M à Dijon en 1674, mort à Paris en
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leure pièce; Philoetète, imité et presque traduit de Sophocle, et ifélanie, drame larmoyant qui ne manque pas d'intérêt*. De Belloy (1727-1775) a le mérite d'avoir choisi ses sujets dans Thistoire nationale. Ses succès, qui furent brillants, auraient été plus durables s'il n'eût pas altéré l'intérêt historique par des intrigues romanesques , et s'il eût écrit purement ce qu'il pensait avec force. Le Siège de Calais fait époque dans les annales de notre théâtre. Lemierre (1721-1793), qui ne manquait pas de talent, mais de goût, a obtenu quelques succès sur la scène tragique. On estimait son caractère , mais la dureté de ses vers et la naïveté de son amourpropre donnaient prise k la raillerie*. La Veuve du Malabar et Guillaume Tell ont eu quelque vogue. GuiMOND DE La Touche (1723-1760) neut qu'un succès au théâtre, mais il fut éclatant : Ylphigènie en Taufide est une des meilleures tragédies parmi celles qui ne sont pas des chefs-d'œuvre. Saurin (1706-1781) a laissé un Spartacus qu'on lit encore. DuGis (1733-1817) mérite une place k part parmi les tragiques du dix-huitième siècle. Il lui a mao-
1. « Quelques -uns des disciples de Voltaire se distinguaient par d'heureuses tentati?e8. Guimond de La Touche, La Harpe, Saurin, Lemierre, obtinrent d'honorables suffrages. De Belloy fut mieux inspiré dans le choix de ses sujets que dans la manière de les traiter. Des noms chers à la France attachèrent à ses productions un intéi'ét puissant. Le spectacle de l'héroïsme national commandait l'indulgence, protégeait les succès du poète et fait encore pardonner à ses défauts. » a. Jay, Tableau littéraire de la France pen^ dant le dix-huitième siècle,
2. Le caractère de Lemierre est peint à merveille par cette épigramme de Le Brun :
J'aime Lemierre et son orgueil niïf ;
Bien franchement le bonhomme s'estime.
Plot dar parfois qne Ronsard et fialf ,
On moins il pense , et fit on rers sublime.
One œt orgaeil ne fat déconcerté ;
Un Jour, donnant tragique Bonreauté ,
Notre homme Toit que le pablic n'abonde }
H sort , revient , et d'un ton rassuré :
— J'ai TU, dit-il , entrer beaucoup de monde,
Hais )« ne sais où diable il s'est fourré.
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que, pour monter au premier rang, un style plus châtié et l'art de composer un plan. La plupart de ses tragédies renferment des scènes dignes des grands maîtres, mais l'ensemble en est défectueux. Ducis a tiré de Shakspeare , par voie d'imitation et d'élimination , tout ce qui pouvait alors s'approprier au génie de la scène française : Hamlet, Roméo, Macbeth, Othello, le Roi Lear, sont d'heureuses importations que le suffrage public a naturalisées. Il a été original dans Abufar, On a dit avec raison que Ducis était le poète de l'amour filial et de l'autorité paternelle. Personne ne le surpasse dans l'expression des sentiments moraux. Marie-Joseph Chénier (1764-1811) s'est mis au rang des poètes tragimies par Charles IX, Fénelon, et surtout Tibère, Epieharis et Néron est la meilleure des tragédies de Legouvé (1764-1812), qui doit surtout sa célébrité au poème du Mérite des Femmes,
La comédie, au dix-huitième siècle, a produit un chef-d'œuvre digne de Molière, le Turcaret de Le Sage, écrit en prose, et qui est pour les traitants ou financiers ce que Tartufe est k l'hypocrisie. La comédie en vers nous a légué trois pièces qui vivront : le Glorieux de Destouches (1680-1754) , le Méchant de Gresset (1709-1771) et la Métromanie de Piron (1689-1773). La Chaussée (1692- 1754) mit k la mode, dans le même temps , la comédie larmoyante , espèce de tragédie bourgeoise qui conduisait par une pente fatale au drame moderne. Parmi les petites comédies qui ne sont pas •sans mérite, citons, pour mettre sur la voie, le Ctrcle de Poinsinet, les Fausses infidélités de Bar- THE et Y Impertinent de Desmahis.
