cbamp fatal Jézabel immolée.

Sous les pieds des chevaux cette reine foulée.

Dans son sang inhumain les chiens désaltérés ,

Et de son corps hideux les membres déchirés;

Des prophètes menteurs la troupe confondue ,

Et la flamme du ciel sur l'autel descendue;

tX\t aux éléments parlant en souverain ,

Les deux par lui fermés et devenus d'airain,

El la terre trois ans sans pluie et sans rosée ;

Les morts se ranimant & la voix d'Éllsée?

Reconnaisse!, Abner, à ces traits éclatants,

Un Dieu tel aujourd'hui qu'il fut dans tous tes temps.

U sait , quand U lui plait , faire édater sa gloire ,

Et son peuple est toiijours présent à sa mémoire.

Racine ouvre ici tous les trésors de la poésie pour peindre ce que le sujet a de merveilleux , et emploie tout Tart de l'expression pour sauver ce qu'il pouvait y avoir de révoltant dans quelques détails nécessaires h la vérité des couleurs locales. U fallait parler de la mort affreuse de la mère d'Athalie, afin de répandre de l'horreur sur tout ce qui appartient à cette reine, et lui conserver un caractère de réprobation. L'Écriture dit que les chiens léchèrent le sang de Jézabel*. Cette image était dégoûtante ; le poète a dit,

Dans son sang inhumain les chiens désaltérés ;

et l'élégance et l'harmonie ont ennobli les chiens.

Je ne m'explique point ; mais quand l'astre du Jour Aura sur l'horizon fiait le tiers de son tour ; Lorsque la troisième heure aux prières rappelle. Retrouvez-vous au temple avec ce même zèle : Dieu pourra vous montrer, par d'Importants bienfaits, Que sa parole est stable et ne trompe Jamais.

* L'Ëeritare dit , ConmâMnl canêt eamêi JnabtL (lY. Beg . | fX,36.)

Le spectateur connaît à présent tout le zèle d' Abner pour ses rois, les promesses que Dieu a faites à la race de David , et Joad en a dit assez pour faire espérer que ces promesses seront accomplies. On attend un grand événement dirigé par une main toute puissante , et dès cette première scène , comme dsuis toutes les autres, le poète nous montre toujours le Très-Haut derrière le voile qui couvre le sanctuaire. Cette exposition , celle iTlphigénie , celle de Bajazetj me paraissent les plus belles du théâtre : c'est une des parties où Racine a excellé.

Dans la scène suivante, Joad annonce sa résolution à Josabeth :

Montrons ce Jeune ni que vos mains ont sauvé , Sous l'aile du Seigneur dans le temple élevé. De nos princes hà>reux il aura le courage. Et d^a son esprit a devancé son âge.

Ce vers dispose le spectateur à entendre sans étonnemeut les réponses du petit Joas dans la scène i^vec Athalie. Si Joad est intrépide, Josabeth est tremblante ; et cette différence, fondéesur la nature, entre deux personnages qui ont la même foi et la même piété , donne à chacun d'eux le degré d'intérêt qu'il doit avoir. L'un nous attendrit, l'autre nous élève, et nous les voyons tous deux en danger. Mais quel morceau que celui qui termine cette scène et le premier acte 1

Vos larmes , losabeth , n'ont rien de criminel ;

Mais Dieu veut qu'on espère en son soin pateniél :

D ne fecherche point, aveugle en sa colère,

Sur le fils qui le craint l'impiété du père.

Tout ce qui reste enoor de fidèles Hébreux

Lui viendront aujourd'hui renouveler leurs vceox.

Autant que de David la race est respectée,

ÂuUnt de Jézabel la fille est détestée.

Joas les touchera par sa noble pudeur, *

Où semble de son sang reluire la splendeur;

Et Dieu par sa Toix même appuyant notre exemple,

De plus près à leur cœur parlera dans son temple.

Deux infidèles rois tour à tour l'ont bravé ;

U faut que sur le trône un roi soit élevé.

Qui se souvienne un Jour qu'au rang de ses ancêtres

Dieu l'a fait remonter par la main de ses prêtres.

