‹ Cours de littérature, conforme au plan d'études des LycéesChapitre 4 sur 109 · Que toute chose soit une et simple · texte numérisé non relu

Que toute chose soit une et simple

3. <( La beauté ne suffit pas aux poèmes dramatiques ; il y faut l'émotion pour entraîner au gré du poëte l'âme du spectateur. »

De l'analogie ' . — Non-seulement la variété doit être telle qu'elle ne détruise pas l'unité de composition, il faut encore qu'elle conserve l'unité de style et d'impression, c'est-à-dire qu'elle maintienne une certaine analogie au milieu de la diversité des tons, des couleurs et des caractères. Sans doute elle admet le contraste des personnages, le revirement des passions, la multiplicité des événements, le mélange des tons, les nuances des couleurs ; mais elle évite les contrastes heurtés, les chocs violents, les dissonances et les contradictions. Empruntons les leçons d'un poète pour exprimer ces judicieux préceptes. Varier une composition,

Ce n'est pas, élevant les poissons dans les airs, A Taile des vautours ouvrir le sein des mers ; Ce n'est pas sur le front d'une nymphe brillante Hérisser d*un lion la crinrère sanglante.

Délires insensés, fantômes monstrueux, Et d'un cerveau malsain rêves tumultueux, Ces transports dérésiés, vagabonde manie, Sont l'accès de la fièvre et non pas du génie '.

Andbe Chénibr. L'Invention,

Les règles générales , tirées de la nature de l'esprit humain, confirmées par la pratique des maîtres, sont la base de Tart poétique. Les préceptes particuliers qui se rapportent aux différents genres trouveront place dans le chapitre suivant.

1. M. ViKuier, dans ses ingénieuses leçons à l'école normale, a établi avec beaucoup de sagacité la loi de Tanalogie comme conséquence de l^unité et de la variété.

2. Dans ce passage, Chénier imite Horace avec originalité, à la manière de Boileau , dont Marmontel a dit dans son Épltre aux poètes:

BoU«an copie, on dirait qu'il Inrente.

Si Boilean copiait, on ne croirait pas qu'il invente; il faut dire qu'il imite en maître, et qu'il se place au niveau des modèles qui l'inspirent.

22 possus.

De la Yersiflcation.

On peut définir le vers une courte phrase musicale qui a son rhythme, sa cadence et sa mesure. La mesure dépend du nombre et de la durée des syllabes^ le rhythme et la cadence résultent de l'harmonie propre des mots , de leur position , du nombre et de la place des accents. La versification impose à la pensée des entraves salutaires sous lesquelles elle prend plus de vivacité et de relief : « Le vers , a dit un critique ingénieux , est un frein élégant qui gouverne et discipline Tesprit. m Montaigne a merveilleusement exprimé, dans son langage figuré et pittoresque, cette puissance de la versification : (( Tout ainsi que la voix , contrainte dans Tétroit canal d'une trompette , sort plus aiguë et plus forte , ainsi me semble-t-il que la sentence pressée au pied nombreux de la poésie s'élance bien plus brusquement et me fiert (frappe) d'une plus vive secousse*. »

Le vers est ou métrique ou syllabique, c'est-àdire qu'il est établi ou sur le nombre des temps ou sur celui des syllabes.

t. Cette phrase de Montaigne est le germe de la strophe si souTent citée dans laquelle La Paye exprime la même idée par une image analogue :

De U contrainte rif onrense

Où l'esprit semble resserré ,

Il reçoit cette force heareose

Qui réièfe ao plas haut degré :

Telle , dans les canaux prûsée ,

Arec plus de force élancée ,

L'onde a'élère dansi les airs ;

El la rèf le qui semble aoslère

M'est qn'ui art plw certain d» plaire ,

Inséparable des beaux Ters.

poBsn. 2S

Le temps est une certaine division de la durée , égale à ce que les Grecs et les Latins appellent une brève. La syllabe est une émission de la voix avec, ou sans articulation^ -, cette émission équivaut à un ou deux temps : dans ce dernier cas, la syllabe est longue.

Le principe du vers métrique, commun aux Grecs et aux Latins, est la combinaison des brèves et des longues; celui du vers syllabique, le nombre des syllabes.

Le vers métrique , comme le vers syllabique , se compose de pieds ^ ; le pied est formé de la réunion de deux syllabes au moins. Le pied du vers syllabique est toujours de deux syllabes'; le pied du vers métrique en admet un plus grand nombre.

Dans le vers métrique, composé de pieds équivalents, la mesure est toujours la même, et le nombre des syllabes varie ; le contraire arrive dans le vers syllabique, où le nombre des syllabes est invariable et la mesure inégale.

