‹ Cours de littérature, conforme au plan d'études des LycéesChapitre 34 sur 109 · QOINTÏLIEN · texte numérisé non relu

QOINTÏLIEN

rables au succès : le premier consiste h ranger les preuves dans une série progressive , de telle sorte que la conviction entamée par la première soit continuée par celles qui suivent et achevée par la dernière. Dans ce cas , il faut non^seulement frapper toujours juste , mais redoubler de force k mesure qu'on avance. L'autre tactique, qu'on appelle homérique, parce qu'elle est conforme k la disposition des troupes de Nestor dans l'Iliade , consiste a placer en tête quelques arguments puissants propres k commencer la victoire: au centre, des preuves médiocres, mais capables de maintenir l'avantage déjk obtenu, et a réserver pour le dernier coup les armes les plus redoutables de la dialectique. Il est clair que l'emploi des raisons médiocres n'est légitime que si, n'affaiblissant pas celles qui précèdent, elles prêtent de la force k celles qui suivront.

On a fort bien remarqué que la puissance des arguments dépend moins de leur force réelle que de la disposition des esprits : aussi l'orateur habile devra-t-il être toujours prêt k modifier son plan sur le terrain même, et selon l'effet qu'il aura produit : c'est seulement en présence de l'ennemi , c'est-kdire des résistances qu'il faut vaincre, que l'orateur connaîtra le véritable moyen de triompher. C'est pour cela qu'il doit être armé de toutes pièces, et que son attention, sans cesse éveillée, doit mesurer les avantages obtenus , calculer la portée des traits qu'il tient en réserve, et le point précis où leur emploi sera le plus profitable ; et s'il en est qui n'aient point produit leur effet faute d'k-propos , il les reprendra en temps utile et dans une charge nouvelle. Voilk bien des métaphores empruntées k l'art de ht guerre, mais elles sont k leur place ; car l'éloquence est une véritable stratégie, et le barreau , comme la tribune , est un champ de bataille.

Les preuves demandent a être traitées selon leur valeur : il faut insister sur celles dont la force est irrésistible , et glisser légèrement sur celles qui n'ont qu'une faible' importance. L'art consiste k leur donner un volume qui soit en raison directe de leur poids. Ce n'est pas tout : il est bon d'isoler les arguments qui peuvent faire par eux-mêmes une grande impression , et de grouper ceux qui paraîtraient trop faibles pris isolément. «Les uns, dit Quintilien, agissent comme la foudre-, les autres, comme la grêle. »

Il ne suffit pas de traiter les preuves selon leur importance , et de les classer dans l'ordre le plus convenable -, mais il faut passer naturellement de l'une i l'autre, à l'aide de transitions, véritables ailjcaiations du langage qui donnent de la souplesse et de l'élégance aux mouvements de l'argumentation .

De l'ami^liftoation.

L'argumentation trouve les preuves, la confirmation les dispose , YampHfication les développe : ces trois parties se rapportent, la première à leur valeur propre, la seconde k leur enchaînement, la troisième à leur étendue.

Amplifier, c'est donner aux preuves des proportions oonvenables. Il ne faut pas prendre ce mot d'amplification dans le sens défavorable que lui ont donné tes œuvres des rhéteurs novices et des déclamateurs; il ne faut pas même le prendre exclusivement comme signe d'un développement étendu ; ce qai caractérise T amplification , c'est la proportion, c'est le rapport exact entre la puissance et la forme de l'argument.

Celte expression d'amplification s'applique àTafgnmentation oratoire en 43ontraste avec l'argumen-

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