‹ Cours de littérature, conforme au plan d'études des LycéesChapitre 106 sur 109 · II. Uaérature. à · texte numérisé non relu

II. Uaérature. à

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médie du Méchant et par Ver- Vert. On ddmire encore la versification brillante, harmonieuse et facile de sa Chartreuse,

Nous ne dirons rien de toute une pléiade de poètes galants, fades et musqués, h la télé desquels on remarque Dorât, Bernard et le marquis de Pezay *. On a dit que Parny et Bertin avaient donné h la France un Tibulle et un Properce : nous n'en croyons rien, surtout pour Bertin, si inférieur îi son rival, qu'on louerait volontiers si l'on n'avait

Sas h flétrir en lui une monstrueuse et sacrilège ébauche du talent poétique. Ce qui est plus vraisemblable, c'est que le bourreau, en faisant tomber la tête d' André Chénier (1762-1794), a arrêté sur le chemin un grand poète qui nous aurait rendu tout au moins Théocrite et Simonide, sinon Lucrèce. Il y travaillait silencieusement. Les trop rares fragments qui attestent ses efforts montrent aussi Ta présence de la muse. « Il y avait quelque chose Ih, w dit-il à rheure de la mort, en portant la main sur son front. Sans doute, il y avait quelque chose, et ce quelque chose est éternellement regrettable; mais ce que ce beau et pur génie avait déjk produit ne périra pas. Ces essais, pieusement recueillis, font le charme de nos heures solitaires, et l'amertume de nos regrets achève pour la gloire du nom de Chénier ce que la mort a cruellement interrompu.

1 . Pezay est proté;;é contre l'oubli par cette épigramme de Le Brun :

Ce Jenne homme a beaucoap acquis , Beaucoup acquis , je voos assure :

Car, en dépil de la natnie, Il s'eat fait poële et aarquls.

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Orateurs ftançais.

L'éloquence française compte peu de monuments •avant le dix-septième siècle. Cependant nous avons de grands orateurs dans tous les genres , dans la chaire chrétienne , k la tribune politique, au barreau, k l'Académie *, le genre académique est particulier à la France, et il a produit des morceaux fort remarquables.

ipoques de l'histoire de réloqience française.

Nous diviserons cette histoire de l'éloquence française en quatre époques distinctes. La première époque, qui s'étend depuis le douzième siècle jusqu'à la fin du quinzième, présente quelques grands noms, notamment saint Bernard et Gerson, dans l'éloquence chrétienne, et quelques essais remarquables d^éloquence politique dans les assemblées des états généraux. La seconde époque, qui comprend le seizième siècle et la première moitié du dix-septième, est plus féconde : la renaissance et la réforme, par la culture et le mouvement des esprits, élèvent et développent Téloquence. Cestle tempsde Calvin, du cardinal de Lorraine et de tant d'autres orateurs religieux. Les pamphlets politiques abondent, et dans la Ménippée P. Pithou porte k une grande hauteur l'éloquence politique. La troisième époque est le véritable avènement de la grande éloquence chrétienne, qui brille du plus vif éclat sous Louis XIY et qui s'afiaiblit dans tes successeurs des Bossuet, des Bourdaloue, desFénelon et des Massillon. Le dixhuitième siècle , qui forme une quatrième époque , nous montre la décadence de l'éloquence religieuse;

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mais le barreau et l'Académie fournissent des orateurs distingués , et la crise sociale qui éclate dans les dernières années de cette période donne enfin k la France de véritables orateurs politiques.

Première époque. — Éloquence naissante.

(1101-1484. — 12-1 D« siècle.)

Le douzième siècle est illustré par un grand orateur qui a mérité d^être mis au rang des Pères de l'Église : c'est saint Bernard -, ses discours , prononcés en latin, n'appartiennent pas k la littérature française. Il est vrai qu'on ne tarda pas a les traduire en langue vulgaire ^ mais l'imperfection de cet idiome naissant, qui est devenu plus tard le français et qui n'était alors que le roman , a effacé quelques-unes des beautés du texte original * . Saint Bernard avait eu d'éloquents précurseurs, et il y eut parmi ses contemporains et ses successeurs des prédicateurs qui ne sont pas sans mérite. Dans le siècle suivant, la scolastique étouffa Téloquence religieuse. Les états généraux de 1355 et des années suivantes n'ont guère laissé que des souvenirs de troubles. Les débats entre ces assemblées turbulentes et la royauté n'ont pas enrichi l'éloquence.

