GO. HORACE
Gallia, de la Celtique, Celtica : suivant lui, le Rhône coule en Gaule, le Rhin en Celtique (1), GalUa est probablement encore pour Vitruve la province romaine, telle qu'elle existait, comme fraction de la Gaule Transalpine, avant les conquêtes de Jules César; Celtica, chez Vitruve, c'est la Celtique telle que l'entend encore après Vitruve Denys d'Halicarnasse, c'est la Celtique que « coupe par le milieu le Rhin, le plus grand, croit-on, des fleuves d'Europe, le Danube excepté (2). »
Horace, Q. Iloratius Flaccus, né l'an 65 avant notre ère, mourut en l'an 8 (3). Au livre IX de ses Epodes, ode 9, il montre au moment de la bataille d'Actium, 31 avant J.-C, deux mille cavaliers gaulois qui abandonnent l'armée d'Antoine, pour celle de son heureux adversaire, le fils adoptif de Jules César; ils vont chantant la gloire de César : canentes Caesarem (4). Dans ses Carmina, 1. I, ode 8,
(1) De Archileciura , 1. VIII, c, 2, g G; édition Valentin Rose, 1899, p. 188, 1. 8, 9.
(1) Denys d'Halicarnasse, 1. XIV, c. 1, § 2, édition donnée chez Didot par A. Kiessling et V. Prou, p. 700-701; Cougny, t. II, p. 480-481 ; D. Bouquet, t. I, p. GG4 AC ; Pétrie et Thomas Duflfus Hardy, t. I, p. lxxxviii-lxxxix.
(3)Teuffel-Schwabe, g 234, t. I, p. 514; Schanz, 2» partie, g 251- 266, p. 95-135.
(4) Edition donnée chez Teubner, en 1899, par MM. Otto Keller et A. Holder, t. I, p. 308-309; D. Bouquet, t. I, p. 6G4 G,
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V. 6, 7, on voit les élégants de Rome s'exerçant à dompter des chevaux gaulois (1). Au livre IV, ode 14 du même recueil, Horace vante la bravoure qui distingue les guerriers de la Gaule :
te non paventis funera Galliae,
et il l'oppose à la férocité des Sygambri, les ancêtres des Francs ;
te caedo gaudentes Sygambri.
Les uns et les autres ont pour Auguste le même respect. Dans la même ode, il a, quelques vers plus haut, rappelé la soumission récente de trois peuples gaulois, les Vindelici, les Genauni et les Breuni, Bavière et Tyrol (2).
Denys d'Halicarnasse, Atovuaio; ô 'AXixapvaaaeu; , a terminé ses Antiquités Romaines, Pwjxatx^ àp^ato- Xoyia, en l'an 8 avant J.-C. (3). Il s'est, sur certains points, asservi aux laudationes funèbres et aux doctrines historiques acceptées d'après elles par Claudius Quadrigarius ; il croit en conséquence aux
(1) Edition donnée par Otto Keller et A. Holder, p. 26; D. Bouquet, t. I, p. 664 B.
(2) Otto Keller et A. Holder, ibid., p. 274.
(3) Christ, g 463-464, p. 637-642 ; Croisct, t. V, p. 356-374.
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légendes généralement reçues de son temps sur M. Furius Camillus , sur Brennus, sur Manlius Capitolinus, sur Manlius Torquatus et sur Valerius Corvinus (1). Mais chez lui tout n'a pas une valeur aussi contestable. Il sait qu'il y a des Ligures en Gaule (2), qu'en Gaule on fait encore des sacrifices humains (3); il sait que de son temps les Gaulois gardent leur religion (4); il précise la date de la prise de Rome par les Gaulois (5) ; il croit, comme Polybe, que la date de l'invasion gauloise dans le bassin du Pô a de peu de temps précédé la prise de Rome, et, détail nouveau, il explique cette invasion par la vengeance d'un mari offensé : ce mari est un Etrusque qui, ne pouvant obtenir de ses compatriotes la punition d'un adultère, demanda et obtint le concours de l'étranger (6).
