HÉSIODE
presque sans nuit, c'est la Grande-Bretagne, dont parlaient, semble-t-il, en l'appelant Kaadixspoç, les marchands phéniciens, en relation avec les Grecs; et c'était à l'époque reculée où ont été composés les poèmes homériques, vers le neuvième siècle avant J.-C.
Il semble donc y avoir eu des Celtes dans cette ile à celte date si éloignée de nous; mais les Celles n'avaient pas encore atteint les côtes de la Méditerranée. Encore au septième siècle, sur les côtes aujourd'hui françaises de cette mer, il n'y avait que des Ligujes ; un des trois grands peuples barbares et mal coiiiuis dont les Grecs savaient le nom, ainsi (jue le ra[)portc un vers attribué [)ar Eraloslhène à Hésiode, comme nous l'apprenons [lar Strabon : « les Ethiopiens et les Ligures et les Scythes qui Iraient les juments : »
AlOîoTtà; Tî Aî^fu; tî 'Os ïv.ûOa; {■K-rrr,[Lo).yvji (1).
Eratosthène écrivait au troisième siècle avant notre ère, à une date où les Celtes avaient pris dans le monde antique la plus grande partie de la
(1) Strabon, 1. VII. c. 3, g 7; éJit. Miillcr et Dubiier, p. ^49, 1. 44; cf. l'cdition dHésiode donnée chez Didot par F. -S. Lchrs, p. 62, fr. cxxxii; sur Hésiode, voyez Christ, g G3-73 , p. 80-103; Croisct, t. I, p. 447-458.
place occupée jadis par les Ligures, mais, grâce à ce vers écrit probablement au septième siècle, il avait conservé le souvenir d'une époque antérieure où le nom des Celtes était inconnu des Grecs.
Pour trouver le nom des Celtes dans un texte grec, il n'y a rien à consulter avant les fragments d'Hécatée de Milet (1). Hécatée de Milet, 'ExaxaToç ô XoyoTrotoc, a vécu daus la seconde moitié du sixième siècle et dans la première moitié du cinquième. On peut mettre sa naissance vers 540 avant J.-C, sa mori vers 475. Ce qu'on sait de certain de sa vie politique, c'est qu'en 500, il conseilla à ses compatriotes de ne pas se révolter contre les Perses, que son opinion ne prévalut pas et qu'alors il insista pour que Milet fit en sorte d'être maîtresse de la mer (2), que plus tard son avis fut de fortifier l'île de Léros, pour s'y préparer un refuge dans le cas où il faudrait abandonner Milet aux Perses victorieux (3). En 494, il fut envoyé par ses compatriotes en ambassade prés du Perse Ar-
(1) Sur llëcatce de Milet, voyez Christ, g 228, p. 323; Croiset, t, II, p. 550-557 ; C. et Th. Mûller, Fragmenta historicorum graecorum, publics chez Didot, t. I, p. i-xvi, 1-31.
(2) Hérodote, 1. V, c. 3G; édition donnée chez Didot par Guillaume Dindorf, p. 250.
(3) Hérodote, 1. V, c. 125, édition, citée dans la. note précédente, p. 277, 1. 34-39.
taphernes, gouverneur de Sardes, chargé par le grand roi de la répression de la révolte (1).
Milet était ville carienne (2) d'Asie mineure, au temps où fut rédigé le catalogue des vaisseaux (3), qui est une des parties les plus récentes de ï Iliade. Ce fut ensuite une colonie ionienne, et une des plus importantes ; son commerce s'étendait sur toutes les côtes de la Méditerranée et du Pont- Euxin. Elle eut des colonies nombreuses. Elle fut la patrie de Thaïes qui, vers la On du septième siècle, fonda la philosophie grecque, d'Anaximandre qui, dans la [)remière moitié du sixième siècle, dessina la première carte de géographie (4). « Anaximandre de Milet, auditeur de Thaïes, osa le premier, » dit le géographe grec Agathémére (5), « écrire sur une table, la terre habitée (6). » Hécatée, prenant pour ainsi dire la succession d'Anaximandre, dressa comme lui une carte géographique, -Kt'va;, dont nous n'avons aucun débris, mais il rédigea une sorte de voyage autour du monde, TOpir^Y/i<^t<; OU TrspîoSoç v^ç qui Semble avoir été un
(t) Diodore de Sicile, 1. X, c. 25, g 2; éd. Didot, t. I, p. 349.
(2) Iliade, II, 867-808; édition donnée chez Teubner par C. Ilentze, en 1894, t. I, p. 106.
(3) Iliade. II, 484-877; ibidem, p. 81-106.
(4) Sur Thaïes et Anaximandrc, voyez Christ, g 292, p. 411; Croiset, t. II, p. 493-490.
(5) Sur Agathémére, voyez Christ, § 596, p. 800; Croiset, t. V, p. 1024.
(6) « IIpâiTo; £Tû).[XY)ae xiqv oîxoujxékyiv èv itivaxi Ypà'^^ai. » Mûller» Geographi grnoci in/norcs-, publics chez Didot. t. II, p. Ail.
14 § 5. HKCATKE DE MILET.
exposé du contenu de la carie, et dont trois cent trente et un fragments nous ont été conservés. Cet ouvrage était divisé en deux livres, l'un avait pour objet l'Europe, l'autre l'Asie, dans laquelle l'auteur comprend l'Egypte et sous le nom de Lybie et d'Ethiopie le reste des parties de l'Afrique alors connues des Grecs.
Parmi les fragments relatifs à l'Europe, il y en a deux où le nom des Celtes apparaît : « Marseille, ville de la Ligurie, » t^ç Aiyuatcx^ç , « près de la Celtique » xarà t>,v Rsàtix-^v ; l'autre moins clair « Nyrax, ville celtique, » Nupa?, .toXiç xeXxtxTi (1). On ne peut dire avec certitude où était situé Nyrax. On a supposé qu'il s'agissait du Norique, région celtique au sud du Danube entre ce fleuve et l'Italie. La certitude manque. Quoi qu'il en soit, vers la fin du sixième, ou vers le commencement du cinquième siècle avant J.-C, le nom des Celtes apparaît dans la littérature grecque, et Celtes, KeXxot, est, dans les documents grecs les plus anciens, le terme ethnographique qui désigne les Gaulois. Cela ne peut être contesté, bien que les fragments d'Hécatée dont il s'agit, ne nous aient été conservés que par le byzantin Hermolaos. Hermolaos au sixième siècle après J.-C, abrégea le dictionnaire géogra-
(1) D. Bouquet, Recueil des historiens des Gaules el de la France, t. I, p. llG-117; Cougny, Extraits des auteurs grecs concernant la fjéographie et Vhistoire des Grecs, t. I, p. 36G-369; Charles et Tliéodore Miillor, Frag)nenla hisloricorum graecorum, publics chez Didot, t. I, p. 2, fragments 21, 22.
phique composé vers la fin du cinquième siècle de notre ère par Etienne de Byzance (1). Mais c'est au commencement du cinquième siècle avant J.-C, au plus tard, que remontent les fragments d'Hécatée de Milet qu'Hermolaos nous a conservés, et le nom des Celtes, lisez Gaulois, s'y trouve inscrit à deux reprises. C'est la première fois que nous le rencontrons dans l'histoire.
(1) Christ, g 597, p. 801. Croiset, t. V, p. 10'25.