Au quinzième siècle, le chancelier de l'université, Gersoi^, prêta a la parole évangélique l'appui d'un grand talent et l'autorité d'un caractère honorable. Ses contemporains Pierre d'Ailly et Clémengis méritent une place k côté de lui pour leur éloquence et leur zèle k défendre la morale et la religion. Pendant la seconde moitié de ce siècle, sous Louis XI,

1. On peut voir sur saint Bernan) un passage de VÉloge de Suger, parGariat, et une notice de Daunou dans le douzième volume de V Histoire littéraire de la France, Une partie des sermons de saint Bernard, en langue romane, a été publiée réoenH ment, à la suite de la rersion des quatre livres des Rois, par M. Leroux de Lincy*

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Charles VIII et Louis XII , on vit paraître quelques orateurs sacrés dont les noms nous sont parvenus. Maillard, Ménot^IRaulin méritent d'être connus. On les a trop dépréciés ; toutefois il n'y a pas lieu a une complète réhabilitation. Ces prédicateurs populaires ne manquent pas de talent , mais ils manquent de goût^ et ce n'est pas sans peine qu'on est parvenu a tirer de leurs sermons un petit nombre de passages éloquents et quelques traits ingénieux.

La Chronique de Monstrelet, VHistoire du religieux de Saint-Denis, écrite en latin * , et celle de JuYÉNAL DES Ursins offrcut bcaucoup d'essais oratoires dans le genre politique et le genre judiciaire, qu'on ne doit ni admirer ni dédaigner. Les remontrances des états et de l'université, les manifestes des princes, ont l'avantage de faire connaître sous une forme oratoire la situation des esprits. Dans le genre judiciaire, le plus curieux monument de celte époque est VApologie du duc de Bourgogne par Jean Petit, plaidoyer vraiment monstrueux au fond et dans la forme. La réplique a ce manifeste, faite au nom de la duchesse d'Orléans par l'abbé de Cé- RisT, renferme quelques beaux mouvements d'éloquence. Le Quadriloge invectif d' Alain Chartiër peut être considéré comme un monument oratoire d'un véritable intérêt littéraire et historique^ le Traité de l'Espérance, par le même écrivain , renferme aussi de belles pages. Les contemporains d'Alain Chartiër l'ont surnommé le Père de l'éloquence. L'étude des anciens fut pour lui , comme pour Christine de Pisan , une école de nobles sentiments et de beau langage.

Les états généraux tenus k Tours en 1484, sous la minorité de Charles YIII, nous montrent quelques

1 . Elle a été traduite récemment avec exactitude et talent par M. Bellaguet.

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essais heureux d'éloquence politique. Déjk, sons le roi Jean (1357), Marcel, Charles le Mauvais, Robert Lecoq , évéque de Laon , s'étaient distingués par leur éloquence à la tribune politique. Les discus* sious de l'assemblée de 1484 ont été recueillies par un de ses inembres , Jean Masselin , qui a traduit en latin les discours que les orateurs avaient prononcés en français. On y remarques surtout une harangue de Philippe Pot^ sieur de la Roche, député bourguignon. Le texte primitif de deux de ces dis* cours a été conservé.

Deuxième époque. — Éloquence politique et religieuse.

(1484-1650. — 16* siècle.)