(1) Denys d'Halicarnasso, 1. XIII, c. G-12; I. XIV, c. 8, 9; I. XV, c, 1 ; édition donnée chez Didot par A. Kiessiing et V. Prou, p. 697-700, 703-707; Cougny, t. II, p. 4G6-479, 482-489, 490-493.
(2) Denys d'Halicarnasse, I. 1, c. 10; éd. A. Kiessiing et V. Prou, p. 8, 1. ô, 8; Cougny, t. II, p. 458-459; D. Bouquet, t. I, p. 368 B.
(3) Denys d'Halicarnasso, 1. 1, c. 38; éd. A. Kiessiing et V. Prou, p. 27, 1. 19-22; Cougny, t. II, p. 460-461 ; D. Bouquet, 1. 1, p. 368 B.
(4) Denys d'Halicarnasse, 1. VII, c. 70; éd. A. Kiessiing et V. Prou, p. 449, 1. 35-39; Cougny, t. II, p. 464-467.
(5) Denys d'Halicarnasse, 1. I, c. 74; éd. A. Kiessiing et V. Prou, p. 54, 55; Cougny, t. II, p. 462-465; D. Bouquet, t. I, p. 368 BC.
(6) Denys d'Halicarnasse, 1. XIII, c. 10, 11; éd. A. Kiessiing et V. Prou, p. 699-700; Cougny, t. II, p. 474-478.
L'ouvrage de Tite-Live, Titus Livius, Annales^ Ab urhe condita libri, a été terminé vers la môme date que celui de Denys d'Halicarnasse. Il a dû être commencé vers l'année 27 avant J.-C, et l'événement le plus récent qui y est rapporté date de l'an 9 (1). C'est une des sources les plus importantes de l'histoire des Gaulois, mais nous nous en tiendrons aux critiques que déjà nous avons adressées à l'auteur ; le temps nous manque pour citer les nombreuses indications authentiques qu'il fournit (2).
Ici nous nous bornerons aux observations que voici.
Chez Tite-Live, 1. V, ch. 34, § 8, la leçon qui paraît établie par les manuscrits et que j'appellerai leçon A, indique ainsi qu'il suit le chemin ou les chemins par où les Gaulois pénétrèrent en Italie : Ipsi per Taurinos saltusque Iuliae Alpis transcenderunt. Mais les deux termes Taurini^ environs de Turin, nord-ouest de l'Italie, Julia Alpis ^ Birnbaumer Wald, nord-est de l'Italie, ont paru contradic-
(1) Teuffel-Schwabe, g 25G, '257, 1. 1, p. 587-602; Schanz, 1' partie, 1" section, g 321-327, p. 251-272. D. Bouquet, t. I, p. 321-368.
(2) Sur Tite-Live, consulter Wilhelm Soltau, Livius Geschichls- ■werh, seine Composition und seine Quellcn ; ein Hilfsbuch fur Geschichtsforscher und Liviusleser, Leipzig, Th. Weicher, 1897.
toires à la plupart des érudits qui se sont occupés de ce passage. Le savant alsacien Beatus Rhenanus, de son nom de famille Bild, 1485-1547, a écrit à ce sujet ce qui suit : M. Antonius Sabellicus libro secundo de velustate Aquileiae , propterea quod hic mentio fit Alpis Juliae, duhitat an Taurinorum nomine Liuius Tauriscos inlelligat illos, qui Noricis et Garnis vicini fuere. Et tandem argumenta affert, quitus clarum euadit per proximas Alpes ^ non ita procul a Massiliensibus, in Italiam Gallos transisse... Voici la conclusion de Beatus Rhenanus : Proinde fieri potest^ ut iam olim scriptura vitiata fuerit {nam consentit Vormaciense exemplar cum vulgatis editionibus), sic stante sinceriore lectione : Ipsi Taurino SALTU iNUiAS Alpeis transgenderunt (1), C'cst ce que j'appellerai la leçon B.
