‹ Cours de littérature celtique (volume 2)Chapitre 13 sur 108 · DEUXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DEUXIÈME LEÇON

14 décembre 1900.

La carte géographique d'airain , yaXxeoç m'vaÇ , qu'en 504 avant J.-C. Aristagoras, tyran de Milet, porta à Sparte, était probablement celle d'Hécatée; on y trouvait gravés toute la terre, toute la mer,

et tous les fleuves : ^v xoi y^î àTrotar,? irepi'oSoç ItÉtjxyito, ôaXaffcrot te iraaa xal TroTa(xot Tiavreç (Hérodote, 1. V, C. 49,

§ 1) (i). Aristagoras fit remarquer à Cléomène, roi de Sparte, les noms et la situation des peuples orientaux jusqu'à Suse, capitale des Perses. Par les fragments 175 à 179 du livre d'Hécatée, nous voyons que plusieurs peuples de l'Inde figuraient dans sa carte; par conséquent Suse devait s'y trouver aussi (2). Les fragments 3 à 16 d'Héca-

(1) Edition donnée chez Didot par Guillaume Dindorf, p. 253, 1. 23-25.

(2) Charles et Théodore Mûller, Fragmenta historicorum graecorum , t. I, p. 12. Suse manque dans les fragments géographiques d'Hécatée, bien quo trois villes des Perses et une île du golfe pcrsique y soient nommées (fragments 180, 181, 182, 184).

tée (1) concernent la péninsule ibérique, 'lêvjpi'a xep^o'vYiffoç et donnent les noms de cinq peuples de ce pays ; ces noms étaient évidemment aussi inscrits dans la carte. Dans la carte d'Hécatée, par conséquent, on voyait représentée la partie de terre et de mer qui, de l'est à l'ouest, s'étend de l'Inde à l'Espagne inclusivement. Au nord de la Grèce, qui probablement occupait le centre de la carte, Hécatée avait dessiné la Thrace (fragments 115-148) (2) et la Scythie d'Europe (fragments 153-160) (3) ; au nord de la Médie , il avait mis la mer Caspienne (fragments 169-171) (4) et les Scythes d'Asie (fragments 167-168) (5). Au sud, la carte comprenait le golfe Persique (fragment 182) (6), l'Arabie (fragments 263, 264) (7), l'Ethiopie (fragments 265, 267,

Dans la carte apportée par Aristagoras à Sparte, on trouvait les noms de six peuples d'Asie qui apparaissent dans les fragments : les Ioniens (fragments 214, 215, 216, 217, 218, 220, 224, 225, p. 15), les Phrygiens (fragment 206, p. 14), les Lydiens (fragments 221, 222, p. 16), les Ciliciens (fragments 251, 252, 253, p. 17), les Arméniens (fragment 195, p. 13), les Matieni (fragment 188, p. 13). Les Cappadociens, mentionnés dans la carte, manquent dans les fragments ; il n'y a pas lieu de s'en étonner, puisque dans les fragments il n'est pas question de Suse.

(1) Charles et Théodore MùUer, Fragmenta historicorum graecorum, t. I, p. 1-2.

(2) Ibidem, p. 8-10.

(3) Ibidem, p. 10-11.

(4) Ibidem, p. 11.

(5) Ibidem, p. 11.

(6) Ibidem, p. 12.

(7) Ibidem, p. 17.

§ 7. ARISTÉE DE PROCONNÈSE. 19

268) (1) et le pays des Pygmées (fragment 266) (2). Il est probable que la carte d'Hécatée était ronde et que l'Océan tournant autour de la terre en était pour ainsi dire le cadre. La carte d'Anaximandre avait vraisemblablement la même forme. C'est d'Anaximandre, d'Hécatée et de leurs copistes que semble parler Hérodote, 1. IV, ch. 36, § 2 : « Je ris, » dit-il, « quand je vois que tant de gens ont écrit des descriptions de la terre et qu'aucun de leurs récits n'a le sens commun : ils font couler l'Océan autour de la terre , qu'ils représentent ronde, comme si c'était avec un tour qu'on l'aurait fabriquée ; ils donnent à l'Europe la même étendue qu'à l'Asie (3). » Telle était vers l'an 500 avant notre ère , la carte oîi sur les côtes de la Méditerranée figuraient la Ligurie, AtyudTtxTi, dans la Ligurie Marseille , et au nord de la Ligurie la Celtique, KeXTtx>i.

