I. JMUrature
écrivains accusent l'indigence de la langue et qu'ils lui prêtent la fausse richesse de leurs barbarismes.
Eh quoi ! pourrait-on leur dire : vous avez sous la main de vieux auteurs qui abondent en expressions pittoresques , en tournures hardies ^ vous avez la source non tarie des langues anciennes , qui ont beaucoup donné k la vôtre et qui ne demandent pas mieux que de l'enrichir encore j vous avez près de vous ce grand nomenclateur qui a reçu d'Adam son privilège , le peuple , c/êlî crée sous l'inspiration du bon sens et de la nécessité ^ le peuple , que Malherbe prenait pour arbitre , comme Molière consultait sa servante avec succès ^ et vous allez vous créer un idiome a part , entendu et goûté seulement de quelques adeptes , et pour frapper les yeux vous cherchez dans les rêves de votre imagination des métaphores étranges, et vous dénaturez , vous tourmentez, vous galvanisez ce beau langage qu'il faut seulement entretenir et vivifier par l'habile et discret emploi des ressources qui vous sont offertes!
Ces tours de force , ces étrangetés , cette parure extravagante, accusent deux choses , l'ignorance de la tradition , le défaut d'étude et d'observation , et surtout la production prématurée de la pensée. Je dis avec assurance que si on cherche le nouveau dans r étrange, que si on pare son style de fleurs artificielles, que si on raffine sur les mots et sur les figures, que si on frappe fort au lieu de frapper juste , que si on substitue le fracas ï l'harmonie et l'enluminure h la couleur , c'est qu'on produit avant terme , c'est qu'on n'attend pas le point de maturité qui donne aux œuvres de l'esprit le parfum, la couleur et la durée.
Qualités générales du style.
Le style doit être approprié k la nature du sujets mais, sur quelque matière qu'on écrive, ïe langage devra être pur, clair, précis, naturel, noble, varié et convenable. Ce sont là les qualités essentielles du style.
Pureté. — La pureté consiste dans l'emploi des mots consacrés par l'usage ou légitimés par l'analogie et dans l'observation des règles de la syntaxe grammaticale. Le défaut contraire k la pureté est Imcorrection , qui a un double principe , le barbarisme et le solécisme, c'est-k-dire les mots étrangers Ha langue elles locutions vicieuses. Ces deux chefs ont de nombreuses dépendances ; mais le nombre ne saurait les autoriser :
Mon esprit n'admet pas un pompeux barbarisme, Ni d'un vers ampoulé l'orgueilleux solécisme.