La leçon B, proposée par Bealus Rhenanus, fut adoptée par Carlo Sigone (Carolus Sigonius), auteur d'une édition de Tite-Live qui parut en 1555. Voici comment Sigone s'exprime sur la leçon A : Ipsi per Taurinos saltusque Iuliae alpis transgenderunt. Itaque assentior Beato Rhenano acutis-
(1) In T. Livii Patavini, historicorum romanorum longe uberrimi et facile priyicipis, opera, quae supersunt, noue nunc édita, recognila, et ad velustissimorum mss. codicum Fuldensium, Mogunlinensium et Coloniensium fidem emendata a Francisco Modio Drugensi^ obserualiones, emendationes, animaduersiones, annolationes denique variae variorum... Francofurti ad Moenum apud Joannem Wechelum, 1588, in folio, p. 431-432. François Modius de Bruges vécut de 1556 à 1597.
simo viro, qui hunc locum ita legit : Ipsi Taurino
SALTU INUIAS ALPIS TRANSCENDERUNT (1).
Henri Lorit de Glaris (Heiiricus Loritus Glareanus), 1488-1565, s'exprime à peu près dans les mêmes termes : Saltusque Iuliae Alpis. luliae Alpis in eo tractu haud scio num guis alius auctor praeter Liuium meminerit. Cerle Cornelius Tacitus Iiilias vocat Alpes, quae versus Carnos sunt (2). Nisi in Liuio sit anticipation quod milii non placet. Ideoque facile assentior D. Beato Rhenano hunc locum recte restiluenti, ut legatur : Ipsi Taurino saltu inuias Alpes transcenderunt (3).
Cette leçon B, qui a prévalu au seizième siècle, a persisté dans plusieurs éditions postérieures. On la trouve dans l'édition de Paris, 1649, reproduite par D. Bouquet, t. I, p. 322 C. Nous citerons ensuite l'édition qui a été donnée à Amsterdam, chez Louis et Daniel Elzévir, en 1665, par Jean-Frédéric Gronovius, t. I, p. 433. A la page 311 de celle d'Oxford, 1708, dont l'épitre dédicatoire est signée Tho. Hearne, on trouve aussi dans le texte la leçon B : Ipsi Taurino saltu invias Alpeis transcenderunt; mais, dans une note, après avoir dit que
(1) Voir l'ouvrage précité de François Modius, p. 105, sous ce titre : Caroli Sigonii scholia quitus Titi Liuii Patavini historiae et earum epitomae parlim emendanlur , parlim eliam explanantur.
(2) Tacite, Histoires, 1. III, c. 8.
(3) François Modius, p. 27, sous ce litre : In T. Liuii librum quintum tienrici Glareani Loriti annotaliones.
telle est la leçon adoptée par Rhenanus, Glareanus et Sigoiiius, l'auteur donne la vieille leçon A : Ipsi per Taurinos saltusque Juliae Alpis. La même leçon B se trouve encore dans la réimpression de l'édition Drakenborch, Venise, 1791, t. I, p. 476; cf. notes, p. 544.
La leçon B reparaît légèrement modifiée en 1738, au tome II, p. 149 de la première édition Drakenborch, datée d'Amsterdam et Leyde : Ipsi per TauririGS saltusque invios Alpes transcenderunt ; c'est une variante que nous désignerons par la lettre G, et qua adoptée, en 1821, l'édition Lemaire, t. II, p. 189. Cette leçon C est aussi celle de l'édition Tauchnitz, t. I (1848), p. 360.
