‹ Cours de littérature, conforme au plan d'études des LycéesChapitre 30 sur 109 · Pour me tirer des pleurs, il faut que tous pleuriez · texte numérisé non relu

Pour me tirer des pleurs, il faut que tous pleuriez

BOILKATT.

Le passage d'Horace que nous dtons n'a pas exactement ce netts. -Il signifie seulement: « Si vous votilesE que je plonre» soyei d'abord vous-même pénétré de douleur.» Ce qui est plus vrai. En effet, les pleurs ne sont pas nécessaires, et seraient souventlmpuis- 'sants ^ arracher des larmes. Ce qn'il faut, c'est la douleur vraie.

RBCTOBiQQB. 167 T

Qaoi qu'il en soit , le pathétique direet donrine daois Téloquenee , et i'enploi eu est aouniis k des rè^es qu'il faut indiquer sonmairesiefit.

Dans le pathétique direct^ la première, conditîefi pav exciter les passions qu'on exprime, c'est de les éprouver. L'émotion réelle a uû ftccent de vérité auquel on ne se méprend pas. La feinte , au contraire , se découvre bientôt , et l'orateur qui joue l'indignation, qui simule la chaleur, n'est plus qu'un déciamateur et un oomédien ^car oa voit qu il exa^ gère et qu'il ment.

La sincérité dans la passion qe suffit pas; il faut qu'elle se produise en temps convenjable et dans une juste mesure.

Si l'orateur n'a pas suffisamment préparé l'esprit de son auditoire , s'il laisse éclater la passion qui i'anime quand ceux qui Técoutent sont encore de sens rassis , non-seulement ces mouvements prématurés manqueront leur effet, mais ils produiront un effet contraire ^ cette chaleur soudaine paraîtra ridicule à l'auditeur de sang-froid. Qu'on se figure un homme ivre présidant une société de tempe-* rance , ou , comme dit Cicéron , vinoletUus inter sobrto5. On ne souffle pas sur le bois avant d'y avoir mis l'étincelle qui doit l'enflammer.

Le degré de la passion se mesure à Timportance du sujet qu'on traite et au caractère de l'assemblée devant laquelle on parle.

Les grands mouvements ne conviennent pas anx petites affaires : ce serait, dit Quintilieu , chausser le cothurne h un enfant, et lui mettre en main la massue d'Hercule.

Le ton du pathétique, le diapason de l'éloquence, si Ton peut parler ainsi, ne sera pas le même devant une réunion de personnages graves ou devant les masses populaires. Les orateurs anglais changent de ton lorsqu'ils oui à parler ou à la tribune parle-

raentaire on sur la place puMique. Les missioniKiires ont des mouvements plus ou moins passionnés s'ils haranguent en plein air ou s'ils prêchent dans les temples. Le sentiment des convenances indique , en pareil cas, la limite qu'il faut atteindre et qu'on ne franchit pas impunément.

Ainsi, dans l'emploi des passions, il faut consi^ dérer, indépendamment de la passion elle-même , qui doit être sincère, les circonstances de temps, de lieu et de personnes, qui en modifieront l'expression.

vn.

Disposition.

La Disposition commence où finît Finvention : « La dernière chose qu'on trouve eii faisant un ouvrage , dit Pascal , est de savoir celle qu'il faut mettre la première. »

Disposer un sujet , c'est déterminer l'ordre des parties dont il se compose -, cet ordre n'est pas arbitraire, et il doit être tel, que chacune des parties occupe la place la plus favorable à l'effet général de Tensemble : dans lé genre oratoire , les besoins de la cause qu'on défend doivent servir de règle. Démosthène montre clairement l'importance de la disposition , lorsqu'il refuse de suivre dans sa défense ' la marche que son adversaire a tracée.

L'art de la disposition consiste k mettre de l'ensemble dans le tout et de la proportion dans les parties*.

Buffon, dans son Discours sur le style, montre, à plusieurs reprises, la nécessité de travailler sur un plan bien arrêté dans l'esprit : « Sans cela , dit-il ,

1 Discours stir la coteronne,

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