Au seizième siècle, la réforme, en agitant l'Église et l'État, réveilla l'éloquence. Parjni les orateurs religieux, il faut citer, dans le camp des protestants, Calvin, génie redoutable et vraiment supérieur, dont la vie fut une longue prédication. On admire surtout, parmi ses ouvrages écrits en français, la préface de son Instituiion chrétienne, discours adressé au roi François P% dans lequel la prose française commence à prendre son véritable caractère. L'apologie des protestants, que le réformateur adressa a la diète de Spire , écrite en latin , est pleine d'éloquence. Théodore de Bèze se distingua à côté de Calvin et fut, au colloque de Poissy, le champion des religionnaires. Parmi les catholiques» on nomme Simon Vigok , dont on a quelques sermons, et le cardinal de Lorraine, qui répondit an discours de Théodore de Bèze par une harangue fort étendue.

La défense d'ÀNNE Dubourg, conseiller au parlement de Paris, accusé d'hérésie et condamné à mort, est un morceau vraiment pathétique. On

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trotti^ dans les pamphlets des protestants, dirigés contre les Guises, des passages véhéments qui rappellent réloquenee des tribuns de Tantiquité ^ A l'assemblée des notables de Fontainebleau et aux états généraux d'Orléans, réuni» par Lhospital, le chancelier fit pluaieursdiscours remarquables. Dans la première de ces assemblées, l'évéque de Valence, MoNTUjc, et r archevêque de Vienne, Mârillag, parlèrent avec succès. Le véritable orateur de celle époque est Lhospilal , qui fit entendre dans toutes les circonstances un langage énergique et modéré, plein d'élévation. L'éloquence de ce grand citoyen mériterait un examen approfondi. Les états généraux deux fois assemblés k Blois n'ont rien légué h l'histoire de l'éloquence , et les états de la Ligue sont également stériles. Pour trouver l'éloquence, il faut la chercher dans les pamphlets des différents partis, dans les mémoires ou manifestes publiés par Du Plessis-Mornay, dans les discours patriotiques de Du Fat, petit-fils de Lhospital, dans la correspondance et les proclamations de Henri IV. UAfUi'Espagnol , qu'on attribue k Artoinb Ar- NAULD, père du grand Arnauld de Port-Royal, renferme de grandes beautés. Je ne puis qu'indiquer ces richesses oratoires.

Le monument le plus remarquable de l'éloquence politique , au seizième siècle , se trouve dans cette Satire Ménippée qui donna, par le ridicule, le coup de grâce a la Ligue : c'est le discours de D'Aubray, prononcé au nom du tiers état , et qu'on doit au jurisconsulte Pierre Pithou , un des plus savants hommes et des plus habiles écrivains de cette époque .

Le traité de la Servitude volontaire ou le Contre un, écrit vers 1548 par l'ami de Montaigne, Etienne La BoÉTiE, est une déclamation chaleureuse dans

1. On en trouve plusieurs fort remarquables dans VHisioire de Régnier de La Planche.

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laquelle on rencontre quelques traits de véritable éloquence *.

La prédication catholique pendant la Ligue n'a laissé d'autres monuments que les déclamations fanatiques des Boucher et des Porthàise ^.

Pendant la première moitié du dix-septième siècle , l'éloquence politique se développa avec une certaine puissance aux états généraux de i 61 4, où se distinguèrent le cardinal du Perrot< et Richelieu, alors simple évéque de Luçon ' . Nous en retrouvons encore quelques traces à l'époque de la Fronde, au moins dans les Mémoires du cardinal de Retz, qui embellit sans doute ce qu'il crut reproduire.

L'éloquence religieuse compte, pendant cette période, saint François de Sales et son ami l'évêque de Belley, Camus, un de nos plus féconds écrivains ; saint Vincent de Paul (1572-1660), qui s'éleva à la plus haute éloquence en appelant la compassion des riches sur le sort des enfants trouvés ; Jean de LiNGENDEs, dont OU a retenu quelques traits heureux, et le père Desmares. Un prédicateur singulier, le père André, se fit alors un nom par l'originalité de ses saillies piquantes, mais peu dignes de la chaire chrétienne.

Le barreau , sous Louis XIII , s'enorgueillit des noms de Servin * et d'OMER-TALON, avocats géné-

1. M. L. Feugère a publié récemment les œuvres complètes de ce remarquable écrivain , prosateur éloquent et poète distingué en français et en latin. Ces œuvres éparses méritaient d*étre recueillies.