De la versiication ckei les Grecs et les Latins.

Du yers métrique. — Occupons-nous d'abord du vers métrique, qui nous donnera l'occasion d'établir les principes de versification que les Latins ont empruntés aux Grecs, leurs devanciers et leurs maîtres littéraires.

Le système de la versification grecque et de la

1. En dépit de Tétymologie, une simple voyelle suivie d*oii repos prend le nom de syllabe, /«o, É'Cho, Ba^t, sont des mots dissyllabiques.

2. Cette délinition ne s^appliqne pas littéralement au vers moiM»syUabique qu'on rencontre dans les poésies légères et qui n'est qoe la moitié d'un pied. Kous ayons aussi des vers d'un seul pied on monopodes.

». L>%ception qu^on tirerait des vers à rime féminine n^est qu'apparente, puisque Ve mnet ne compte pas à la fin des vers.

24 POBSIB.

versification latine repose, comme nous Tavons déjà dit, sur le mélange des 'brèves et des longues fait suivant certaines règles. Les règles de la quantité , étant données par les prosodies élémentaires, ne sont pas de notre ressort : quant aux autres règles , nous avons seulement l'intention d'indiquer les plus générales.

La versification grecque et la versification latine admettent des pieds de deux, de trois et de quatre syllabes. Ces pieds, ou se composent intégralement de brèves et de longues, ou se forment d'une combinaison de brèves et de longues -, et comme toutes ces combinaisons ont été épuisées, il en résulte qu'il y a quatre pieds dissyllabiques, huit trissyllabiques et seize tétrasyllabiques.

Chacun de ces pieds a reçu un nom différent.

Commençons par les pieds dissyllabiques. Le plus léger de tous les pieds , composé de deux brèves , s'appelle pyrrhiqtie : c'est aussi le nom d'une danse chez les Grecs. Viambe se compose d'une brève et d'une longue : syllaba longa brevi subjecta voccUur iambus, dit Horace. Le^rocA^e est le contre-pied de l'ïambe. Le spondée, spondœus stabilis, se forme de deux longues. La classe des pieds trissyllabiques comprend le dactyle , qui se compose d'une longue suivie de deux brèves, et qui tire son nom du doigt, ddcxTuXoç, dont les deux dernières phalanges sont plus courtes que la première. Vanapeste (uu.) est au dactyle comme l'ïambe est au trochée. Trois brèves prennent le nom de tribraque. Vamphibraque est une longue entre deux brèves*, le crétique, une brève ^tre deux longues. Le bacchius consiste en une brève suivie de deux longues, et la combinaison opposée, deux longues suivies d'une brève, s'appelle Vantibacchius, Trois longues prennent le nom redoutable de molosse. Les pieds de quatre syllabes se forment de l'union de deux pieds dissyllabiques.

Ainsi deux pyrrhiques consécutifs forment le procéleusmatique; quatre longues s'appellent dispondée. On a, de la même manière, le dnambe (u— u-) et le ditrochée (u— u). Le chorîambe est un trochée ou chorée suivi d'un iambe. Vantispaste est un ïambe suivi d'un trochée. Vionique majeur présente un spondée suivi d'un pyrrhique-, dans Vionique mineur, c'est le pyrrhique qui précède le trochée. Une longue et trois brèves, se combinant de quatre manières différentes, forment autant de pieds qu'on appelle péon; trois longues et une brève, soumises k la même opération, fournissent également quatre pieds télrasyllabiques qui reçoivent le nom (Vépitrite.

Le nombre et la nature des pieds varient de manière a former différentes espèces de vers.

Principales formes de vers en grec et en latin.

Les principales espèces de vers, chez les Grecs et les Romains, sont : le vers héroïque, le vers élégicuiue, Vïambique, Vasclépiade, Vaïcaique, \e saphique, etc.

Le vers héroïque ou hexamètre se compose de six pieds; il n'admet que le dactyle et le spondée, et, comme la valeur temporelle de ces deux pieds est exactement la même, la mesure des vers hexamètres héroïques est toujours identique. L'enlacement presque régulier des dactyles et des spondées produit une cadence harmonieuse : mais si on veut que le vers ait de la légèreté, on multiplie les dactyles-, les spondées lui donnent plus de poids et de sévérité. Ce vers est, en général , terminé par un dactyle suivi d'un spondée-, rarement, dans une intention de grave harmonie et de majesté , on le termine par deux spondées; mais alors le quatrième pied doit être un dactyle.

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