‹ Cours de littérature, conforme au plan d'études des LycéesChapitre 27 sur 109 · I. JJttératurt. a S · texte numérisé non relu

I. JJttératurt. a S

98 I\BBTOftiQUB.

Dans ta déduction, par exemple, elle pose d'iJiord le principe général , et elle apporte ensuite l'idée intermédiaire qui sert à faire voir le rapport de la conséquence au principe. V argumentation oratoérê est plus libre dans ses allures * ^ elle transpose les termes du raisonnement, elle supprime ceqitô Vmtelligence de l'auditeur peut suppléer, surtout elle orne et elle amplifie. Le poijott de dépari des d^ix méthodes est le même , mais elles arrivent au but par des routes différentes : celle de la pUlosopkie est courte et directe -, celle de l'éloquence est pleûie de détours qui masquent le but et d'aspects variés qui charment le regard. Le philosophe est un guide sévère et froid, qui nous conduit a la seule lumière de la raison ; l'orateur doit être un tactitien consommé, qui déconcerte ses adversaires par la variété de ses manœuvres, qui s'arrête, se détourne, re\ient sur ses pas, et reprend sa courrse lorsqu'il s'est préparé tous les moyens de vaincre.

Des prioycipau îUigEmeBts. — Le raisonnement revêt plusieurs formes dans le langage , mais dans. Tesprit c'est toujours le même acte, savoir : un jugement ultérieur, qui a sa raison dans un jugenieQt déjà porté. Pour que l'acte soit légitime, il faut que le premier j<ugemetnt contienne on engend4?e k second.

L' argumentation est la forme sensible du rai-^ sonnement. Les arguments ^ composent (te {M^efoisitions enchainéea les unes 9^x autres par ceriwis rapports^ ces rapports varient selon la forme ée» r argument,

L'arguinent par e&ceUnujoe, M^ySog't^me, se coiOr

1. « (pliant aux foroaes dVgwapej9ha|o«LdAnt la pve^ye <ii$9loi<e( est susceptible , elle n'eiv refase au(;uné; inais elle Ie% 4^iisQ toutes, en le» eM^etc^ant, (fu\)R me pâs$e le ternie ^ d^ draperies, 4fii;é}p(0i^^ ifiJHMÏRniWtl'. . '. :

RHÉTOBIQUE. 99

pose. de trois propositions : la majeure, la mineure et la conséquence.

La majeure et la mineure prennent le nom générique de prémisses.

Il n'y a que deux choses a considérer dans le syllogisme : la comparaison qui se fait dans les prémisses, h Taide du moyen*, entre les deux termes de la conclusion, et le résultat de celte comparaison exprimé par la conclusion : de Fa deux règles qui renferment tout :

La première, c'est que le moyen terme doit conserver dans chaque prémisse une signification parfaitement identique;

l. Le syllogisme comprend aussi trois termes, qu'il ne faut pas confondre avec Tes trots propositions ; ce sont : le grand terme, le pedt terme et le moyen terme.

Voici le sens de ces mots : le grand terme est i'attrtliut de la conséquence, et le petit terme en est le sujet; le moyen terme ou idée moyenne «eit à montrer le rapport entre le sujet et^attribut de la conclusion on conséquence. Ainsi, dans cet argument :

« Toute cause est simple;

« Or, Tàme est cause :

« Donc, l'âme est simple; »

le grand terme est l^attribut 5im/)2e; le petit terme est àine, et Vidée moyenne ou le moyen est cause.

L'attribut est appelé grand terme parce qu^il a ordinairement p/us Â'étendneqne le sujet, et le sujet s'appelle petit terme par la raison contraire.

Quant aux prémisses, la première pren^ le nom de majeure, parce qu'elle contient le grand ferme, et la seconde prend celui de mineure, parce quMle contient le petit terme.

te moyea terme est r»pf)niebé>do geand terme dans la majeitre el du petit terme dans la mineure.

Il y a des syllogismes complexes, où le moyen est joint à la fois aox deux termes de* la conclusion, comme dans l'exemple sui- Tant, tiré de la Logique de Port-Royal :

« Si un État eat sujet aun divisiona, ié n'est pas de longue durée;

« Or, un Étet électif e«f sujel aux drrlsîons V

« Donc un État électif n*est pas de longue durée. »

Le moyen, sujet (ma Vivifions ^ est uni: dana la majeure aux deux termes de la conclusion. État électif et n*est pas de longue dSÊTée.

La seconde, c'e^t que la conclusion ne doit jamais être plus étendue que les prémisses.

Ce qui s'exprime encore plus simplement dans celle proposition : que la conclusion doit être contenue dans les prémisses, et que les prémisses doivent le faire voir.

On appelle sophisme, on paralogisme^ tout raisonnement qui manque k ces règles fondamentales. Le mot de sophisme ajoute k l'idée d'erreur celle de mauvaise foi.