Une quatrième leçon, que j'appellerai E, est due à Madvig (1) : Ipsi per Taurinos saltus [ya[lem]que Duriae Alpes transcenderunt. C'est celle qu'on trouve dans les éditions de Tite-Live données en 1882 (2) et en 1883 (3) par H.-J. MuUer, chez Weidmann. Franz Luterbacher : Tili Livi ab urbe condita liber V, Teubner, 1887, p. 65, l'a aussi adoptée; mais, p. 108, l'auteur constate que la
(1) lo. Nie. Madvigii emendaliones Liuianae iterum auctiores edilae, 1877, p. 145.
(2) Tili Livi ab urbe condita libri erhlaert von W. Weissenborn, Zweiter Band, zweites Heft. Buch Ilil, und V. Fûnfte Auflage, besorgt von II. -J. Mùller, p. 201.
(3) Tili Livi ab urbe condita libri; recognovit, H.-J. Mùller. Pars III, libres IV et VI contineus, p. 28.
plupart des manuscrits portent : Saltusque iuiiae, ce qui est notre leçon A. Font exception les manuscrits de Paris 5725, dixième siècle, où on lit : Saltusque iuiiae allé et le Harleianus primus^ où l'on trouve écrit avec r au lieu d7 : Saltusque iuriae.
Quant à moi , avec Weissenborn , au tome I, p. 291 de ses éditions de Tite-Live données chez Teubner en 1879, en 1889 et en 1893, je crois qu'il faut s'en tenir à la leçon A : Jpsi per Taurinos saltusque Juliae Alpis transcender un t (1). Tite-Live réunit dans ce passage deux versions difficilement conciliables, Tune ancienne et conforme à la réalité : Saltus Juliae Alpis, l'autre plus récente et erronée : per Taurinos. Celle-ci était une conclusion tirée de la croyance qu'à l'époque de l'invasion celtique en Italie, les Gaulois étaient déjà maîtres de presque tout le bassin du Rhône, comme au deuxième siècle avant J.-C, quand la conquête romaine commença dans la Gaule Transalpine. Tite-Live a, sans critique, copié les deux versions, laissant à l'avenir le soin de les concilier ou de faire le choix entre elles.
La première version : Saltus Juliae Alpis, s'accorde avec ce que nous savons de l'antique éta-
(1) Weissenborn avait hésité là-dessus. Dans Tili Livi ab urbe condila libri erhlaert von W. Weissenborn, 4" édition, Weidmann, 1874, p. 354-355, l'auteur, maintenant la leçon A dans le texte, dit en note qu'elle est altérée et propose de lire Cotliae pour Juliae.
blissemeiit des Gaulois dans une grande partie de l'Allemagne moderne et de l'empire d'Autriche; elle émane probablement de Cornelius Nepos, qui l'aurait donnée dans sa chronique. On sait que cette chronique en trois livres était écrite quand le poète Catulle, mort peu après l'an 54 avant J.-C, dédia à Cornelius Nepos un recueil de vers. Catulle, dans sa dédicace^ parle de cette chronique :
...Cum ausus es, unus Italorum, Omne aevum tribus explicare chartis.
Cette chronique est d'environ trente ans postérieure aux Ilistoriae ou Rerum gesiarum lihri de Sempronius Asellio , qui mettaient en Gaule, in Gallia, la ville de Noreia, aujourd'hui Neumarkt, dans l'empire d'Autriche en Styrie (1); mais elle est de [)lus de quarante ans antérieure à Tite-Live.
Dans cette chronique, Cornelius Nepos, né dans le pays des Insubres, c'est-à-dire à Milan ou dans les environs, s'occupait, entre autres choses, de l'invasion gauloise en Italie. Par exemple il y fixait la date, 396 avant J.-C, de la destruction de Melpum, entre les Alpes et le Pô, par les Insubres, les Boi et les Senones, comme Pline l'ancien nous l'apprend en son livre III, .§ 125.
Per Taurinos est vraisemblablement la doctrine de Timagène. Ecrivant après la publication des
(1) H. Peter, Historicorum romanorum relliquiae, t. I, p. 183; llistoricorum romanorum fragmenta, p. 111.