Pendant la dernière moitié de ce siècle, la poésie didactique , inaugurée par les poèmes de la Grâce et de la Religion de Louis Racine (1692-1763), qui conserva pieusement l'héritage paternel amoindri
dans ses mains , devint dominante pendant les années qui précédèrent la révolution. Lemierre a mis quelque talent dans son poème de la Peinture, imité du latin de Tabbé de Marsy, et dans ses Fastes, en seize chants, où il voulut rivaliser avec Ovide. Saimt-Lambert (1717-1803), prôné par les philosophes , se fit une grande réputation par le poème des Saisons, composition froide qui renferme de belles descrii)tions. Roucher a composé le poème des 4fois> aujourd'hui oublié, et trop décrié par La Harpe. V Agriculture de Rosset n'est pas sans beautés. Mais tous ces poètes sont éclipsés par Delille, talent facile et brillant qui se plaça au premier rang par sa traduction des Géorgiques, et qui s'y maintint par le poème des Jardins. Les autres ouvrages de Delille, qui mourut en 1812, appartiennent k l'époque suivante.
Le genre lyrique fut cultivé avec succès, d'abord par Le Franc de Pompignan (1709-1784), que les sarcasmes de Voltaire n'empêchent pas d'avoir porté dans l'ode une élévation réelle et une harmonie digne des maîtres de la lyre. Le Franc avait réussi au théâtre par sa tragédie de Didon , imitée de Virgile et de Métastase. Le Brun (1729-1807), dont le surnom de Pindarique n'est pas précisément un sobriquet, a composé, parmi ses odes nombreuses, quelques pièces d'un rare mérite. Si toutes ses odes avaient la valeur de celle par laquelle il leur promet l'immortalité, la prédiction serait juste. L'ode sur le Vengeur contient des strophes admirables. On cite volontiers Tode à Buffon , celle qu'il adresse à Voltaire, et le Triomphe de nos paysages. Il est gracieux et tendre dans les stances qui commencent ainsi :
Prends les aiies de la colombe.
Prends, disais-je, mon âme, et va dans les déserts.
Le Brun pèche habituellement par Tenflure, la dureté et le défaut de naturel. Son poëme de la Nature n'a pas été terminé. Rival de J. B. Rousseau dans l'ode. Le Brun l'a égalé, sinon surpassé, dans l'épigramme * .
Le dix-huitième siècle a son Juvénal dans Gilbert (17S1 -1780), qui, dédaigné par les philosophes, tourna contre eux Tarme puissante de la satire. Écrivain inégal et incorrect, Gilbert a frappé au coin du génie quelques-uns de ces vers qu'on n'oublie pas. On sait aussi par cœur les strophes touchantes par lesquelles il fit ses adieux a la vie : k la honte du siècle , elles sont datées de l'Hôtel-Dieu de Paris.
Quelques années auparavant, un jeune poète de belle espérance, l'auteur du poëme de Narcisse dans Vile de Vénus, était mort dans la misère et l'abandon :
La faim mit au tombeau Malfilâtbe ignoré; S'il n'eût été qu'un sot, il aurait prospéré.
Gilbert (car c'est lui qui parle ainsi, comme par un funeste pressentiment) est trop exclusif: il y a des sots qui ne réussissent pas.
Le chef-d'œuvre de la poésie badine, le poëme de Ver-Yert, appartient au dix-huitième siècle. Gres- SET s'est placé hors de la portée des railleries de Voltaire, si ingénieuses qu'elles soient, par la co-
1 . Le Brun donne dan& un dizain la poétique du genre épigrammatiqne :
J'aime parfois répiinramme en distique , Bon mot rapide en deux rers échappé ; J'aime encor plus le disain marotique , Son coap pi oh sûr et son dard mieax trempé : Léf er distique à peine tous effleure ; D'un bon dizain le trait profond demeure.
L'an de l'esprit est le brillant stylet , L'autre au génie olTre une arme virile.
D'un bon diéain Rousseau Tous enfilait ; Un bon dizain est la lance d'Achille .