Corneille , Horace , acte V, se
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il est possible que , par la volonté de Dieu ou la puissance de l'art , les aveugles recouvrent la vue , que les boiteux repreenent l'usage de leurs jambes.
Voici maintenant un exemple du passage du sens relatif au sens absolu, tiré de Port-Royal : a Les épicuriens prouvaient que ks dieux devaieat avoir la forme humaine, parce qu'il n'y en a point de plus belle que celle-là , et que tout ce qui est beau doit être en Dieu. C'était mal raisonner : car la forme humaine n'est point absolument une beauté , mais seulement au regard du corps; et ainsi, n'étant une perfection qu'à quelque égard, et non simplement, il ne s'ensuit pas qu'elle doit être en Dieu parce que toutes les perfections sont en Dieu ; n'y ayant que celles qui sont simplement perfections, c'est-à-dire gui n'enferment aucune imperfection, qui soient nécessairement en Dieu. »
Tous les sophismes qui précèdent ont cela de commun, que la conclusion ne sort pas légitimement des prémisses. Il arrive toujours, de deux choses l'une, ou qu^ le principe n'a pas l'étendue qu'on lui suppose, ou qu'il n'est rien autre chose que la eoBclusion généralisée : dans ce dernier cas , le principe ne peut éclairer la conclusion, puisque sa lumière n'est qu'un reflet. L'art de démêler les sopbismes ou de surprendre les vices du raisonnement consiste à voir si les propositions qui forment le raisonnement sont rigoureusement enchaînées, et si les mots qu'on y emploie sont toujours pris dans le même sens. .
Il est bon de s'habituer à reconnaître ces sources des sephismes -, car, lorsqu'on a rattaché les erreurs du raisonnement à un certain nombre de principes, il devient facile de saisir le point vulnérable d'un argument sous les artifices de la dialectique : ce point une fois dégagé , le masque tombe , et la logique peut faire triompher la vérité.
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De la péroraison.
La péroraison est l'achèvement et le couronnement du discours. Comme c'est d'elle surtout que dépend l'impression définitive , il faut , autant que possible, qu'elle résume toute la force de l'argumentation et qu'elle produise une émotion profonde : elle doit maîtriser tout ensemble la raison et le cœur.
Pour atteindre ce double but, la péroraison, dans le genre judiciaire, se compose habituellement de deux parties distinctes : la récapitulation et la péroraison proprement dite.
La récapitulation reproduit sommairement les preuves les plus importantes, qu'elle fortifie par un choix habile et par un tissu serré, qu'elle renouvelle, pour ainsi dire , par le tour imprévu qu'elle leur donne : u On a surtout besoin , dit Cicéron , pour ces résumés, de varier les formes et les tournures du style. Au lieu de faire vous-même l'énumératîon, de rappeler ce que vous avez dit et en quel lieu vous l'avez dit, vous pouvez en charger quelque antre personnage ou quelque objet inanimé que vous mettez en scène. » Si la récapitulation n'usait pas de ces artifices de forme et de langage , si elle ne trouvait pas dans les secrets de l'art oratoire les moyens de donner à ce qui a été dit une forme plus expressive, ce serait une redite et non un renfort ; elle nuirait au lieu d'être utile, elle recommencerait le discours au lieu de le compléter. La récapitulation convient aussi au genre délibératif pour résumer les motifs de décision, et dans le genre démonstratif pour reproduire avec plus de vivacité les raisons de blâmer ou de louer ^.