Il y a plusieurs autres formes de raisonnements ou arguments : ce sont Yenthymème , le prosyUogismCf \esorite, Vépichérème, \e dilemme, Yexemple, Y induction et Y argument personnel.

Venthym^m^ (ev 5u(jlS, in mente) n'est qu'un syllogisme sans mineure ou sans majeure ; on l'emploie très-souvent, parce que l'esprit supplée naturellement la mineure quand la majeure est bien choisie, et réciproquement. Aristote l'appelle justement le syllogisme des orateurs. La forme logique n'est pas nécessaire pour qu'il subsiste , et il est facile de le reconnaître, par exemple , dans ce vers de Racine :

II n'est pas condamDé , puisqu'on veut le confondre ;

aussi bien que dans cette exclamation comique d'un personnage de Molière :

Quoi ! vous êtes dévot et vous vous emportez'!

Le prosyllogisme est composé de cinq proposi-

1 . Voltaire fait un raisonnement Ànalc^ue auquel il doQoe le même tour lorsqu^il dit à Frédéric le Grand :

Quoi ! Ton» ét« noiurqw , et ▼•us m'aimM «noore?

Corneille nous offre le naéipe argumeat sons la HièBie forme da is ce vers : '

Vom 6ks M eolère , etfoos dites 4M pointef t

{Ln Place Royale, comédie, acte II, se. t.)

tioDS formant deux syllogismes enchaînés de telle sorte, que la conclusion du premier sert de majeure au second :

« Ce qui est simple ne peut périr par décomposition -,

« Or, l'esprit est simple :

« Donc, l'esprit ne peut périr par décomposition;

« Or, l'âme humaine est esprit :

« Donc, l'âme humaine ne peut périr par décomposition.»

Le sorile est un raisonnement composé de plus de trois propositions, dans lequel l'attribut de la preonière proposition devient le sujet de la seconde, et ainsi de suite, jusqu'à ce que l'on atteigne la conséquence qu'on veut en tirer :

« Les avares sont pleins de désirs ;

' « Ceux qui sont pleins de désirs manquent de beaucoup de choses;

« Ceux qui manquent de beaucoup de dioses sont mi-» sérables :

« Donc les avares sont misérc^ies. »

Uépichèrème est un syllogisme dont chaque prémisse est immédiatement suivie de la preuve. Le plaidoyer de Cicéron pour Milon se réduit h l'épichérème suivant :

« Il est permis de tuer quiconque nous tend des embûches pour nous ôter la vie à nous-même : la loi naturelle, te droit des gens , les exemples, le prouvent :

o Or, Clodius a dressé des embûches à Milon : ses armes, ses soldats, ses manœuvres, le prouvent :

« Donc, il a été permis à Milon de tuer Clodius; donc Milon est innocent. >»

Le dilemme, qu'on appelait autrefois utrinqtœ feriens, est une forme d'argumentation très-pressante, par laquelle on offre à son adversaire deux partis entre lesquels il faut qu'il choisisse, et qui. l'un comme Tautre, assurent sa défaite. Ainsi, pour prouver que ceux qui ne remplissent pas les devoirs de leur charge sont coupables, on peut leur opposer ce dilemme :

102 RBSTORiQUE.

« Ou VOUS êtes capable de la charge a«e vous avee demandée , et alors vous êtes inexcusable ae ne vous y point employer ;

« Ou vous en êtes incapable, et alors vous êtes Inexcusable d'avoir accepté une charge que .vous saviez ne pas pouvoir remplir. »

Érasme nous offre un dilemme puissant en s'adressant à certains philosophes de son temps :

ft Si la philosophie vous a faits ce que vous êtes, c'est une peste; si elle n'a pu vous changer, c est une chimère*, »

Racine nous fournira aussi on modèle de cet argument par les paroles qu'il prête a Mathan demandant la mort de Joas ^ :

A d'illustres parents s'il doit son origine, La splendeur de son rang doit hâter sa ruine ; Dans le vulgaire obscur si le sort Ta placé , Qu'importe qu'au hasard un sang vil soit versé?

L'exemple, qui s'appuie sur l'analogie, ne conduit pas à une conclusion rigoureuse ; c'est plutôt un motif paissant qu'un argument régulier. On remploie souvent dans l'éloquence délibéralive, parce que les questions qu'on agite se décident suivant les probabilités. Mais le rapport des faits n'établit jamais une identité de situation ^ et, lors même que l'identité serait complète, la fortune peut donner aux événements un autre cours. Ainsi, lorsqu'on délibère sur la guerre ou sur la paix, en montrant que les circonstances actuelles sont semblables à celles dans lesquelles une expédition a été heureuse ou funeste , on rend vraisemblable , mais non pas certain, le succès ou le revers, qui sont le secret de l'avenir.

VinducHon est un argument par lequel on tire

1 . ft Pestilens qiuBdaiu res sit opoitet philosophia, si taies reddit : inefîicax acdiluta, si taies non mutât. » ërasm. L. u. Epiilad BwUlum.

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