‹ Cours de littérature, conforme au plan d'études des LycéesChapitre 103 sur 109 · Né à Château-Thierry en 1621, mort à Paris en · texte numérisé non relu

Né à Château-Thierry en 1621, mort à Paris en

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est pas capable. Les chaînes d'un emploi , les soins de la famille , la gestion d'un patrimoine , ce sont des entraves qu'il ne souffrira pas longtemps^ il vendra son emploi ; il délaissera sa femme et ses enfants : plus encore, il les oubliera; son patrimoine ne l'embarrassera pas longtemps, car il saura mieux que personne comment on mange son fonds avec son revenu; puis le grand enfant se laissera, sans scrupule d'amour-pcopre , héberger, nourrir, gratifier par ses amis ^ leur maison , leur table , leur bourse, seront k lui; pourvu qu'il puisse s'ébattre, causer, boire et manger, dormir, dormir surtout* ! il ne s'inquiétera ni de vertu , ni de devoir , ni de dignité morale. Il veut vivre et s'épanouir dans la vie ; laissez-le faire, car les loisirs de cette vie nonchalante auront des heures d'inspiration , et lorsque la muse visitera ce désœuvré , et qu'elle l'invitera doucement ^ produire son esprit, elle lui dictera de petits chefs-d'œuvre inimitables. C'est a condition de ne rien faire , de ne penser à rien de sérieux, que La Fontaine sera poète. Donnons-lui donc pleine licence; qu'il dorme à sa guise, qu'il mène joyeux déduit : gardons-nous bien de le gourmander; en retour de notre indulgence, nous aurons ces fables immortelles qu on lit encore lorsqu'on les sait par cœur.

La fable , telle que l'a faite La Fontaine, est une des plus heureuses créations de l'esprit humain. C'est proprement un charme, comme il le dit , car toutes les ressources de la poésie s'y trouvent employées dans un cadre étroit. L'apologue de La Fontaine tient à l'épopée par le récit, au genre descriptif par les tableaux , au drame par le jeu des personnages et la peinture des caractères , ^ la poésie gnomique par les préceptes. Ce n'est pas tout ,

1* Le vrai dormir n'e»t coddu qoe ches qqx....

Je le Terrai , ce pays où l'on dort ! La Fostaixc.

car le poêle intervient souvent en personne. Le charme suprême de ces compositions, c'est la vie. L'illusion est complète; elle va du poète , qui a été le premier séduit , aux spectateurs , qu'elle entraine. Homère est le seul poète qui possède cette vertu au même degré. La Fontaine a réellement sous les yeux ce qu'il raconte, et son récit est une peinture; son âme, doucement émue du spectacle dont elle jouit seule d'abord , le reproduit en images sensibles. Lk se trouve le secret principal du style de La Fontaine ; tout y est en tableaux et en figures. Cette simplicité dont on le loue n'est que dans le naturel des images qu'il choisit ou qu'il trouve pour représenter sa pensée, ou plutôt son émotion. Si l'on y regarde de près , on verra que l'invention dans le langage n'a jamais été portée plus loiû ; le mot abstrait ne parait pas , la métaphore y supplée dé manière à parler aux sens. Les habiles critiques qui se sont donné, sur quelques fables, le plaisir d'en analyser les beautés, n'ont pas eu d'autre soin que de signaler des images, des hypotyposes , comme disent les rhéteurs. A proprement parler, on ne lit pas les fables de La Fontaine , on les regarde ; on ne les sait pas, on les voit. Ne prenons qu'un exemple, la Mort et le Bûcheron, puisque deux grands poètes ont misérablement lutté contre le bonhomme : ce qui tueBoileau et J. B. Rousseau dans cette risible rivalité , c'est l'abstraction ; ce qui fait triompher La Fontaine, c'est l'image qui luit aux yeux et qui pénètre le cœur. Si l'on ajoute k cet attrait continu de la réalité vivante le plaisir que cause l'image de l'humanité visible sous ces symboles animés , on aura les deux principes de l'intérêt universel qu'excitent les fables de La Fontaine , je veux dire l'illusion, qui éveille l'imagination , et l'allusion, qui fait coup double dans l'esprit. L'illusion, qui domine et inspire si heureusement La Fontaine,

