‹ Cours de littérature, conforme au plan d'études des LycéesChapitre 48 sur 109 · Voltaire · texte numérisé non relu

Voltaire

2. « Et il laisse de côté ce qu'il désespère d'exprimer neftenent. »

BBÉTORIQUE. 157

par rëclat des images, T abondance des idées et le coloris de Texpression.

Force. — La force emploie pen de mots pour exprimer de grandes idées; la vivacité anime et passionne le langage, et donne Fimpulsion à la force.

Finesse. — La finesse Tait entendre au delà et k côté de ce qu'elle dit: elle procède par allusion et cache la pensée pour mieux la faire voir. La délicatesse est au sentiment ce que la finesse est k l'esprit : elle dit avec réserve et détour ce qu'elle veut faire entendre; elle exprime finement des sentiments tendres, et donne de la sràce k l'éloge. Pascal s'exprime finement lorsqu'il s'excuse de n'avoir pas en le temps d'être court. Il y a de la finesse dans cette pensée : « Nous promettons selon nos espérances, et nous tenons selon nos craintes. » Lorsqu'Iphigénie s'écrie, en apprenant qu'il lui est défendu de revoir Achille :

Dieux plus doux ! vous n'aviez demandé que ma vie !

cette exclamation touchante est pleine de délicatesse. La plupart de ces qualités tiennent plus k la pensée qu'k Texpression *.

Énergie. — V énergie condense la pensée et donne, pour ainsi dire, une signification plus profonde aux mots. Tacite est le plus énergique des écrivains. Le vice qui confine k l'énergie est la dureté.

1. Voici en quels termes un écrivain, qui avait ses raisons pour placer au premier rang la délicatesse et la finesse, s'exprime sur ces qualités du style :

« Il n'y a point de beau et de bon style qui ne soit rempli de finesses, mais de finesses délicates.

« La délicatesse et la finesse sont seules les véritables indiœs du talent.

« Tout s'imite, la force , la gravité , la véhémence , la légèreté même; mais la finesse et la délicatesse ne peuvent être longtemps contrefaites. Sans elles , un style sain n'annonce rien qu'un esprit étroit. » J. J. JoDBERT, Pensées et maorimes.

158 RHETomoint.

Véhénence. — La véhémence est le mouvement rapide de la passion ; si on ne la maîtrise pas, on tombe dans la déclamation. Dans les grands orateurs on sent une force secrète qui modère les em* portements de la pensée.

lagnifloenoe. — La magnificence, qui étale de grandes images et qui exprime de nobles sentimeuts, peut dégénérer en enflure. Le vers que Lemière appelait modestement le vers du siècle :

Le trident de Neptune est le sceptre du inonde,

est un exemple de magnificence , parce qu'il exprime une grande idée par de nobles images. On peut en dire autant de ce vers de Voltaire dans Alzire :

Votre hymen est le noeud qui joindra les deux mondes.

Ces dernières qualités, Ténergie, la véhémence et la magnificence, appartiennent au genre sublime.

De rhênnottie du style.

L'harmonie est le concours des mots choisis et disposés de manière k satisfaire l'oreille. Elle comprend Teuphonie et le rhythme * ; l'euphonie dérive du son des mots ,' et le rhythme , de leur arrangement dans la phrase. On sait quelle puissance l'harmonie prête à la pensée 5 Voltaire a dit •

D'une mesure cadencée Je connais le charme enchanteur :

L'oreille est le chemin du cœur; L'harmonie et son bruit flatteur Sont Tornement de la pensée.

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