‹ Cours de littérature, conforme au plan d'études des LycéesChapitre 41 sur 109 · Voltaire, Zaïre^ acte II, se · texte numérisé non relu

Voltaire, Zaïre^ acte II, se

a. Bacike^ Britannicus, acte IV^ se. 3.

Appelez les cruels qui vous Tout iospirée :

Qu^îls vieuDent essayer leur main mal assurée.... Mais je vois que mes pleurs touchent mon empereur ; Je vois que sa vertu frémit de leur fureur.

Ne perdez point de temps, nommez-moi les perfides Qui vous osent donner ces conseils parricides : Appelez votre frère.

Les belles péroraisons abondent dans les discours que nous a légués Tantiquilé ; sans parler des orateurs dans tous les genres , les historiens nous eu présentent un grand nombre, remarquables par la vivacité du tour, l'émotion du sentiment et 1 énerg;ie de l'expression. Un seul trait suffit souvent pour remplir Tàme des plus généreuses passions, comme, par exemple, lorsque Galgacus conclut son discours par cette pensée, qui, en évoquant le passé et Vavenjr de la Bretagne, commande à ses défenseurs le sacrifice de leur vie : Proinde ituri in aciem, et majores vestros et posteras cogitate * .

L'éloquence religieuse, cette gloire des temps modernes, surpasse par la magnificence, le pathétique et l'onciion de ses péroraisons les plus beaux monuments de l'éloquence judiciaire et politique. Le choix serait difficile entre tant de chefs-d'œuvre. On sait par cœur les belles péroraisons des orai** sons funèbres de Bossuet. Celle du sermon prêché par saint Vincent de Paul en faveur des enfants trouvés offre de grandes beautés-, M. Le Clerc la regarde comme le chefnd' œuvre des péroraisons pathétiques. Nous citerons comme exemple d'onction la péroraison de la seconde homélie de saint Bernard en l'honneur de la Vierge: dans ce morceau remarquable, la récapitulation fait corps avec la péroraison, et, k ce titre, il peut servir de modèle :

« Le nom de la Vierge était Marie. Ajoutons quelques mots sur ce nom , qui signifie étoile de la

1. Tacite, Vie cTAgricola, ch. xxxii. h En marchant au com* bat, songez à tob ancêtres et à vos descendants. »

mer et convient parfaitement a la Vierge qui porta Dieu dans son sein. C'est avec raison qu'on la compare à un astre -, car, de même que l'éloilé envoie ses rayons sans être altérée, la Vierge enfante un jSls sans rien perdre de sa pureté. Le rayon ne diminue pas la clarté de l'étoile, de même que le ûls n'enlève rien à l'intégrité de la Vierge. Elle est donc cette noble étoile de Jacob dont le rayon illumine l'univers entier, dont la splendeur éclaire les hauts lieux et pénètre les abimes. Elle parcourt la terre , échauffe les âmes plus que les corps , vivijSant les vertus et consumant les vices. Elle est cette étoile brillante élevée au-dessus de la mer immense, étincelante de vertus, rayonnante d'exemples. Oh! qui que tu sois, qui comprends que dans le cours de cette vie tu flottes au milieu des orages et des tempêtes plutôt que tu ne marches sur la terre, ne détourne pas les yeux de cette lumière, si tu ne veux pas être englouti par les flots soulevés. Si le soufile des tentations s'élève , si tu cours vers les écueils des tribulations, lève les yeux vers cette étoile, invoque Marie. Si la colère, ou l'avarice, ou les séductions de la chair, font chavirer ta frè\e nacelle, lève les yeux vers Marie. Si le souvenir de crimes honteux , si les remords de ta conscience , si la crainte du jugement t'entraînent vers le gouffre de la tristesse, vers l'abîme du désespoir, songe à Marie : dans les périls, dans les angoisses, dans le doute, songe à Marie, invoque Marie ^ qu'elle soit toujours sur tes lèvres, toujours dans ton cœur : à ce prix, tu auras l'appui de ses prières, l'exemple de ses vertus. En la suivant, tu ne dévies pas; en l'implorant, tu espères; en y pensant, tu évites l'erreur. Si elle te tient la main, tu ne peux tomber: si elle te protège, tu n'as rien à craindre; si elle te guide, point de fatigue, et sa faveur te conduit au but, et tu éprouves en toi-même avec

quelle jostice il est écrit : Et le nom de la Vierge était Marie V »

L'éloquence académique, qui se rattache au genre démonstratif, pourrait nous fournir de nombreux exemples de l'art de terminer avec convenance et mesure des discours dans lesquels la passion vient plutôt de l'esprit que du cœur, et où Tintelligence s'anime par les inspirations du bon goût, qui a aussi sa religion, c'est-à-dire Famour désintéressé du beau et du vrai. Nous n'avons rien de mieux k faire que de transcrire ici les dernières pages de VÊloge de Montaigne, brillant début d'un écrivain * qui , par une heureuse innovation , devait porter l'éloquence dans la chaire du professeur , comme prélude aux succès de la tribune politique. Nous y trouverons, sous une forme ingénieuse et vive, ^ioo le précepte de Cicéron, une récapitulation qui résume le sujet, et une péroraison qui se rapporte à la situation personnelle de l'orateur :

« Montaigne, te croyais-tu destiné à tant de gloire, et n'en serais-tu pas étonné? Tu ne parlais que de toi, tu ne voulais peindre que toi; cependant tu fus notre historien. Tu retraças, non les formes incertaines et passagères de la société , mais l'homme tel qu'il est toujours et partout. Tes peintures ne sont pas vieillies après trois siècles, et ces copies si fidèles et si vives, toujours en présence de Toriginal qui n'a pas changé, conservant toute leur vérité, n'ont rien perdu de leur éclat, et paraissent même embellies par l'épreuve du temps. Ta naïve indulgence , ta franchise et ta bonhomie ont cessé depuis longtemps d'être en usage : elles ne cesseront jamais de plaire , et tout le raffinement d'un siècle civilise ne servira qu'à les rendre plus curieuses et plus piquantes. Tes remarques sur le cœur humain

1. Deuxième homélie, £f6 Laudibus Virginis Mariœ. La traduction est tirée de mes Essais d'histoire littéraire.

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