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ne tient pas seulement a rimagination , mais a la sensibilité : dans sa longue familiarité avec les animaux , il s'est pris pour eux , comme pour la nature, d'un amour véritable ^ il les porte dans son cœnr, il plaide leur cause avec éloquence , et dans Toccasion il s'arme de leurs vertus pour faire le procès à Thumanilé.

J. B. Rousseau (1670-1741) forme la transition entre Boileau et Voltaire -, il a vécu à temps pour recevoir les conseils de l'un et les injures de l'autre. Il y a bien de l'alliage et des lacunes dans le génie de Rousseau. Sans prendre parti pour ses détracteurs, on peut dire qu'il a plus d'harmonie que de force, plus d'industrie que d'inspiration : il possède à un degré supérieur les qualités secondaires du poète et de l'écrivain. Ses odes sacrées attestent rintelligence plutôt que le sentiment profond de la poésie hébraïque ; il en reproduit le mouvement et la pompe extérieure , mais il n'a pas dérobé le feu sacré qui échauffait l'àme des prophètes. L'inspiration de ses odes profanes ne parait pas plus sincère : la déclamation et les mouvements de convention lui viennent souvent en aide pour dissimuler le vide de la pensée et la froideur du sentiment^ mais rien n'est comparable a Tharmonie du rhythme et du langage qu'il emploie, à la noblesse des images qu'il rencontre lorsqu'il est véritablement poussé du démon de la poésie. La Harpe a mis en relief les principales beautés de ses odes. La musique de la poésie n'a jamais été portée plus loin que dans les cantates de J. B. Rousseau. Toutefois sa véritable supériorité est dans ses épigrammes : heureux s'il n'eût pas appliqué k des sujets trop libres cet art de donner à la pensée un tour ingénieux et une forme durable.

Lamotte (1672-1731), qui a porté partout un esprit qui ne l'entraînait nulle part (ce mot est une réminiscence, et je suis tenu de le restituer a

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Chamfort *), Lamotte a fait des odes piudarîques et non pindariques également négligées aujourd'hui, quoiqu'on rencontre de belles strophes dans ses odes sérieuses, et que dans le genre anacréontique il se soit placé k côté des plus habiles. Nous aurions pu le nommer encore à côté de La Fontaine, car il a fait des fables , dont quelques-unes sont fort piquantes. Quoi qu'il en soit , Lamotte aurait dû ne point faire de vers , puisqu'il ne les aimait pas, et se contenter de soutenir avec élégance et courtoisie, dans une prose correcte, d'ingénieux paradoxes et quelques vérités de critique littéraire.

Il ne faut pas oublier, même dans un résumé succinct, les églogues de Ségrais (1624-1701), que je cite un peu tardivement, dont on a retenu quelques vers pleins de grâce, et que Boileau estimait, ni les idylles de madame Deshoulières (1638-1694),

Dans la poésie légère , et parmi les poètes qui doivent leur renommée autant à leur goût pour le plaisir qu'à leur talent, on distingue Chapelle (1626-1686), qui eut la meilleure part dans cette bagatelle satirique et anecdotique, vantée comme une odyssée , le Voyage à Montpellier * ; Chaulieu (1630-1720), abbé anacréontique, dont les vers ont de la grâce et un voluptueux abandon, et le marquis de La Fare (1663-1712), qu'on ne sépare pas de Chaulieu.

Sixième époque. — Voltaire.

(1715-1789.— 18* siècle.)

Voltaire est le roi de la poésie du dix-huitième siècle; il opprime ceux qu'il n'entraîne pas à sa suite , et on ne compte guère parmi les poètes con-

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