LîT. II, fable
a. GéorgiqueSfW^, T, v. 463. Delille traduij ainsi ce passage :
Qai pourrait, 6 soleil! Vaccaier d'impostare?
qu'on dénature les intentions de ses ennemis et ^u'on prête k leurs déterminations des causes imaginaires. La Logique de Port-Royal donne de nombreux exemples de ces sophismes de la passion : « Un homme de lettres se trouve dé même sentiment qu'un hérétique sur une matière de critique indépendante des controverses de la religion : un adversaire malicieux en conclura qu'il a de l'inclination pour les hérétiques; mais il le conclura témérairement et malicieusement, parce que c'est peut-être la raison et la vérité qui l'engagent dans ce sentiment. Un écrivain parlera avec quelque force contre une opinion qu'il croit dangereuse : on Taccusera sur cela de haine et d'animosité contre les auteurs qui l'ont avancée ; mais ce sera injustement et témérairement, cette force pouvant naître de zèle pour la vérité aussi bien que de haine contre les personnes ' . )>
Dénombrement imparfait. Le dénombrement est un écueil contre lequel les esprits, même les meilleurs, viennent souvent échouer. On analyse an sujet d'une manière incomplète, et l'on croit en posséder tous les éléments, tandis qu'il en manque quelques-uns. Cette sorte d'analyse, que les bornes de notre esprit rendent si fréquente , en faussant le point de départ de la déduction conduit nécessairement k une conclusion erronée. C'est le défaut d*un grand nombre de dilemmes dans lesquels on réduit la question k deux hypothèses, tandis que l'on en pourrait faire un plus grand nombre. On suppose qu'il n'y a que deux issues, dont on ferme fièrement le passage k son adversaire, et l'on triomphe faussement *pendant que celui-ci s'échappe librement par une troisième et se retourne sans peine contre son
1. Logique, troisième partie, ch. xix. On ne saurait trop méditer cet admirable chapitre, qui est un chef-d^œuvre de bon sens et de saine morale.
prétendu vainqueur. C'est ainsi que Von dirait : « Vous êtes chrétien ou vous êtes païen : si vous êtes chrétien , croyez aux mystères de la foi ^ si vous êtes païen, croyez à Jupiter; » mais comme on peut être, en dehors de ces deux hypothèses, mahométan, déiste, sceptique, etc., il est clair que l'argument n'est pas concluant.
Conclure du particulier au général ou du général à Vuniversel (faUacia accidentis). Ce sophisme consiste à tirer d'un fait particulier une conclusion générale. « Un tel a été de mauvaise foi hier : donc , il le sera demain, et tous les jours, et dans toutes les circonstances h l'avenir. Les nuages se résolvent quelquefois en pluie : donc, il pleuvra toutes les (ois que le ciel sera chargé de nuages. Tel peuple s'est soulevé \k telle époque : donc il se soulèvera encore. Il y a des savants qui commettent de lourdes bévues en histoire , en géographie : donc , tous ceux qui s'occupent d'histoire et de géographie sont capables de prendre les rêveries d'un romancier pour des événements réels, et des descriptions mensongères pour un tableau fidèle des lieux et du climat. » Ces exemples, qu'on pourrait multiplier h J'infini, sont des violations du principe logique qui défend de conclure du particulier au général. Nous trouvons dans une fable de Phèdre, traduite par La Fontaine', et dont la morale serait une source féconde d'iniquités, le type de ces conclusions téméraires; c'est l'arrêt du Singe terminant la contestation du Loup et du Renard :
Je vous connais de longtemps, mes amis.
Et tous deux vous paîrez l'amende :
Car toi , loup , tu te plains , quoiqu'on ne t'ait rien pris , Et toi, renard, as pris ce que Ton te demande.
J. Liv. ir, fable 3.
132 RBÉTOBIQUE.
Le plaidoyer de Yalère contre Horace * renferme OD sophisme de ce genre dans ces vers :
Arrêtez sa fureur, et saui^e de ses mains, Si vous voulez régner, le reste des Romains; Il y va de la perte ou du salut du reste.
En effet, parce qu'Horace a tué Camille, il ne s ensuit pas qu'il se prépare k faire un carnage général des Romains. Aussi le vieil Horace répond-il fort pertinemment pour réfuter ce sophisme :
On craint qu'après sa sœur il n'en maltraite d'autres ! Sire, nous n'avons part qu'à la honte des nôtres. Et de quelque façon qu'un autre puisse agir.
Qui ne nous touche point ne nous fait point rougir.
Ambiguïté des mots. Les mots, pris dans de fausses acceptions et en plusieurs sens dans le même argument, sont le principe d'un grand nombre de sophismes. Ainsi, passer du sens divisé au sens composé ou du sens composé au sens divisé, du sens relatif au sens absolu, c'est introduire deux termes au lieu d'un seul , et par conséquent fausser le rai-^ sonnement. Il n'est pas rare que, dans le disconrR, on emploie certains mots, en faisant mentalement abstraction d'une partie plus ou moins considérante de leur compréhension*, par exemple, lorsqu'on dit : (( Les aveugles voient, les boiteux mardient droit *, » on ne veut pas dire que les aveugles soient encore aveugles, les boiteux, boiteux; si les uns se servent de leurs yeux, les autres de leurs jambes^ il est clair que les mots que l'on emploie ne signifient plus la chose qu'ils désignent : si donc <m se croyait en droit de conclure qu'on peut être aveogte et voir, boiter et marcher droit , on serait en plein sophisme, on commettrait une fausse composition. Ce serait tomber dans le sophisme contraire que de dire d'une manière absolue : « Les aveugles ne verront pas, les boiteux ne marcheront pas droit; » car