‹ Cours de littérature celtique (volume 2)Chapitre 36 sur 108 · POLYBE. GAULE TRANSALPINE · texte numérisé non relu

POLYBE. GAULE TRANSALPINE

De tous les peuples celtiques qui habitaient le bassin du Rhône, il n'y en a qu'un dont Polybe donne le nom, encore ce nom est-il défiguré; il s'agit du peuple que les Romains ont nommé Aediii, en grec AKouot, qui habitaient sur la rive droite ou à l'ouest de la Saône, et chez lesquels étaient Autun, Chalon-sur-Saône et même Lyon (1), car les Segusiavi, sur le territoire desquels Lyon a été bâti, étaient clients des Aedui. Par consecjuent, les Aedui non seulement habitaient dans la partie septentrionale du bassin du Rhône, mais atteignaient le Rhône à Lyon. Comment Polybe at-il écrit leur nom ? Nous n'en savons rien. Mais ce qui i)araît évident, c'est que les Ardijes Celtae, 'ApSueç Ktlrol, dont parlent les manuscrits de Polybe et qui habitaient la [)artie septentrionale du bassin du Pthône, sont les Aedui des textes latins postérieurs (2). Après avoir parlé de la source du Rhône dans les Alpes septentrionales, de sa direction vers l'Ouest, de son embouchure dans hi mer de Sardaigne, Polybe ajoute que le cours de ce fleuve est dans une vallée, aùXojv, dont la partie septentrionale est habitée par les Ardues Celiac, 'Apous? KeXxoî (3), lisons Aïâouoi KE>Tot, Aedui Cellae.

(1) Plolémée, 1. II, c. 8, g 12; édition donnée chez Didot par C. MûUer, t. I, p. 218. Cougny, t. I, p. 262-2G3. D. Bouquet, t. I, p. 75 AB.

(2) A. Holder, Allcellischer Sprachschalz, t. I, col. 65.

(3) Polybe, 1. III, c. 47, g 2, 3; édit. Didot, t. I, p. 150. Cougny, t. II, p. 150-151. D. Bouquet, t. I, p. 170 A.

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Polybe n'a pas admis la véracité de Pythéas dans ce que ce dernier avait écrit au sujet des côtes de la mer du Nord, à l'est de Tembouchure du Rhin. Mais des populations qui , au troisième siècle de notre ère, occupaient la région méridionale de l'Allemagne moderne, il y en a une dont Poiybe connaît le nom, ce sont les Taurisci. Nous savons par Pline et par Polybe qu'il y avait des Taurisci au sud des Alpes et qu'il s'en trouvait aussi au nord de cette chaîne de montagnes. Ceux du sud sont les Lepontii et les Salassi (1) ; chez les Lepontii était la ville d'Oscela, aujourd'hui Domo d'Ossola, province de Novare (2), chez les Salassi, Aoste et Ivrée, province de Turin (3). Ceux du nord changèrent de nom sous l'empire romain et on les appela, nous dit Pline, Norici, cela probablement du nom de Noreici, leur capitale (4), au-

(i) « Lopontios et Salassos Tauriscae gentis idem Cato arbitratur, » (Pline, 1. III, g 134; t. I, p. 150, 1. 21 de l'édition donnée chez Toubner par C. Jan, en 1870). Toy; oèizl xà neôia Taupt(jxot (Polybe, 1. II, c. 15, g 8; édit. Didot, p. 78; Cougny, t. II, p. 54-55.) Polybe les oppose aux Transalpins.

(2) Ptolémée, 1. III, c. 1, § 34; édit. donnée chez Didot par C. MûUer, t. I, p. 343, 1. 3, 4.

(3) Ptolémée, 1. III, c. 1,§30; édit. C. Millier, t. I, p. 341, 1. 5-8.

(4) « Juxtaquc Carnos quondam Taurisci appcllati, nunc Norici. » Pline, 1. III, g 133. Au g 148 reparaissent les Taurisci comme voisins de la Pannonie.

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jourd'hui Neumarkt, dans l'empire d'Autriche, en Styrie. Strabon nous appprend qu'ils appartenaient au groupe celtique (1), qu'ils étaient voisins du Danube (2), que chez eux se trouvait Nauportus^ aujourd'hui Oberlaibach, sur la Save, empire d'Autriche, en Carniole (3). Strabon dit, d'accord avec Pline, que ces Taurisci étaient identiques aux Norici (4). On peut admettre que leur territoire atteignait riiin à l'ouest, le Danube au nord et à l'est. Ces Taurisci septentrionaux ont été connus de Polybe, il rapporte que chez les Taurisques Noriques, £v Tot; Taupîîxotç To"tç NcopixoTç, il y a dcs iniiies d'or; on commence à trouver l'or ù deux pieds de profondeur et on descend jusqu'à quinze pieds (5). Mais nous ne savons pas d'oi'i venaient les Taurisci qui prirent part à la bataille de Télamon, en l'an 225 av. J.-C, 529 de Rome (6). Etaient-ils arrivés du nord des Alpes, étaient-ils Norici par conséquent?

