‹ Cours de littérature, conforme au plan d'études des LycéesChapitre 38 sur 109 · Nous aTODS 00 plaisant consul · texte numérisé non relu

Nous aTODS 00 plaisant consul

126 RHÉTORIQOB.

Une déduction légitime tirera toujours l'erreur de Terreur et la vérité de la vérité , tandis qu'une déduction irrégulière conduira indifTéremment de l'erreur à la vérité et de la vérité k l'erreur -, il suiBt pour cela que la conséquence ne soit pas contenue dans le principe : comme ils ne sont pas unis l'un k l'autre par un rapport d'identité, la vérité de l'un n'implique pas la vérité de l'autre, et réciproquement; il se peut même que l'un et l'autre soient vrais sans que le raisonnement cesse d'être un soj^isme.

Les mauvais raisonnements prennent le nom de sophismes ou deparalogismes, suivant qu'ils ont pour principe la mauvaise foi ou la faiblesse de l'esprit.

Un argument est un sophisme ou un paralogisme, toutes les fois que la conséquence n'est pas contenue dans les prémisses. On a ramené les sophismes k un certain nombre de chefs dont les dépendances sont très-nombreuses, grâce k la prodigieuse fécondité de l'esprit humain en matière d'erreurs.

Il y a trois sources principales de sophismes ; 1** ou on prouve ce qui n'est pas en question ; T ou on prouve la question par la question ; 3** ou on ne prouve pas ce qui est en question. Dans le premier cas, les arguments prouvenlfïautre chose que ce qu'il faut prouver-, dans le second, les arguments ne prouvent rien -, dans le troisième , ils prouvent mal.

Première classe. Dans cette première catégorie de sophismes, les arguments peuvent être irréprochables comme syllogismes, mais ils ne s'appliquent pas k la cause.

Ignorance du sujet. Sous le nom àHgnorance du sujet, et en langage de l'école, ignoratio elenchi, on comprend tous les raisonnements dans lesquels on impute h ses adversaires ce qu'ils n'adoptent pas ou ce qu'ils entendent dans un sens différent.

Ce sophisme est fort commun dans tous les genres de polémique. On prête généreusement à ceux que Ton attaque des sentiments hors de toute raison , et Ton se donne ainsi beau jeu pour les convaincre d'absurdité. Ces combats à outrance contre des chimères sont trop commodes pour que les hommes de dispute consentent a y renoncer; et bien qu'on les ait comparés aux luttes du héros de Cervantes, qui du moins y allait de bonne foi, il n'est pas probable qu'on s*interdise k l'avenir ces faciles triomphes. La logique peut bien en montrer le ridicule et la vanité , mais elle prétendrait en vain à les faire passer de mode. On commet le même sophisme lorsqu'on s'évertue k prouver ce qui n'est pas contesté, comme, par exemple, lorsqu'on démontre l'excellence de la religion et Futilité de l'ordre dans J'État, pour réfuter ceux qui attaquent les abus qui se seraient introduits dans la discipline religieuse ou dans l'administration de TËtat. Le plus sûr moyen de résoudre ce sophisme si commun est de préciser rigoureusement la question, et d'y ramener de gré ou de force son adversaire.

Deuxième classe. Le genre de sophisme qui consiste k alléguer pour preuve ce qui est contestable , ou pour éclaircissement de la chose ce qui n'est que la chose elle-même, forme une seconde classe qui comprend la pétition de principe et le cercle vicieux.

Pétition de principe. Dans ce sophisme, Targument manque de point de départ : il demande un

imncipe (petit principium)^ et il n'en a pas. Comme e prétendu principe a lui-même besoin d'être prouvé, il n'est pas reçu k servir de preuve. Si par exemple on disait : v Les hommes ont d'abord vécu dans Tétat sauvage, donc la société n'est pas naturelle à l'homme, » il y aurait pétition de principe, puisque la question est précisément de savoir si les

hommes ont d'abord vécu dans l'état sauvage. On commet le même sophisme en donnant pour preuve d'une proposition un principe qui ne sera pas vrai si la proposition contestée est fausse , comme , par exemple, si Ton voulait prouver l'ignorance de tel médecin en vertu de Fignorance de tous les médecins ; car il ne sera pas vrai que tous les médecins soient ignorants , si tel médecin ne l'est pas : ou bien encore , si l'on voulait prouver la vanité de la philosophie en prétendant que toutes les sciences sont vaines; car il est clair que, si la philosophie n'est pas une science vaine , il sera faux que toutes les sciences soient vaines. En un mot, il y a pétition de principe toutes les fois que la majeure d'un argument n'est ni évidente par elle-même ni démontrée.

Cercle vicieux. La pétition de principe prend le nom de cercle vicieux lorsque la proposition donnée comme preuve n'est autre chose que la conséquence elle-même : comme si l'on croyait prouver que la peine de mort est illégitime en disant que k société n'a pas le droit de faire mourir un de ses membres. Il y a encore cercle vicieux lorsque nous nous payons de mots pour expliquer des phénomènes dont la cause réelle est inconnue. Molière s'est moqué avec raison de cette illusion des faux savants, lorsqu'il fait répondre au récipiendaire de la grotesque cérémonie du Malade imaginaire* : Opium facU d&rmire quia est in eo virtus dormitiva, cujus est nattera sensus asscupire.

Troisième classe. La troisième classe comprend les sophismes dans lesquels la conséquence ne se rattache pas rigoureusement aux prémisses et présente plusieurs cas particuliers qui forment des es-

i . Le Malade imaginaire^ troisième intermède.

pèces dîstÎHctes. Nous potivons en ciCer quelquesuns.

Erreur sur la cause (non causa pro causa). Les sophîsmes de cette classe ne sont, au fond, aue des jugements d^analogie et d'induction. Ainsi, il arrive souvent que nous concluons, de la succession de deux faits, un rapport imaginaire de cause et d'effet. L'art des augures, des aruspices et des astrologues reposait tout entier sur cette base; car il n'y a aucun rapport réel entre le vol des oiseaux, Téiat des entrailles des victimes , la conjonction des planètes et l'avenir. Aussi La Fontaine dit-il excellemment en parlant de Dieu :

Aurait-il imprimé sur le frou.t des étoiles

Ce que la nuit des temps enferme dans ses voiles ^'

Virgile est aussi poétique, lAais moins judicieux, lorsqu'à propos de la mort de César il s'écrie :

Solem quis dicere falsum Audeat»?

car il n'y a rien de commun entre le soleil qui s'édipse et un héros qui meurt.

On se trompe de la même manière lorsqu'on attribue ses revers ou ses succès k la présence des comètes ou à l'influence malheureuse de certains jours , de certaines personnes ou de certains nom* ttt*es. C'est le principe de causalité qui est la source de toutes ces erreurs; nous croyons, et nous avons raison de croire, q«e tout fait se rattache à une cause ; mais nous nous trompons dans l'application de ce priACÎpe. Ce sophisme est plus commun et plu6 dangereux dans l'ordre moral. Il est la source de beaucoup d'imputations calomnieuses. C'est ainsi

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