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De la division.
Une bonne division doit être entière , c'est-à-dire embrasser tout le sujet; distincte, c'est-a-dire que ses différents membres ne puissent rentrer les uns dans les autres -, progressive, de telle sorte que le premier point soit comme un degré qui conduise au second, et le second au troisième ? naturelle, car , puisqu'elle est destinée à répandre la clarté , si elle était forcée et artificielle , elle irait contre son but.
Chacun des points de la division peut se subdiviser d'après les règles précédentes; mais ici l'écueil est bien près de l'usage, carTextrême division engendre la confusian : Confusum est quidquid in pulverem sectum est * .
Le plus renommé des orateurs chrétiens pour la clarté et la solidité ingénieuse des divisions, c'est Bourdaloue : on pourrait citer en ce genre le début de la plupart de ses discours. Toutefois, c'est à Bossuet que j'emprunterai un exemple, dans lequel nous trouverons une proposition nett« et précise, suivie d'une division entière, distincte, progressive et naturelle : je la tire de son Sermon sur la justice ;
Proposition, « Si la justice est la reine des vertus morales, elle ne doit point paraître seule : aussi la verrez-vous, dans son trône, servie et environnée des trois excellentes vertus que nous pouvons appeler ses principales ministres, la constance, la prudence et la bonté. »
Division. « La justice doit être attachée aux règles, autrement elle est inégale dans sa conduite; elle doit connaître le vrai et le faux dans les faits qu'on lui expose, autrement elle est aveugle dans
i . « Tout ce qui est réduit en poiMsièreest^onfUii. >
RHÉTORIQUE. llo
son application^ enfin, elle doit se relâcher quel^ quefois et donner quelque lieu à rindulgence, autrement elle est excessive et insupportable dans ses rigueurs. La constance l'affermit dans les règles, la prudence Téclaire dans les faits, la bon té lui fait supporter les misères et les faiblesses; ainsi la première la soutient, la seconde l'applique, la troisième la tempère : toutes trois la rendent parfaite et accomplie par leur concours. »
Dans le premier de ses DialogîAeê sur Véloquence, Féoelon parle d'an prédicateur qui , le jour des Cendres , avait pris pour texte de son sermon le verset : Cinerem tanquam panem manducabam * , et qui en avait tiré la division suivante : <( Cette ceindre , quoiqu'elle soit un signe de pénitence, est on principe de félicité 5 quoiqu'elle semble nous l^ufflilier, elle est une source de gloire-, quoiqu'elle représente la mort, elle est un remède qui donne l'immortalité. » L'obscurité et l'affectation de cette division à antithèses symétriques inspire au judicieux écrivain les réflexions suivantes : « Quand on divise , il faut diviser simplement, naturellement : il faut que ce soit une division qui éclaircisse , qui range les matières , qui se retienne aisément et qui aide à retenir tout le reste; enfin, une division
Îui fasse voir la grandeur du sujet et de ses parties, but au contraire, vous voyez ici un homme qui entreprend d'abord de vous éblouir, qui vous débite trois épigrammes ou trois énigmes, qui les tourne et retourne avec subtilité -, vous croyez voir des tours de passe-passe» )>
La multiplicité des divisions et des subdivisions ramène la confusion que la division est destinée a détruire, et elle fatigue l'esprit, qui demande k être soulagé. Ce vice n'est nulle part plus sensible que dans le discours prononcé par le docteur Jean Petit