M. Andriëdx, Courspiofesséà V^eole polytechnique
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le meHIeor écrivain s'égare ; sa plame marche sans guide , et jette à Taveoture des traits irréguliers et des figures discordantes. » Plus loin , il ajoute : « C'est faute de plan , c'est pour n'avoir pas assez réfléchi sur son objet , qu'un homme d'esprit se trouve embarrassé, et ne sait par où commencer k écrire. Il aperçoit à la fois un grand nombre d'idées; et, comme il ne les a ni comparées ni subordonnées , rien ne le détermine à préférer les unes aux autres : il demeure donc dans la perplexité. Mais lorsqu'il se sera fait un plan, lorsqu'une fois il aura rassemblé et mis en ordre toutes les pensées essentielles k son sujet, il s'apercevra aisément de l'in* stant auquel il doit prendre la plume ; il sentira le point de maturité de la production de l'esprit; il sera pressé de la faire éclore^ il n'aura même que du plaisir k écrire : les idées se succéderont aisément, et le style sera naturel et facile ; la chaleur naîtra de ce plaisir, se répandra partout, et donnera la vie k chaque expression : tout s'animera de plus en plus ; le ton s'élèvera, les objets prendront de la couleur, et le sentiment , se joignant k la lumière, l'augmeniera , la portera plus loin, la fera passer de ce qu'on a dit k ce que l'on va dire , et le style deviendra intéressant et lumineux. »
Ce passage, qu'on ne saurait trop méditer, indique clairement l'influence de l'invention et de la disposition sur l'élocution. L'importance de ces deux premières phases de tout travail littéraire a aussi inspiré ce mot si connu de Ménandre : « Ma pièce est achevée , je n'ai plus que les vers k faire. )>
Si la disposition des parties est indispensable avant d'écrire, la nécessité s'en fait sentir plus impérieusement encore pour un discours qui doit être improvisé. Ici le ressort de la parole est dans Fen* chainement des idées qui en assurent la continuité et la progression : si le lien qui les unit n'est pas
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aalorel) l'impulsion , aa lieu de s'accélérer par le moBveaient , se ralentira k lous les points de joïks tioD forcée , et si qQelqa'un ées anneaux de cette chaîne artiâeieièe vient k se détacher , Torat^ur est exposé k ne pMnroîr renouer le fil interroiEnpu de ses idées ^ si , au contraire , il a formé dans son esprit UB ensemble vivant, on tout fortement lié, l'ordre visible de ses pensées lui donnera de la sécurité, fa sécurité doublera ses forces, et toute la puissance de son génie passera dans ses paroles. Un discours public est comme une bataille, dont il Fautk l'avance tracer le pian si on la veut gagner. Les grands orateurs savent , comme les généraux , qu'il faut laisser peu de chose au hasard , et que la fortune se range du côté de la force unie k la prudence.
Des diverses parties du discours.
Dans le genre oratoire , on sait qu'il faut entrer eu matière de manière à fixer l'attention et a captiver la bienveillance de l'assemblée ; qu'après oe prélude, qui doit conduire au sujet , il faut exposer le sujet lui-même , qu'on divise si ta division mtporte a la clarté; qu'ensuite il faut mettre en é\âdence ses moyens d'attaque et de défense , et les appuyer par des preuves ^ prévoir ou repousser les arguments de son adversaire, et conclure de telle sorte que l'esprit de l'auditeur , éclairé et réchaufté, demeure sous l'impression de tous les moyens qofi ont été employés pour le convaincre et pour l'émouvoir.
Ces différentes parties prennent le nom A'eseorde, de praposùkm, de division, de narration ^ de confirmation, de réfutation et de péroraison * , Noiis allons les passer en revue dans l'ordre où on les range habituellement.
1 . Cette division est si naturelle, cpi'oti la l'etronve dans les dîsc«pr^ les plus sifDtples ef left atains dlenduâ. Vok ce qu^dci^Tait
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Oe.rexorde.
Le but de l'exorde est de préparer Tatidîteur à écouter avec attention et bienveillance la suite du fiscoors. C'est le lieu des précautions oratoires-, car rien ne serait plus difficile que de détruire les fâcheuses impressions d'un début.
Le caractère de l'exorde dépend de la situation des esprits dans l'auditoire, de la nature du sujet et du caractère même de l'orateur.
L'exorde peut être tiré de la situation particulière de l'orateur ou de la composition de l'assemblée ; mais, le plus souvent, il doit se rapporter au sujet lui-même et y conduire naturellement.
