Andrieux, Cours de Belles -Lettres
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bientôt Fadmiratioii qu'il excite d'abord , mais il n'y â point d'aniformité plus fastidieuse que celle d'un style toujours sonore et vide.
La convenance est la proportion du style à la matière qu'on traite. Cette qualité est le complément et le relief de toutes les autres. Si le ton n'est pas en rapport avec le sujet ; si l'analogie ne subsiste pas entre la forme et le fond , le goût , blessé de cette discordance, s'armera de rigueur contre l'ensemble d'un ouvrage qui, malgré la beauté des idées et même du langage, laisserait en souffrance le plus impérieux de ses besoins.
La convenance du style est le principe de la division en trois genres adoptée par les rhéteurs anciens, et dont nous devons dire quelques mots.
Divers genres de style.
La division du style en trois genres, le simple, le tempéré et le sublime *, répond aux divers degrés d'élévation dans le langage. On peut les comparer aux clefs de la musique : ce qui les distingue souverainement, c'est la différence du diapason.
Le ton est donné par la disposition de l'esprit en présence du sujet, et le caractère général de l'expression , par le ton dominant. Le langage s'élève ou s'abaisse avec la pensée; il s'anime par la passion, il se colore par l'imagination, et il est simple, tempéré ou sublime, selon le degré qu'il atteint.
1. Il faut bien se garder de confondre le sublime et le style sublime. Le sublime s'exprime le plus souvent par le style simple. « Dieu dit : Que la lumière soitf et la lumière fut. » Quoi de plus simple par Pexpression et de plus réellement sublime? Il en est de même du qu'il mourût du vieil Horace et du moi de Médée, si souvent cités. Boileau a reconnu cette distinction et réfuté victorieusement le savant évâqued'Avranches, Huet, et le protestant Leclerc, qui, confondant le sublime réel et le ^enre sublime, avaient longuement combattu Longin et Boileau à propos du passage de la Genèse cité dans le traité du Sublime (voy. Boileau, notes du traité du Sublime, réflexion x).
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Cette distinetion n'a point d'autre base, et lorsqu'on essaye d'assigner les caractères spéciaux de chacun de ces genres , il est diiBcile de les main* tenir avec exactitude et de fixer une limite rigoureuse. Les conversations, les lettres, les mémoires, se tiennent habituellement dans le genre simple, quoique par occasion ils puissent s'élever au delà ; le genre tempéré réclame l'histoire, le roman, le discours public, sous presque toutes les formes; les grands mouvements de la passion , les hautes méditations de la philosophie religieuse, les inspirations du génie poétique , appartiennent au genre sublime; mais il y a peu d'ouvrages de quelque étendue dont le style soit exclusivement renfermé dans une seule de ces classes.
Madame de Sévigné, qui reste généralement dans la familiarité du genre simple, s'élève au genre tempéré lorsqu'elle raconte, par exemple, la mort de Yatel; son langage est sublime comme sa pensée si elle décrit la douleur de madame de Longueville, ou si elle se livre aux réflexions que lui inspire h mort de Louvois.
Voici , d'après Cicéron , les caractères généraux de ces trois genres, entre lesquels, du reste, il n'établit pas une ligne de démarcation telle qu'ils ne puissent se trouver réunis dans une même composition.
Le genre simple n'est pas asservi à la régularité des nombres; sa démarche est aisée et familière : l'abandon qui lui convient se concilie avec la grâce, grâce naturelle qui exclut toute recherche de parure. Il sera sobre dans l'emploi des figures, et se gardera bien soit d'évoquer les morts, soit de faire parler des êtres inanimés. Les lettres de Voltaire sont du genre simple.
Le ton moyen, ou le genre tempéré, appelle tous les ornements et reçoit toutes les fleurs du langage :
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ce qui le distingae , c'est Tart de plaire-, il ne pré* tend ni k Ténergie ni k la véhémence, et son carac* tère est la douceur. Les discours de d'Âguesseau sont, dans notre langue, ce qui peut donner l'idée la plus exacte du genre tempéré.
Le ton élevé, ou le genre sublime, se pare de toutes les richesses, s'arme de toutes les forces du langage -, il a l'énergie de la pensée , la véhémence de l'expression , la majesté des figures. Les harangues de Démosthène appartiennent au genre sublime.
L'abus du genre simple conduit k la bassesse; du genre tempéré, k la manière; du genre sublime, k l'emphase.
Qualités particiUères du style.
Il convient d'énumérer ici les qualités particulières qui , en se mêlant aux qualités essentielles , diversifient le style, et dont quelques-unes sont affectées spécialement par les rhéteurs k Tun des genres que nous venons de caractériser.
Simplicité. — La simplicité du langage se sent plus facilement qu'elle ne se définit; elle tient au tour aisé de la phrase et au naturel de l'expression ; elle convient surtout lorsque la pensée est ou familière ou sublime : sublime, elle n'a pas besoin d'ornements-, familière, elle les repousse. La brièveté convient également au familier et au sublime de la pensée : les extrêmes se rencontrent en ce point, et on doit également ménager les mots lorsqu'on a peu de chose k dire et lorsque les choses parlent d'elles-mêmes.
lalveté. — La naïveté trouve sa place dans le genre simple comme dans le genre tempéré. Dans la naïveté , la pensée ne se sépare pas de l'expression ; c'est une ingénuité de malice et d'esprit qui
s'échappe sans réflexion, qui s'exprime sans apprêt. Il faut que l'expression soit spontanée comme la pensée.
tlégaoce. — « Vélègance est un résultat de la justesse et de l'agrément * : » elle consiste à choisir des expressions polies , châtiées , harmonieuses , et à trouver un tour aisé et noble tout ensemble. On ne l'atteint pas nonchalamment et sans y viser. C'est une parure sans affectation et sans coquetterie, mais non sans art. L'élégance appartient surtout au genre tempéré : dans le genre simple , elle ne parait pas encore; dans le genre sublime, elle disparaît sous d'autres qualités d'un ordre supérieur. Horace semble avoir fait de l'élégance une loi générale lorsqu'il a dit :
Et quœ Desperat tractata nitescere posse, relinquit'.
Les écrivains médiocres et outrecuidants protestent, non-seulement dans la pratique, mais en principe, contre cette règle qui leur imposerait de douloureux sacrifices. Pourquoi vouloir qu'ils repoussent ce que l'inspiration leur suggère ? leur esprit ne consacre-t-il pas tout ce qu'il produit? Toutefois les hommes de goât ont cette cruauté ; ils pensent qu'une idée qui ne saurait être produite avec agilement et décence doit être impitoyablement sacrifiée. Le droit de tout dire sans acception de forme serait une dispense de talent. Il est vrai qu'on en use, mais le délit n'abroge pas la loi, et on est autorisé à dire que cette pratique est un empiétement et une profanation.
Richesse. — La richesse unit Tabondance à l'éclat. Le style de Buffon donne le modèle de la richesse