Éloge de La Fontaine
2. Bach\umoîst fut le compagnon de voyage et le collaborateur de Chapelle.
temporains que des satellites ou des victimes de ce brillant génie ^ .
Arouet de Voltaire, né en 1694, mort en 1778, a abordé tous les genres de poésie , depuis Tépopée jusqu'à Tépigramme. Supérieur a tous ses rivaux dans le poëme héroïque, émule et non rival de Corneille et de Racine dans la tragédie, il se place, par répître et la satire, a côté de Boileau, qu'il n'imite pas^ comme conteur, il n'a d'égal que La Fontaine» et il est incomparable dans la poésie fugitive. Disons , pour amortir l'éclat de cette énumération en la prolongeant, qu il est médiocre dans la comédie, vulgaire dans l'opéra, prosaïque dans l'ode. Sa part demeure encore assez belle , malgré ces graves échecs. La Henriade serait une épopée si les personnages avaient plus de mouvement et de physionomie , l'action , plus d'intérêt , et le merveilleux , plus de grandeur et de vraisemblance. Ce poème, dont le style seul est au niveau de l'épopée, a le privilège de faire lire de suite plusieurs milliers de vers alexandrins. Les tragédies de Voltaire n'ont ni Texquise pureté de celles de Racine ni la vigueur de Corneille ; mais elles ont plus de mouvement et d'éclat ; Œdipe, Brutus, Zaïre, Alzire, Mérope , Mahomet , Sémiramis et Tancrède sont de
[hissantes créations où la passion est éloquente , 'action animée et intéressante, le style pur, facile et brillant, malgré bien des négligences. Les épitres philosophiques de Voltaire sont des modèles de style didactique. On ne louera jamais assez la grâce, la délicatesse, l'abandon et l'élégance de ses poésies fugitives ; Voltaire , dans ce genre , résume et em-
1. Pour bien connaître la littérature du siècle de Voltaire, il faut lire Padmirable tableau qu'en a tracé M. Villemain. Le même sujet a été traité avec talent, dans un cadre plus étroit, par M. de Barante, et par M. Jay, dans un discours remarquable que l'Académie a couronné en 1810. Vict. Fabre a réussi dans le même travail. On peut consulter aussi le Cours de Littérature de La Harpe.
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bellit toutes les qualités de Tesprit français : le naturel la netteté, la saillie, la finesse et le bon sens. Nous ne jugeons pas ici ses opinions , mais son talent , et nous souhaiterions à ses détracteurs quelques-unes des qualités solides et brillantes dont l'ensemble compose le génie de ce merveilleux écrivain.
Toutes les réputations contemporaines pâlissent devant le nom de Voltaire. Là Grange-Chancel (1670-1758) avait réussi dans le genre tragique, mais ne s'est pas soutenu au théâtre. Crébillon *, qui avait donné Idoménée , Electre , Atrée , Rhadamiste et Zénobie , dans les premières années du dixhuitième siècle, et qui avait fait espérer un successeur de Corneille et de Racine, avait laissé le champ libre k Voltaire, après les premiers succès de son jeune rival. Il avait soixante et douze ans lorsqu'une intrigue de cour, ourdie par madame de Pompadour, essaya de le ressusciter, en le galvanisant, pour l'opposer k Voltaire, qui commençait à décliner. C'est à cette tardive rivalité que nous devons la 5ëmiramis, V Electre et le Catilina de Voltaire, qui voulut montrer sa supériorité en remaniant les sujets qu'avait traités Crébillon. Le réveil de Crébillon ne produisit rien de durable; mais Atrée, Electre, et surtout Rhadamiste, lui assurent une place élevée parmi nos poètes dramatiques , audessous des trois souverains de la scène tragique, et bien au-dessus de leurs imitateurs. Crébillon manque de correction et d'élégance , mais il a de la vigueur et du mouvement : il a forcé le ressort de la tragédie en portant la terreur jusqu'à l'horreur.
La Harpe (1739-1803), disciple de Voltaire, imitateur de Racine , a laissé au théâtre trois pièces dignes d'estime : Warwick, son début et sa meil-