(1) «Ta KiXTixa [êOvï)] oÏte iiàioi xaî ly.opôiTxoi xal Taupî<7y.oi. » Strabon, 1. VII, c. 3, g î ; édit. doiincc chez Didot par C. Millier et F. Diibner, p. ^40, 1. 10, 11.

(î) Strabon, 1. V, c. 1, g 6; édition C. Mùllcr et F. Dûbncr, p. 177, I. 20-1[; 1. VII, ch. 5, g 2, p. 260, 1. 24-29.

(3) Strabon, 1. VII, c. 5, g 2 ; edit. C. Miiller et F. Dùbnor, p. 200, 1. 41-44; Cougny, t. I, p. 210-217.

(4j « Tûv ôè Nwpixûv elfft xal Taupîaxoi.. » Strabon, 1. IV, c. (5, g 9; édit. C. Mùiler et F. Dûbner, p. 172, 1. 8, 9.

(5) Strabon, 1. IV, c. G, g 12; edit. C. Mûller et F. Dùbner, p. 173,1. 34-46. Polybe, 1. XXXIV, c. 11,' g 10; edit. Didot, t. II, p. 116.

(6) Polybe, 1. II, c. 28, g 4 : c. 30, g 6; édit. Didot, t. I, p. 88, 89. Cougny, t. II, p. 92-93, 98-99. D. Bouquet, t. I, p. 165 E.

Leur patrie se trouvait-elle au sud des Alpes étaient-ils Lepontii^ Salassi? Nous l'ignorons.

Pour la péninsule ibérique , Polybe a des indications plus précises. Il sait les noms des deux groupes de populations celtiques qui se sont établis dans ce pays : Celtiberl , Celtici. Les Celtici sont les plus occidentaux des deux : ils ont d'abord occupé, sauf l'Algarve, toute la côte occidentale de la péninsule, de la Galice à l'Estramadure inclusivement, le long de Pocéan Atlantique, et, en arrière de cette côte, une large bande de territoire tant en Portugal qu'en Espagne ; la conquête de la péninsule par les Carthaginois enleva aux Celtes une grande partie de ce vaste territoire et les réduisit à deux tronçons , l'un en Estramadure , en Alemtejo et en Andalousie, entre le Guadalquivir et le Tage, l'autre en Galice et dans la partie la plus septentrionale du Portugal, au sud et à Test du cap Finisterre , dans l'angle presque droit que forment au nord-ouest de la péninsule les côtes de l'Océan (1). Polybe parle du premier tronçon des Celtici dans un fragment du traité géographique qui formait son trente-quatrième livre (2). Il y dit

(1) Revue celtique, t. XIV, p. 36'2, 386-395; t. XV, p. 1-5. Ci) Strabon, 1. III, c. 2, g 5; édit. C. Mûllcr et F. Dûbncr, p. 125, 1. 23-25. Polybe, 1. XXXIV, c. 9, g 3; edit. Didot, t. II, p. 114.

que les Celtici sont voisins des Turdetani. Les Turdetani sont une population ibérique de l'Andalousie.

Polybe connaît mieux les Celtibères, KeXT{6Yip£ç, c'est-à-dire étymologiquemeiit ceux des Celtes , dont le territoire comprenait le bassin de l'Ebre, "lêvip. En l'an 151 avant J.-C. , de Rome 603, Publias Cornelius Scipio Aemilianus, son ami, partit pour l'Espagne en qualité de tribun et de lieutenant, legatus, du consul Lucius Licinius Lucullus ; en 134-133 avant J.-C, 620-G21 de Rome, le même Scipion, envoyé en Espagne en qualité de consul, termina le siège de Numance. Polybe paraît l'avoir accompagné dans au moins un de ces voyages (1).

C'est contre les Celtibères qu'alors en Espagne les Romains luttaient. Déjà en l'année 179 avant J.-C, 575 de Rome, le propréteur Tiberius Sempronius Gracchus avait forcé les Celtibères à se soumettre (2). Ce Gracchus était gendre du premier Scipion l'Africain, ami de Polybe. Polybe a raconté que ce Gracchus avait pris en Celtibérie trois cents villes, « trois cents tours, » dit, en se moquant de Polybe, Poseidonios (3). Avant Scipion Emilien, deux générations de Scipions s'étaient distingués en Espagne à la tête des armées romaines, et

(1) Polybe, 1. III, c. 59, g 7; édit. Didot, t. I, p. 158.