1\ sera conçu et ordonné de manière à présenter soos un jour favorable la personne de l'orateur et le sujet qu'il traite ^ il devra faire sentir la probité et la modestie ^ de celui qui prend la parole , et l'importance de la cause, pour captiver la bienveillance et l'attention de ceux dont le suffrage fera le succès du discours.
h, ce sujet un ancien professeur de PUniversité) dent la mémoire m'est chère à plus d'un titre : nuUi flehiUor qiiam mihi : t Un enfant a-t-ii quelque chose à demander à ses parents ou à ses màttre&f il les abordera d'un air gracieux et soumis, il leur adres^ sera <iuelqu6 parole agréable et flatteuse, il s'informera de leur santé. Après ceft exorde, il hasardera %di proposition ; il demandera un congé, une promenade, une exemption de devoir: pour peu ■<{u'oD hésite, il fera valoir sa bonne conduite, san travail , ses succès ; il promettra (le redoubler de diligence : telle sera ^a confira mation. Si on lut fait quelques objections, il ne manquera pas de ies réfuter; enfin, si Pon paratt encore îtidécis, il rassemblera ses raisons datis une p^roraiion, il leur dénnera plus de-force i>ar ses caresses ou par ses larmes; il suivra la même macche que l'orateur, parce que cette marche est celle de la nature. » J. B. GerutEz, Traité sur la langue ffançaise,
1. u L'instinct de la natoire, dit Voltaire, enseigne à pvendre d'abord un air, un ton modeste avec ceux dont on a besoin. L'envie naturelle de captiver ses juges et ses maîtres, le recueillement de l'âme profondément frappée qui se prépare à déployer les sentiments qm la pressent, sont les premliers uiftres de l'art. »
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La forme de ce début devra aussi donner une idée avantageuse du talent de Torateur. Lès anciens y apportaient tant de soin, qu'ils écrivaient et savaient de mémoire l'exorde , tandis qu'ils improvisaient le reste du discours \ on pense même qu'ils faisaient provision de morceaux de ce genre , pour choisir, sous l'impression de rassemblée , celui qui leur paraîtrait le plus convenable. Les œuvres de Démosthène, qui contiennent un certain nombre d'exordes détachés , légitiment cette conjecture.
Le ton de Texorde est habituellement simple et tempéré , pour être en rapport avec la disposition des esprits, qu'aucune circonstance extérieure n'a encore émus. Mais il peut être solennel et magnifique , si le lieu de l'assemblée et le choix du spjet comportent la solennité et la magnificence des par rôles ] il pourra même être véhément , si des passions ardentes agitent déjà l'auditoire.
Lorsque Bossuet monte en chaire, dans un temple dont la funèbre décoration est déjk un signe de deuil , et devant une illustre assemblée que la mort d'une reine infortunée a pénétrée d'avance de (a pensée du néant de l'humanité et de la toute-puissarice de Dieu , il peut sans crainte débuter par ces magnifiques paroles : k Celui qui règne dans les cieux et de qui relèvent tous les empires, k qui seul appartient la gloire , la majesté et l'indépendance , est aussi le seul qui se glorifie de faire la loi aux rois, et de leur donner, quand il lui plait, de grandes et de terribles leçons , etc. »
Lorsque Catilina vient braver les ressentiments du sénat et s'asseoir au milieu de cette assemblée dont il a conjuré la ruine, Gicéron , témoin de l'effroi et de l'horreur qu'inspire l'audacieux conspirateur, peut donner cours k son indignation et s'écrier : u Jusques k quand enfin , Catilina , abuseras- tade notre patience ? combien de t^ps encore
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serons-nous le jouet de ta fureur? etc. » Car cette véhémente apostrophe grondait déjà dans toutes les consciences avant de s'échapper de la bouche de Forateur. Ce genre d'exorde s'appelle exorde ex abrupto * .
Ainsi 5 la convenance est la loi suprême de l'exorde, qui peut être tempéré, solennel ou véhément, mais qui doit toujours répondre à la disposition actuelle des esprits, à la nature du sujet, au caractère de Torateur. Le succès du début n'a pas seulement pour effet de préparer la faveur de l'auditoire , il met l'orateur en possession de toute sa force par l'assurance qu'il lui donne : Dimidium facti qui cœpit habet ^.
De la propositioB.
La proposition est le sommaire clair et précis du sujet : dans le plaidoyer, elle expose le point liti-
Sieux; dans le sermon, elle énonce la vérité qui oit être développée, et dans le discours politique, la question qui sera débattue. Elle est simple ou complexe comme le sujet lui-même.
« Toutes les fois que la proposition est composée, on qu'étant simple , elle doit être prouvée, d'abord par tel moyen , ensuite par tel autre, il y a division ^ . )> La division est le partage du discours en divers points qui seront traités successivement.
On a tout dit sur la proposition en la définissant; il n'en est pas de même de la division , dont il faut indiquer les règles.
1. Ce genre d'exorde est fréquent dans les tragédies où la pas* sîon éclate en transports violents. Ainsi Camille (Boraçe) s^écriera tout d'abord :
Rome l'nniqae objet de mon ressenttment , etc. ;
et Clytemnestre , dans Tphigénie:
YoQB ne démentez point nne race faveste , etc.