2. M. CI). Labitte a publié, sur Jes prédicateurs de laLigue, un volume plein de curieux détails.

3. Un de nos collègues, M. Poirson, a mis en relief, dans un mémoire important, les harangues les plus remarquables prononcées devant cette assemblée, où les trois ordres du royaume furent réunis pendant la minorité de Louis XIII.

4. « Louis Servin, dit M. Dupin, nommé avocat général par Henri lY, eut occasion, sous le règne suivant, de montrer une fermeté invincible, un attachement inviolable, mais éclairé, pour la personne du souverain. II expira, en 1626 , aux pieds de Louis XIII, dans le moment même où il faisait d'énergiques re-

raux; d' Antoine Lemaitre, qui se déroba a la gloire et aux honneurs par une retraite prématurée à Port- Royal , et de Patru , écrivain châtié , avocat désintéressé, quelquefois éloquent.

Troisième époque. — Éloquence religieuse et Jadiciairo

(Siècle de Louis XIY).

(1650-1715. — 17* siècle.)

Deux productions remarquables , qui doivent le jour k des circonstances accidentelles, réclament une place dans l'histoire de l'éloquence. Il est impossible de passer sous silence les Provinciales de Pascal (1623-1662)-, car les lettres sur l'Homicide et sur la Calomnie sont comparables, pour l'élévation de réloquence, aux plus beaux monuments de l'art oratoire. Les Pensées, ces fragments impérissables, offrent des pages d'un caractère plus saisissant encore. Dans l'émotion qu'elles causent, je ne sais quel effroi religieux se mêle k l'admiration *. Les Mémoires de Pellisson (1624-1693) en faveur de Fouquet sont, au jugement de Voltaire, les seuls plaidoyers écrits en France qui rappellent la manière deCicéron. Cette éloquente défense du surintendant serait encore digne d'attention, lors même que Pellisson ne l'aurait pas écrite dans l'isolement, sur les marges d'un livre, avec un cure-dent trempé dans de la suie délayée ; la langue des affaires et celle de la passion s'y trouvent rapprochées sans effort et s'y prêtent un mutuel appui.

montrances à ce prince an sujet de quelques édits bursaux qu^il avait fait apporter au parlement pour les faire enregistrer d^autorité en sa présence dans un lit de justice. Témoin de cette mort glorieuse, le conseiller Bouguier en conserva la mémoire dans ces deux vers latins qu'a recueillis la postérité :

Serrinum ana dies pro libertate loqnentem yid[t, et oppressa pro libertate cadentem. •

1 . Une nouvelle édition classique des Pensées de Pascal a été publiée par M. ProsperFaugère; 1 vol. in-12.

La principale gloire du siècle de Louis XIV e^ dans la succession ou le concours des grands oraleurs chrétiens qui occupèrent la chaire sans interruption pendant plus de soixante ans. Bossuet, BouRDALouE, Fénelon , Flégbier, Massillon, ne laissèrent pas languir Tadmiration publique. Bourdaloue vint relever Bossuet, lorsque celui-ci quitta la prédication pour les soins du préceptorat et de son diocèse, et Massillon prit la parole dès que Bourdaloue cessa de se faire entendre.

Avant ces prédicateurs éminents, Limgenimbs (1595-1665) avait entrevu la véritable éloquence religieuse ; Masgaron (1634-1 703), évéque de Tulle, avait brillé dans la chaire chrétienne; mais il paya tribut au mauvais goût jusqu'à ce que l'exemple des maîtres lui eût appris a sacrifier les ornements affectés. Ce fut alors qu'il composa Toraison funèbre de Turenne, son meilleur ouvrage.

Parlons maintenant de Bossuet (1627-1704) avec quelque étendue, car il faut bien s arrêter devant un nom aussi imposant.