(2) Tite-Live, 1. XL, c; 47-50; édition donnée chez Teubner par \V. Weissenborn, 1862, t. V, p. 94-9G.

(3) Strabon, 1. III, c. 4, g 13; édit. C. Miiller et F. Dùbner, p. 135, 1. 19-23. Polybe, 1. XXVI, c. 2; édit. Didot, t. II, p. 11.

l'Espagne semblait être pour les Scipions une sorte de fief, comme auparavant pour les Barcides sous la suprématie de Carthage.

Cicéron, dans ses Epistolae ad diversos , 1. V, ep. 2, écrivant à L. Lucceius, lui parle de la guerre de Numance, Bellum Numantinum, écrite par Polybe. Dans cet ouvrage, qui formait probablement son trente-cinquième livre , Polybe racontait la campagne à laquelle P. Cornelius Scipio Aemilianus prit part en 151, où le jeune guerrier se distingua par un combat singulier au siège d'Intercatia (1) , ville des Vaccaei (2). Les Vaccaei occupaient le bassin moyen du Duero, partie de la vieille Castille et du royaume de Léon. Polybe savait qu'Elmantike, lisez Salmantica, et Arbucala, villes prises par Hannibal l'an 220 avant J.-C, étaient dans le territoire des Vaccaei, Oùaxxaioi (3). Il s'agit de Salamanque, chef-lieu de province, et de Toro, province de Zamora, deux localités de Tancien royaume de Léon (4). Les Vaccaei appartenaient au groupe celtique dit Celtibère. Polybe connaissait les noms de trois autres peuples Celtibères, les Belli, les Titti, et surtout les Arevaci,

(1) Polybe, 1. XXXV, c. 5; édit. Didot, t. II, p. 123; cf. Appien, De rebus hispaniensibus, c. 53; édit. Didot, p. 54.

(2) Revue celtique, t. XV, p. 33, 36; cf. Strabon, 1. III, c. 4, g 13; édit. Didot, p. 135, 1. 12-15; Polybe, édit. Didot, t. II, p. 115.

(3) Polybe, 1. III, c. 14, g 1 ; édit. Didot, t. I, p. 127.

(4) Revue celtique, t. XV, p. 30.

qu'il appelle 'Apauaxot (1), et chez lesquels était située Numaiice. Les Belli et les Tilti étaient probablement clients des Arevaci, bassin du haut Duero et du haut Tage, Vieille Castille, Nouvelle Castille, royaume de Léon.

Polybe n'ignorait pas combien le territoire des Celtibéres était vaste; ce territoire élait voisin de Sagonte, aujourd'hui Murviedro, royaume de Valence, un peu au nord de cette ville (2). C'était, disait Polybe, en Celtibérie, qu'étaient les sources de Y Anas, « Guadiana, » et du Baetis , « Guadalquivir (3). » La source du Guadalquivir est aujourd'hui en Andalousie dans la province de Jaen ; dans la même province était située Caslulo, ville principale des Orctani et dont l'emplacement est marqué par S. Maria de Cazlona, prés de Linarès et de Bailen (4) ; or les Oretani sont un peuple celtique ou celtibére dont Polybe a défiguré le nom en les appelant 'OpeTrat '!%£? (5) ; c'était chez eux que commençait le cours du Baetis et de VAnas.

Ainsi, le domaine des Celtibéres en Espagne au

(1) Polybe, 1. XXXV, c. 2, g 3, 4; édit. Didot, t. II, p. 121.

(2) Polybe, 1. III, c. 17, g 2; édit. Didot, t. I, p. 130; cf. Revue celtique, t. XIV, p. 382.

(3) Strabon, 1. III, c. 2, g 11; édit. C. Mûller et F. Dùbner, p. 122, 1. 46-52. Polybe, 1. XXXIV, c. 9, g 12; édit. Didot, t. II, p. \\f>.

(4) Ptolémée, 1. II, c. 6, §58; édit. donnée chez Didot, par Mùller, t. I, p. 181, 182; Corpus inscriptionum lalinarum , t. II, p. 440, 441.

(5) Polybe, 1. III, c. 33, g 9; édit. Didot, t. I, p. 140.

temps de Polybe s'étend de Salamanque, aux temps modernes, royaume de Léon, autrefois ville des Vaccaei, peuple celtibère, nord-ouest, jusqu'à la source du Guadalquivir en Andalousie, province de Jaen, sud-est, et s'approche des côtes de la Méditerranée à Murviedro, province de Valence.

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