A côté de cette conception géographique de l'Europe du Nord-Ouest, il en existe une autre, caractérisée par un nom de montagne, les monts Rhipées, Piirata opr,, et par un nom de peuple , les Hyperboréens, 'Yirepêo'peoi. C'est vers le septième ou

(f) Fragmenta hisloricorum graecorum, t, I, p. 17-18.

(2) Ibidem, p. 18.

(3) Edition donnée chez Didot par Guillaume Dindorf, p. 194, 1. 20-25.

20 § 7. ARISTÉE DE PROCONNÈSE.

le sixième siècle avant J.-C. que le nom des Hyperboréens apparaît dans la littérature grecque : connu par un des continuateurs d'Homère, c'est-à-dire, par l'auteur des iTriyovot, il est aussi mentionné par l'auteur d'un des poèmes qui circula sous le nom d'Hésiode : ces indications nous sont données par Hérodote, 1. IV, ch. 32, § 2 (1). Où habitaient les Hyperboréens? Au delà des Arimaspes , sur les côtes de la mer, disait le poème épique, intitulé Arimaspée, 'Apt[xoc(T7:£a. La mer dont il s'agit n'est pas la mer intérieure, n'est pas la Méditerranée, c'est une autre mer, c'est la mer du Nord , nous allons le voir, h' Arimaspée (2), le texte le plus ancien, où à notre connaissance cette mer ait apparu , était postérieure à l'invasion de l'Asie Mineure par les Cimmériens au septième siècle avant J.-C. (3). L'auteur prétendait donner les causes de cette invasion, comme nous l'apprend Hérodote, 1. IV, ch. 13 (4). Les Cimmériens, disait VArimaspée, avaient été chassés de leur patrie par les Scythes, les Scythes avaient de même été expulsés de leurs foyers par les Issédons, — probablement des

(1) Edition donnée chez Didot par Guillaume Dindorf, p. 193, 1. 7-9.

(2) Sur ['Arimaspée, voyez Christ, g 77, p. 106; Croiset, t. II, p. 464.

(3) Duncker, Geschichte des Alterlhums, 5' édition, t. I, p. 464; cf. Gregor Krek, Einleitung in die slavische Literaturgeschiclile, 2' édition, Graz. 1887, p. 558-560, 751.

(4) Edition donnée chez Didot par Guillaume Dindorf, p. 188, 1. 20-31.

§ 8. DAiMASTÈS DE SIGÉE. 21

Finnois (1), — les Issédons avaient également été forcés par les Arimaspes , peuple iranien sans doute (2), de chercher une autre patrie. Au delà des Arimaspes habitaient les Hyperboréens, qui, séparés des Arimaspes par les Grypes, atteignaient la mer; c'est évidemment de la mer du Nord qu'il s'agit. L'auteur do VArimaspée est Aristée 'Apur- TÉaç ou 'AptdTaTo; de Proconnèse , dans la mer de Marmara, personnage qui a une légende fabuleuse (3).

Aux indications géographiques données par l'Arimaspée, Damastès de Sigée en Troade, Aa[xa(iT7)ç ô IiYEtsû; (4), écrivain du cinquième siècle avant notre ère (5) et auteur d'un traité Ilepl eôvwv, ajoute un autre renseignement : il parle des monts Rhipées, Piirata opY), du haut desquels souffle le vent du Nord : è? cov Tov Bopéav ttveTv, oL quc \à neige ne quitte jamais,

(1) Forbiger chez Paiily, Real-Encyclopaedie, 1" édition, t. IV, p. 308.

(2) Duncker, Geschichte des AUevthums, b' édition, t. II, p. 442.

(3) Sur Aristée do Proconnèse, voyez Christ, g 77, p. 106; Croiset, t. II, p. 46i ; Paidys Realencyclopaedie, édition Wissowa, t. II, col. 87G-878.

(4) Sur Damastùs de Sigéc, voyez Christ, g 229, p. 324.

(5) L'ordre chronologique aurait dû amener ici le Carthaginois Himilcon qui écrivait aux environs de l'an 500 avant notre ère et que j'ai dû renvoyer au g 13, après Hérodote; il m'a semblé que je ne pouvais autrement expliquer la valeur de l'exposé géographique emprunté par Avionus à l'ouvrage perdu d'Himilcon.

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