Bossuet a été au dix-septième siècle ce que saint Bernard avait été au douzième , avec cette différence que Bossuet fut l'oracle et l'arbitre de l'Église gallicane, et saint Bernard celui de l'Église catholique-, que Bossuet résista k la papauté^ et que saint Bernard la dirigea et la protégea ^ que le pouvoir temporel eut samt Bernard pour adversaire et Bossuet pour défenseur. Tous deux eurent la Bourgogne pour berceau ^ tous deux puisèrent dans une sainte et nombreuse famille des exemples de vertu qu'ils augmentèrent; tmis deux virent leur père entrer dans les ordres ; tous deux, malgré la distance des temps, eurent l'insigne honneur de rouvrir la liste, depuis longtemps fermée , des Pères de l'Église : tous deux, ils dominèrent par l'ascendant da savoir et du caractère les assemblées où ils paru-

rent^ ils portèrent la même vigilance aux intérêts de la foi, le même désintéressement dans les choses de la terre ^ ils eurent la même autorité d'éloquence; enfin, tous deux furent entraînés à lutter contre un adversaire qu'ils aimaient, qu'ils admiraient, qu ils ont vaincu : et ces adversaires, Abélard au douzième siècle, Fénelon au dix-septième, ont trouvé plus de sympathie que les victorieux.

Un coup d'oeil jeté sur la vie de Bossuet montre dans la suite de ses travaux, d'abord l'adversaire du protestantisme ramenant , par la mission de Metz , de nombreux dissidents au sein de l'Église ; enlevant à l'hérésie le plus illustre de ses apôtres, le grand Turenne ^ leur ôtant , par Texposition claire et précise de la foi , tout motif sérieux de dissentiment ; réduisant Claude , par une argumentation serrée, au silence ou k la contradiction; confondant les insolentes prédictions^de Jurieu, déroulant le tableau des variations de TÉglise protestante, et par conséquent de ses erreurs, car la vérité est une et invariable ; enfin, essayant, avec le grand Leibnitz , de réunir en un seul corps tous les membres divisés de la famille chrétienne. Voilà ce qu'il a fait du côté de l'hérésie.

Dans le sein de TÉ^Iise catholique , prédicateur infatigable du dogme catholique et de la morale chrétienne, il montre k tous ce qu'il faut croire et ce qu'il faut faire; il repousse avec une égale énergie la morale excessive de ces docteurs qui font haïr la vertu, et celle de ces casuisles dont les relâchements , la coupable complaisance, excusent le vice et élargissent outre mesure la voie étroite qui c(mduit au ciel ; oracle de l'Église gallicane , il en proclame les principes, sans arrière-pensée de flatterie pour la royauté , sans volonté, mais sans crainte d'irriter le saint<-siége : enfin il combat k outrance le auîétisme, ^ui pauvait mener, sous les apparences d une

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perfection impossible, aux erreurs d'un déisme mystique.

Orateur , théologien , philosophe , historien , cet infatigable athlète accumule les chefis-d'œuvre sans paraître y songer : il met h tout ce qu'il touche le sceau de son génie. Dans la chaire chrétienne, il fait entendre des accents inouïs jusqu'alors et qu'on n'entendra plus lorsque sa voix s'éteindra. Dans l'histoire, dans la philosophie, même supériorité.

Bossuet n'a rien fait en vue de lui-même ni de la gloire humaine*, il n'a jamais écrit pour écrire, mais pour agir -, tous ses écrits sont des actions , et ses actions, l'accomplissement d'un devoir. Il ne s'est jamais dit : « Sois orateur, sois historien, sois philosophe. » Ses ouvrages sont des actes qui témoignent de l'exercice de ses fonctions : il prêche , parce qu il est prêtre-, il enseigne , parce qu'il est précepteur -, il combat, parce qu'il est croyant. L'auteur n'est pas distinct de l'homme; sa vie et ses œuvres se confondent. Les mots ne sont rien pour lui : son style, et il n'en est que plus merveilleux , c'est l'ordre, c'est l'enchainement, c'est la vigueur, c'est le corps même de la pensée qui sort tout armée de sou cerveau. Où trouverez-vous pareille identité entre la pensée et le langage? quel est l'écrivain qui n'ait point quelque complaisance pour les mots, qui ne s'arrête quelquefois à les ajuster, k les parer ? quel est celui , même entre ceux qui ne veulent pas se faire remarquer, qui ne se laisse voir et surprendre? Ailleurs vous sentirez l'effort-, dans Bossuet vous ne voyez que la force. Pour les uns , le langage est un vêtement, pour les autres une parure ; à quelques-uns il tient lieu de substance -, dans Bossuet, c'est la pensée visible et nue.