La péroraison proprement dite est destinée \k
1. Je citerai une récapitulation qui appartient au genre démonstratif ; elle est tirée d^un pamphlet dirigé contre les Guises, et surtout contre le cardinal, à la date de 1559, immédiatement
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produire une émotion vive et une impression favorable. « Réservez pour la péroraison, dit Quintilien, les plus vives émotions du sentiment; c'est alors ou jamais qu'il nous est permis d'ouvrir toutes les sources de 1 éloquence, de déployer toutes les voiles, n en est d'un ouvrage oratoire comme d'une
politique
« C'est à toy, cardinal , plus rouge de notre sang que d^autre teinture, c'est, dis-je, à tes paijures et desloyautez, à ton ambition et aTarice, à la furie de tes frères, exécuteurs de tes maudictes et sanglantes entreprinses , auxquels la France redemande la Tie de tant de gentilshommes et grands seigneurs que tu as enToyez à la boucherie en Italie , en Allemagne , en Corsègue , en Escosse, bref en toutes les parties du monde : et nommément c*est ktoy qu'elle redemande Pun de ses princes, feu monseigneur d*Enghuicn, cruellement occis à l'occasion de tes maudicts conseils. Cest à toy qu'elle redemande par mesme raison les frontières de Champagne, de Bourgogne, de Lyonnots, de Dauphino et de Provence, puisque tu Tas amenée en nécessité de s'en do- Testir, car elle dit, devant Dieu et les hommes, que c'est toy qui as, contre Dieu et raison, obligé la simplicité du feu roy son maistre à la peine d'un parjure : que c'est toy qui as consumé vi baigné en sang l'Italie, par la conjuration avec les nepveux des deux papes; c'est toy qui nous as fait voir, avec le grand opprobre de la France, ce que jamais on n'avoit vu, c'est à savoir le pape, le Turc et le François conjoincts à la poursuite d'une mesme querelle : c'est de toy que se plaignent tant de pauvres esclaves de tout sexe, ordre et qualité , surprins es rivages d'Espagne, de Provence et d'Italie par les ennemis de la chrestienté. Cest toy qui as divisé les forces de ce royaume pour te faire pape et ton frère roy de Sicile, dont puis après sont surv-enus tant de malheurs. C'est à toy qu'on demande compte de tant de millions d'or, en partie dérobés manifestement et partie employés à ton appétit. C'est à toy que tant de femmes veufves demandent leurs maris, tant de maris la chasteté de leurs femmes, tant de pères leurs enfants, tant d'orphelins leurs pères et mères , criant juste Tcngeance à Dieu contre toy et contre les tiens.
« C'est toy, cardinal , qui nous as donné ton frère pour second roy sous ombre de lieutenant-général, laquelle ignominie et se?- Tîtude il faut que tu saches que jamais la France n'oubliera. C'est à toy que le royaume demande son roy avec MM. ses frères et la reine mère que tu nous as ravie. C'est toy qui , pour donner autorité aux édicts que tu forges chaque jour à ton appétit, n'abuses pas seulement du nom du roy, mais aussi des princes du sang , comme s'ils avoyent esté présents à l'expédition des édicts et
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tragédie; e^esi surtout au dénoûment qu'il faut émouvoir le «pectaieur. >>
L'éloquence judiciaire, ebez les anciens, gardait pour la péroraison les plus grands effets du paitié'tique. Le barreau moderne est hkhûs véhément, et un avocat serait mal venu à déchirer la tunique d^ua guerrier pour montrer ses cicatrices ou a faire intervenir une famille éplorée. Les causes qui se plaident au palais ne comportent pas, en général, ces grands mouvements : cependant, Iors(jue le sujet s'y prête, la passion se déploie plus librement et s'anime davantage dans la péroraison.
Le théâtre nous offre quelquefois , dans certains discours qu'on peut rapporter au genre délibératif, des péroraisons vraiment pathéti(|ues , telles que celle du vieux Lusignan, lorsqu'il essaye de ramener Zaïre a la foi de ses pères*, ou celle de Burrhus, lorsqu'il détourne Néron du meurtre de Britannicus^ :
Non, ou vous me croirez, ou bien de ce malheur Ma mort m'épargnera la vue et la douleur :
On ne me verra point survivre à voire gloire. Si vous allez commettre une action si noire, Me voila prêt , seigneur ; avant que de partir Faites percer ce sein qui n'y peut consentir :
lettres patentes que tu bastis avec tes complices, estant assis aa lieu duquel tu as débouté ceux auxquels il appartient d*y e>tr^ avant nul autre. C^est à toy qu'elle demande la couronne dU':scosse perdue par ton outrecuidance démesurée. C'est de toy qtie se plaignent les cours et parlements, lesquels tu as déshonores et dégradez et eschaffaudez en toute sorte. Car c^est toy qui as amené en France cette coustume de faire mourir les hommes sa^ crètement sans forme ni figure de procès ; qui as changé et recliangé toute police et remply les parlements de plusieurs infasmes et de»honnêtes personnes attitrez à exécuter tes volontez; qui as dés;ippointé les fidèles serviteurs du roy pour appointer tes complices. Bref c^est toy, malheureux, duquel nos ancestres se plaignent aur jourd'huy en leurs sépulcres de ce qu'il n'y abonne loy ni ordonnance qui ne soit vilainement et effrontément fouUée aux pieds par toy et par ceux de ta faction. »