‹ Cours de littérature, conforme au plan d'études des LycéesChapitre 26 sur 109 · La Fontaine · texte numérisé non relu

La Fontaine

\ent se trouver, non pas tous les arguments , mais le principe de tous les arguments possibles.

Les lieux communs se divisent en deux classes : les uns se rapportent au sujet même, et les autres sont en dehors du sujet; les uns relèvent de la raison , et les autres de l'autorité. Les premiers sont inlrinsèqv£s, et les autres, extrinsèques.

Yoici, en quelques mots, les titres et l'usage des principaux lieux communs intrinsèques :

l"" La définition : elle peut, lorsque les termes en sont bien choisis, servir à prouver qu'une chose est bonne ou mauvaise.

^ Uénumération conduit au même résultat , si toutes les parties qu'elle embrasse présentent le même caractère.

3** Le genre et Yespèce est une source féconde d'arguments , parce que ce qui est vrai du genre l'est toujours de l'espèce, et qu'on peut souvent conclure de l'espèce au genre.

4° La comparaison sert de base k un raisonnement , parce qu'en comparant des choses de nature analogue, on peut conclure du plus au moins, du moins au plus, et du semblable au semblable.

5"* Les contraires sont plutôt un moyen d'amplification que de raisonnement , et consistent k présenter d'abord l'idée opposée a celle qu'on veut faire accepter.

6"* Les choses qui répugnent : lorsque deux faits paraissent inconciliables, il y a apparence , si Tun est prouvé , que l'autre n'existe pas.

7"" Les circonstances : elles peuvent être telles que leur concours rende le fait contesté probable ou invraisemblable.

8® Les antécédents et les conséquents, c'est-à-dire les préliminaires du fait et le fait lui-même , dont le rapprochement peut mettre sur la trace du coupable.

9^ La cause et Veffet : de la caese on peut descendre k Teffet, et de l'effet remonter k la cause.

Les lieux communs extrinsèques sont des autorités prises en dehors du fait , mais qui servent k le constater ou k le caractériser : la loi, les titres écrits, les témoins , le serment et la renommée sont les principaux chefs de cette seconde catégorie des lieux communs :

l"" La lot écrite et la coutume, qui fait loi , sont la règle du jugement k intervenir. Elles établissent si la prétention des parties est ou non fondée , ou si le fait est ou n'est pas punissable.

S"* Les titres écrits servent k établir le fait et font partie de la catégorie des témoignages.

3® Les témoins déposent après interrogatoire de ce qu'ils savent, et la comparaison de leurs dépiositions contribue k établir la vérité.

4® Le serment donne un nouveau poids k là parole des témoins , parce que le mensonge après serment serait un parjure. Il y a des cas dans les causes civiles où, k défaut de titres écrits et de témoins, on défère le serment k une des parties.

&" La renommée ou le bruit public , qui prend quelquefois le nom de notoriété, est aussi un élément de conviction.

Tout ce qu'on peut dire de cet arsenal dialectique, et surtout des lieux intrinsèques, qui sont des ressources oratoires, c'est que les orateurs qui seraient obligés d'y chercher des armes se trouveraient bien au dépourvu. Les recherches de ce genre n'ont guère qu'une valeur de spéculation et de curiosité : les habiles les connaissent et n'ont pas besoin de les consulter.

De rargomentation. — ^ V argumentation , dans son acception la plus générale , est l'ensemble et remploi des procédés par lesquels on arrive à la

preuve. Son but est de rendre évident ou vraisemblable ce qui est douteux, k l'aide du certain.

L'argumentation repose sur trois principes : la déduction, Vinduction, Vautorité.

La déduction conduit d'un principe général à une conséquence particulière , en montrant que la conséquence était contenue dans le principe.

Vinduction opère sur le jugement par voie d'analogie.

Vautorité agit selon le degré de confiance que nous portions au témoignage.

Toute la puissance de l'argumentation repose sur ces trois faits : l"" lorsqu'on montre clairement qu'une proposition particulière est contenue dans une proposition générale dont la vérité est incontestée, Tesprit admet forcément la vérité de la proposition déduite; ^ le rapport habituel de certains faits nous amène à supposer que le même enchaînement a dû ou pu se reproduire \ 2° lorsqu'un'e chose est attestée par un témoignage oral dont la sincérité n'est pas suspecte, ou par des titres légitimes, nous croyoos à l'existence du fait. La déduction engendre la certitude , l'induction produit la vraisemblance , elle témoignage la croyance. De ces trois motifs, la déduction se suffit k elle-même , elle emporte le jugement ; Tinduction et Tautorilé, avec le secours de la passion , déterminent la décision : la conclusion par voie de déduction rigoureuse est toujours irrésistible; l'induction peut amener la vraisemblance , et le témoignage la croyance , a un degré tel qu'il entraine le consentement de la volonté.

Ces principes font le fond même de Targumentation , qui ne varie pas, quelle que soit la forme extérieure des arguments. L'argumentation philosophique procède avec une régularité constante-, elle rassemble tous les éléments de conviction et les dispose , sans ornement ,• dans leur ordre natureh

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