On a l'air de déclamer lorsqu'on dit que Bossuet est plus qu'un orateur, qu'il est l'éloquence même ;

et cependant , si on confronte l'idée de Téloquence et les discours de Bossuet , on trouve l'expression simple et vraie.

En effet, l'éloquence n'est-elle pas la production animée , simple , énergique , souveraine , de la raison et de la passion humaine ? Or« le langage de Bossuet est-il autre chose? n'est-ce pas la raison et la passion manifestées sans efforts et par un mouvement continu? la passion et la raison de Bossuet ne se font-elles pas maîtresses des nôtres ? ne nous entraîne-t-il pas, ne nous tourne-t-il pas k son gré? ne nous emporte-t-il pas dans un ^ssor irrésistible? On peut donc dire k la lettre que Bossuet, c'est l'éloquence même.

Par la même raison, Bossuet est plus qu'un théologien : les lumières et les mystères de la théologie se sont incorporés k son intelligence ; il sait 1^ doctrine, il connaît les faits et leur signification. Nonseulement il les connaît , mais il en dispose librement comme de sa chose propre : la Bible est Ik avec l'Évangile , avec les Pères , avec les conciles -, tout y est écrit comme dans un livre, et ce livre est toujours ouvert sous les yeux de son esprit. Il est donc vrai de dire que Bossuet est la théologie même.

Éloquence et théologie, voilk tout Bossuet : aussi, quelque sujet qu'il aborde , il se montrera théologien et orateur. Il aborde l'histoire -, l'histoire dans ses mains devient un discours théologique : c'est mi récit des faits de Dieu par l'humanité, Gesfa Dei per homines, comme dans Guibert de Nogent, Gesta Dei per Francos.

Bossuet n'est pas le premier historien qui ait montré les hommes agissant sous la main de Dieu : Moise ne raconte pas autrement les annales du peuple juif; l'histoire des croisades est théologique; la polémique des puritains et des ligueurs est théolo-

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giqoe : 0Kiis le point de vue est borné dans une sphère plus ou moins étroite; la nouveauté dans Bossuet, c'est l'universalité, qu'est le concours du genre humain aux desseins de la Providence.

Des hauteurs où il se place pour considérer l'bis^ toire, les empires ne lui apparaissent plus que comme des individus, et les destinées de ces individus ne sont que des scènes ou des actes d'un drame unique qui se dénoue par h naissance du Christ et la rédemption du genre humaia. Le prologue, c'est la création; l'exposition, la chute de Thomme; le nœud , la dispersion des hommes , les progrès de l'idolâtrie , et la durée du peuple de Dieu; la péripétie, la corruption et le déclin du monde idolâtre; le dénoûment, l'avènement du libérateur et le triomphe de sa doctrine.

Parmi les chefs-d'œuvre de Bossuet, il faut citer, après le IHsc(ntr$ sur l'Histoire universelle, que rien n'é^le, les Oraisans funèbres de la reine d'Angleterre, de la duchesse d'Orléans, du prince de Condé, les Pensées sur la comédie, les Élévations sur les mystères et les Méditations sur V Évangile, les Sermons sur Vunité de VÊglise et sur la mort.

