‹ Cours de littérature, conforme au plan d'études des LycéesChapitre 42 sur 109 · M. ViLLEHAm, Discours et Mélanges littéraires · texte numérisé non relu

M. ViLLEHAm, Discours et Mélanges littéraires

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Séoètrent trop avani pour deveuir jamais inotiles. [algré tant de nouvelles recherches et de nouveaux écrits , elles seront toujours aussi neuves que profondes. Pardonne-moi d'avoir essayé Tanalysa de ton génie , sans autre titre que d'aimer tes ouvrages. Ab ! la jeunesse n'est pas faite pour apprécier dignement les leçons de l'expérience, et n'a pas le droit de parler du cœur humain qu'elle ne connaît pas. J'ai senti cet obstacle : plus d'une fois j'ai voulu briser ma plume , me défiant de mes idées et craignant de ne pas assez entendre les choses que je prétendais louer. La supériorité de ta raison m'effrayait , ô Montaigne. Je désespérais de pouvoir atteindre si haut. Ta simplicité , ton aimable na* turel , m'ont rendu la confiance et le courage : j'ai pensé ,que toi-même, si tu pouvais supporter un panégyrique , tu ne te plaindrais pas d'y trouver plus de bonne foi que d'éloquence , plus de candeur que de talent . »

Règles de l'art oratoire qui s'appliquent à tonte composition. — Les règles de l'art oratoire ne sont pas particulières aux discours-, elles s'étendent presque toutes aux différents genres de composition littéraire, et on peut même dire qu'il n'y en a pas une seule dont la connaissance ne puisse être utile, quel que soit le sujet qu'on ait à traiter.

Et d'abord , nous l'avons déjk dit, en tout genre l'intelligence procède de la même manière , puisqu'il est nécessaire d'assembler d'abord les matériaux de son œuvre , de les disposer dans l'ordre qui convient le mieux, et de leur donner une forme ou une expression appropriée à leur nature ^ triple opération qui correspond exactement à la division générale de la rhétorique en Invention , Disposition, Élocution.

Outre l'étude approfondie du sujet et de se& ressources , condition première et vitale en toute

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composition, la théorie de Tart oratoire indique au titre de l'invention les Ueujô communs, les arguments et les mœurs qui trouvent aussi leur place ailleurs. Ainsi , la définition est un lieu commun qui n'est pas moins utile au savant, au moraliste, au philosophe , qu'à Torateur. On peut en dire autant àe rénumération des parties, qui est toujours utile pour donner une idée exacte et complète des objets : Buffon n'est pas un orateur , et la vérité de ses descriptions nait surtout du dénombrement des qualités qui caraclérisent les animaux qu'il décrit et les divers aspects de la nature qu'il reproduit. L'emploi des contraires est un arlince légitime i l'usage du poète dramatique, de l'écrivain satirique , de l'historien aussi bien que de l'avocat et do sermonnaire. Les arguments sont des armes nécessaires k tous ceux qui ont quelque chose a prouver, et il est bien rare qu'on écrive sans rien avoir à démontrer. Quant aux mœurs , il est également clair que leur utilité ne se borne pas aux orateurs : nous en avons pour garant Boileau , qui , dans son Art poétique, en a fait une loi obligatoire pour tous les écrivains.

Les règles de la disposition oratoire ne sont pas non plus particulières aux discours, car il n'y a point d'œuvre de l'esprit qui ne doive avoir un commencement, un milieu et une fin. Le début ne prend pas partout le nom d'exorde -, mais qu'il s'appelle exposition , introduction , invocation , il n'en existe pas moins, et il doit avoir le ton, l'étendue , la matière que demande le sujet qui est traité. Le milieu n'est pas toujours une confirmation-, mais qu'il soit le développement d'une action unique ou multiple comme dans le drame, l'épopée ou l'histoire, qu'il soit une suite de considérations ou de préceptes, comme dans les traités de morale ou les œuvres didactiques, il n'en sera pas moins soumis k la

double loi de renchainement naturel et de la proportion des parties. La fin n'est pas dans toutes les compositions une péroraison ^ mais , qu'elle prenne « le nom de dénoûment ou de conclusion , elle devra toujours achever l'œuvre de manière k en compléter l'ensemble , à la résumer , et k laisser dans l'âme ou dans l'intelligence Témotion ou la lumière que l'auteur avait l'intention de produire.

Ce que nous avons k dire ultérieurement de l'élocution prouvera surabondamment que cette troisième partie de la rhétorique embrasse, dans la généralité et dans le détail de ses règles, toutes les productions de l'intelligence , depuis les caprices les plus hardis de l'imagination jusqu'aux conceptions les plus sévères de la raison , et qu'elle s'applique aux recherches les plus profondes de la science, comme aux manifestations les plus spontanées et les plus familières du sens commun. L'art d'exprimer sa pensée avec convenance est le meilleur instrument que l'étude puisse procurer k l'homme pour l'avancement des lettres et des sciences et pour le commerce de la vie. Les plus grands esprits ne sauraient s'en passer, et s'il leur manque , on a souvent k regretter que le défaut de culture littéraire ne leur permette pas d'exposer avec concision, avec ordre et netteté, des découvertes qui doivent profiter k la science. Leur langage prolixe et rude montre qu'ils n'ont pas été suffisamment polis et humanisés par l'exemple et la pratique de ces hommes de génie qui ont su tout k la fois bien penser et bien dire.

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vm.

Élocntion.

Lorsque les matériaux d'un sujet ont été trouvés, choisis et disposés , il reste à les produire : dans les œuvres littéraires , ce dernier travail est Télocution. L'élocution est donc la production de la pensée par la parole.

Le poëte * qui a dit :

Des couleurs du sujet je teindrai mon langage,

a heureusement exprimé la loi fondamentale de Vélocution.

Dn style.

Le style n'est pas l'élocution elle-même , il en est la physionomie : il résulte de Tordre et du mouvement des idées , du choix et du tour des expressions. Le style vraiment digne de ce nom n'exprime pas seulement, il peint et grave la pensée.

(i Les ouvrages bien écrits seront les seuls qui passeront k la postérité. La quantité des connaissances , la singularité des faits, la nouveauté même des découvertes, ne sont pas de sûrs garants de l'immortalité; si les ouvrages qui les contiennent ne roulent que sur de petits objets, s'ils sont écrits sans goût , sans noblesse et sans génie , ils périront, parce que les connaissances , les faits et les découvertes s'enlèvent aisément, se transportent, et gagnent même k être mis en œuvre par des mains plus habiles. Ces choses sont hors de l'homme : le style est Thomme même ^. »

Ce mot tant cité et quelquefois altéré de Buffon :

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