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Ligarius par d'éloqaentes récriminations centre Ta-
béron , son accusateur, ne prouve pas l'innocence de son client; mais, en excitant la haine Contre son adversaire, il désarme son juge. Le raisonne-' ment, vicieux selon la logique, triomphe par la passion. Aussi cette manière de raisonner est-elle rarme favorite dans la polémique des partis, qui tournent volontiers les vices et les torts de leurs adversaires contre leurs doctrines et leurs prétentions.^
Des mœurs oratoires.
On a dit plaisamment : <( La parole a été donnée a l'homme pour déguiser sa pensée. » Ne serait-on pas tenté de le croire, en considérant l'usage que les sophistes de tous les temps en ont fait? Mais la parole ainsi employée perd tout son crédit-, et, pour qu'elle agisse sur les esprits, il faut, avant tout, que celui qui écoute soit persuadé de la sincérité et de la probité de celui qui parle. Cette conviction est la première ouverture de Tâme ^ si elle manque, les mots ne sont qu'un vain bruit qvi expire dans l'oreille sans pénétrer au delà.
Une autre condition pour se faire écouter favorablement, c'est d'avoir établi d'avance sa compétence sur le sujet qu'on traite. L'opinion de la probité de l'organe ne suffit pas, il faut que la confiance en ses lumières apporte une garantie nouvelle *, car ce n'est pas assez de passer pour aimer la vérité , il faut qu'on soit jugé capable de la trouver.
Non-seulement l'homme regimbe contre Terreur et la mauvaise foi, mais il n'accepte la vérité qu'k certaines conditions *, il ne veut pas qu'on lui fasse violence, qu'on lui impose avec orgueil des opinions même fondées en raison. L'orateur proposera donc modestement ce qu'il veut établir.
Ce n'est pas tout : pour écouter favorablement,
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J'auditeur a be8<»n de croire que l'homme qui lui parle est animé d'un zèle sincère pour les intérêts qu'il défend; il veut voir un ami dans l'orateur qui demande son assentin^nt. S'il le soupçonne de inalveillance , d'indififérence on d'égoîsme, il se tieat sur ses gardes.
Ces conditions embrassent ce que les rhéteurs appellent nueurs ùratoires. Si l'orateur est probe , capable, modeste et bienveillant-, si la voix publique lui accorde ces qualités , il se trouvera dans les conditions les plus heureuses pour être écouté \ il n'aura pas cause gagnée, mais audience favorable ; sa personne viendra en aide à sa cause, et, comme dit La Harpe, sa voix, lorsqu'elle s'élèvera dans le temple de la justice, sera comme un premier jugement. Ce (pste dit La Harpe de l'orateur judiciaire s'applique paiement aux orateurs religieux et politiques. Les causes qui s'agitent au barreau , les projets qui se discutent à la tribune , les principes et les dogmes qui sont développés dans la chaire , gagnent h être défefidus, exposés , professés par des hommes qui ont su se concilier l'estime, la sympathie et la vé* nération.
Lorsque l'orateur possède ce^ qualités, elles se peignent dans ses discours, elles confirment dans l'esprit des auditeurs les dispositions bienveillantes qu'ils avaient apportées^ et concourent puissamment au triomphe de la raison et de la vérité.
Des passions oratoires.
Toute l'éloquence, dit Cicéron, consiste à émouvoir. L'émotion est la conséquence des passions: les passions sont donc l'àme de l'éloquence. Le principe de toutes les passions est dans l'amour et dans la haine; c'est h ces deux chefs qu'il faut rapporter tous ces mouvements qui, tels que l'admiratîoQ 9 la colère , l'indigûatipn ., Tespérance et la
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oraiote ^ remoént F&me et déteroiiiient nos ja^e*- BBients ei dos actions.
L'oraieur excite ies paaûofns oa directement on indifectement : direetemasÉ, lorsqu'il les exprime'^ indirectement , lorsque, satts paraiitre ému , il est" pose des faits dont le tableau suffit pour mmB émouvoir.
Cette distinction entre le palkétiqaedirecC et te pathétique indirect appartient k J^montél j qui cite plusieurs exemples de la dernière espèce : « Voyez, dans la péroraison de Cicéron poar Mihm, soB ami ; yoyez , dans la harangue d'Antoine au peuple romain sur la mort de César, TartificB vio«torieux de ce genre de pathétique : Cicéron ne fak que répéter le langage magnanime et tovchant que lui a t^u Milon ; et Milon , courageux , trauquitte, :e8t plus intéressant dans sa noble contenance qoe ne Test Cicéron en suppliant pour lui. Antoine oe iait que lire le testament de César^ et cet e%pmé •simple de ses dernières volontés en faveur du peupte romain remplit ce peuple d'indignation et de foreur contre les meurtf iars \)) Cette observation restreÎBt beaucoup le précepte général exprimé par Horace:
Si vis me fiere, dolendfim est
PrÛDUoa ipsi tibi^.
t. Dans le même chapitre, Marmontel éclaircit sa pensée par de nouveaux exemples : « Lorsqu'Iph>?:énie veut consoler son père qui l'envoie à la mort, elle nous arraclie des larmes ; lorsque les enfants de Médée caressent leur mère , qui médite de les égorger, on frémit. Voyez un berger et une bergère jouer sur l'herbe et près de fouler un serpent qu'ils n'aperçoivent pas; voyez une iimiiVte tranquillement endormie dans une* maseon que la flamme enveloppe ; voilà l'image du pathétique indirect. »