BouRDALouE^ né en 1632, mort en 1704, succéda â Bossuet comme sermonnaire, et ses succès dépassèrent peut-être ceux de son illustre devancier. Ses prédications, étaient révénemient de la ville : on allait en Bourdaloue, comme dit madame de Sévigné, avec un incroyable empressement; et cette ardeuf de l'entendre dépose d'autant piu& en faveur de son génie, qa'ii négligea tous les moyens de plaire empruntés soit k la passion , soit aux artifices da langage. La sévérité de son style égale la vigueur de ses ratisonnemeots. La puissance de Bourdaloue est tout entière dans T autorité de la vérité et de la logique. On admire la fécondité et Us ressources de sop talent inépuisable , qui savait renouveler tous

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les sujets en les creusant plus profondément. On a de lui plusieurs sermons, sur la Passion par exemple: si on les considéra isolément, le sujet parait épuisé dans chacun d'eux ; si on les compare, on n'y trouve pas une seule redite. Bourdaloue appartenait à l'ordre des jésuites. Il a composé des Oraisùns funèbres et des Panégyriques / mais c'est surtout par ses Sermons qu'il s'est élevé an premier rang.

Fléchier , né la même année que Bourdaloue , mort en 1710, est surtout remarquable comme écrivain. Le choix des mots, l'harmonie du langage, le tour heureux de la pensée , l'art de placer les figures et de trouver des mouvements oratoires convenables au sentiment qu'il exprime, produisent quelquefois chez cet habile orateur les effets de la grande éloquence. On se tromperait si on ne voyak dans Fléchier qu'un rhéteur ingénieux qui simule l'éloquence avec adresse. Fléchier est réellement orateur ; mais il a le tort de montrer avec coquetterie le talent qu'il emploie , et de détourner l'attention sur la parure dont il enjolive des pensées solides. Son chef-d'œuvre dans le genre oratoire est YOraison funèbre de Turenne. V Histoire de Théodose le laisse dans un rang secondaire parmi les historiens-, mais ses Mémoires sur les grands jours d'Auvergne, récits piquants, pleins de charme et d'esprit, fournissent des modèles dans le genre narratif * .

Fénelon, né en 1651 , mort en 1715, employait son génie pour convaincre et pour émouvoir. La parole est pour lui un instrument et non un but-, il a l'onction, l'abondance , le naturel des Pères de l'Église; rien n'est comparable à la majestueuse simplicité, b la noble aisance de son langage. Il pn>-

1. Ils ont été publiés, en 1844 , par M. Gonod , biblioth^iie de Clerniont, et réimprimés en 1856 avec une introduction écrite par M. Sainte-Beuve; l vol. in- 8".

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diguait, sans compter, les trésors de son àme. On vD'a pas recueilli, il s'en faat de beaucoup, tous les sermons qu'il improvisait presque entièrement, après une sérieuse méditation. Il aimait a se confier k l'inspiration de l'esprit de charité qui l'animait , et cette sainte confiance donnait à ses paroles plus de mouvement et d'autorité. Les sermons de Fénelon sur le Sacre de Vévêque de Cologne et sur la Fête de l'Epiphanie sont des modèles d'éloquence noble et familière; ils attestent le génie le plus aimable, le plus facile et le plus heureusement doué qui se soit produit dans cette brillante époque : ce n'est pas la sublimité de Bossuet, et moins encore la vigueur de Bourdaloue , mais quelque chose d'élevé , de pur et d'insinuant qui remue les âmes , qui les échaufle et les pénètre comme cette pure lumière qui inonde les bienheureux de ces champs Élysées dont la description * est un des chefs-d'œuvre de notre langue.

Massillon (1663-1742) est le digne continuateur de ces grands maîtres *, son éloquence consola la vieillesse de Louis XIY et instruisit l'enfance de Louis XV. Il n'y a pas un orateur chrétien qui ait touché les passions avec plus de vérité et de puissance. Les discours de Massillon dévoilent tous les mystères du cœur humain. Aucun secret ne se dérobe k la pénétration du moraliste qui nous met en demeure et en mesure de guérir les plaies de l'âme après les avoir montrées. Combien d'éloquentes leçons pour les dépositaires du pouvoir et des richesses -, que de consolations pour ceux qui souffrent aux derniers rangs de la société humaine! On reproche k Massillon des développements trop abondants qui relâchent le tissu de son style ; mais cette abondance a cela de commun avec celle de Cicéron, que les développements n'y sont pas des

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