L'a tiré par leur main de l'oubli du tombeau.

Et de David éteint rallumé le flambeau.

Grand Dieu ! si tu prévois qu'indigne de sa race Il doive de David abandonner la trace.

Qu'il soit comme le tnài en naissant arraché. Ou qu'un souffle ennemi dans sa fleur a séché! Mais si ce même enfant, à tes ordres docile, Doit être à tes desseins un Instrument utile, Fais qu'au Juste héritier le sceptre soit remis. Livre en mes faibles mains ses puissants ennemis ; Confonds dans ses conseils une reine cruelle : Daigne , daigne , Ô mon Dieu , sur Maihan et sur elle Répandre cet esprit d'imprudence et d'erreur. De la chute des rois Aineste avant-ooureur.

Il n'y a point d'expressions pour louer un pareil style, que le transport et le cri de Tadmiration. Ce langage , cette harmonie , ont quelque chose au-dessus de l'humain : tout est céleste, tout est d^lnspîration. Rien dans notre langue n'avait en ce carac-

SIÊâLte DE LOUIS XrV. - POÉSIE.

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tère, et rien ne Ta eu depuis. Tous les amateurs | ont remarqué la beauté particulière de ce vers ,

Et de David éteint, etc.

A quoi tient-elle? A la transposition d'une épithète. Le flambeau éteint de David n'était qu'une figure ordinaire : David éteini est une expression de génie. Un autre vers qu'on n'a point remarqué, c'est celui-ci :

LiTre en mes faiblei mains ses poissants ennemis.

On peut observer que Racine emploie assez rarement l'antithèse. Elle n'est le plus souvent qu'une figure de mots; ici c'est Fhistoire de toute la pièce en un seul vers, qui montre d'un côté la puissance , et de l'autre la faiblesse : c'est le germe de Tintérét.

Les approches du péril commencent avec le second acte. Le jeune Zacharie, le fils du grand prêtre et de Josabeth , vient apprendre à sa mère que l'entrée d'Athalie dans le temple a interrompu le sacrifice. Ce commencement d'acte , plein de vivacité et de trouble, est d'un effet théâtral , après le calme majestueux du premier acte; et les détails sont remplis de cet esprit religieux qui entretient partout rillusîon, et nous place dans le temple de Jérusalem.

D^à, selon la loi, le grand prêtre, mon père. Après avoir, an Dieu qui noarrit les tiamalns, De la moisson nouvelle offert les premiers pains. Lai présentait encore, entre ses mains sanglantes. Des victimes de paix les entrailles famantes : Debout à ses côtés , le jeune ËUacin , Comme moi , le servait en long liabit de lin; Et cependant du sang de la chair immolée Les prêtres arrosaient l'autel et rassemblée. Un bruit confus s'élève, et du peuple surpris Détourne tout à coup les yeux et les esprits. Une femme... peut-on la nommer sans blasphème? Une femme... c'était Athalie eUe-mème...

lOSABCTH.

ad!

ZACHARIB.

Dans un des parvis aux hommes réservé , Cette femme superbe entre , le frout levé , Et se préparait même h passer les limites De l'enceinte sacrée , ouverte aux seuls lévites. Le peuple s'épouvante , et fuit de toutes parts. Mon père... Ah ! quel courroux animait ses regards ! Mofsa à Pharaon parut moius formidable.

« Eehie, sors, a-t-il dit, de ce Ueu redoutable, « D'où te bannit ton sexe et ton impiété. « Viens-tu du Dieu vivant braver la m^esté? » La reine alors sur lui Jetant un oeil farouche. Pour blasphémer sans doute ouvrait d^à la bouche. J'ignore si de Dieu fange , se dévoilant , Est venu lui montrer un glaive étinoelant ; Mais sa langue en sa bouche à l'instant s'est glacée. Et toute sou audace a paru terrassée ; Ses yeux , comme effrayés , n'osaient se détourner : Surtout Ëliadn paraissait l'étonner.

JOSABETU se récrie avec frayeur, . Quoi donc? Éiiacin a paru devant elle?

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