Racine, Phèdre , acte Y, se
2. Voici en contraste une piquante hypotypose détachée d^une pièce dont on peut tout au moins citer ce fragment. C*est le Pauvre Diable devant un comité de lecture :
J'entre ; Je lii d'une roix fausse et grêle
Le triste drame écrit pour la Deoèle.
Dieu paternel l quels dédains ! quel accueil !
De quelle œillade altière, impérieuse,
La Duménil rabattit mon orgueil !
La DangeTllle est plaisante et moqueuse ,
Elle riait ! Grandval me regardait
D'un air de prince , et Sarrasin dormait ;
£t , renvoyé penaud par la cohue ,
J'allai gronder et pleurer dans la me .
Puisse cette citation empêcher quelques métromaies novices de s'exposer à jouer le rôle du Pauvre Diable !
182 RfiÉTOHIQUI.
mort de Bocchoris, racontée par Téiémaqae : « Je le YÎs périr; le dard d'an Phénicien perça sa poitrine ; les rênes lui échappèrent des mains -, il tomba de son char soos les pieds des chevaux. Un soldat de Tile de Chypre lui coupa la tête, et, la prenant par les cheveux, il la montra comme en triomphe k toute l'armée victorieuse. Je me souviendrai toute ma vie d'avoir vu cette tête qui nageait dans le sang, ces yeux fermés et éteints, ce visage paie et défiguré , cette bouche entr ouverte qui semblait vouloir encore achever des paroles commencées , cet air superbe et menaçant que la mort même n'avait pu effacer. »
La Comparaison, dit La Bruyère S emprunte d'une chose étrangère une image sensible et naturelle d'une vérité. La poésie sème les comparaisons pour donner plus de couleur au style et de lumière k la pensée. Lebrun les a multipliées dans la strophe suivante :
Comme Tencens qui s'évapore £t des dieux parfume Tautel , Le feu sacré qui me dévore Brûle ce que j'ai de mortel :
Mon âme jamais ne sommeille; Elle est cette flamme qui veille Au sanctuaire deVesta , Et mon génie est comme Alcide Qui se livre au bûcher avide Pour renaître au sommet d*OEta.
La prose élevée admet aussi des comparaisons, et il serait facile d'en trouver des exemples, même dans le genre tempéré. « Il n'est plus dans mon cœur, a dit M. Xavier de Maistre, que des regrets et de vains souvenirs*, triste mélange sur lequel ma vie surnage encore , comme un vaisseau fra-
1. Cb. I , des Ouvrages de Vesprit^ p. 172, éd. Walckenaer. . 1S45.
RHÉTOMOtlE. 183
cassé par la tempête flotte quelque temps encore sur la mer agitée * . »
Voici dans une œuvre d'éloquence religieuse une admirable comparaison. Nous l'empruntons au panégyrique de saint Paul par Bossuet : « De même qu'on voit un grand fleuve qui retient encore , coulant dans la plaine, cette force violente et impétueuse qu'il avait acquise aux montagnes d'où il tire son origine, ainsi cette vertu céleste qui est contenue dans les écrits de saint Paul, même dans celle simplicité de style, conserve toute la vigueur qu'elle apporte du ciel d'où elle descend. »
m. Il y a des figures qui ne mettent en jeu ni la passion ni l'imagination, et qui se rapportent simplement k la manière d'exprimer les vues de Tesprit. Telle est, en première ligne, V Antithèse, pu opposition de deux vérités qui se donnent du jour l'une k l'autre. On peut y joindre VAlliMion, qui réveille une idée qu'elle n'exprime pas, et la Périphrase, espèce de définition qui choisit dans la compréhension d'un mot un ou plusieurs des éléments qui la composent.
VAntithèse est un des principaux agréments du
1. Voici une fort belle comparaison tirée de la Pucelle de Chapelain , et que je cite pour la rareté :
Ce guerrier roit sa perte infaillible -, Hais dans sa perte môme il vent être invincible ; Il est désespéré , mais non pas abattu , Et médite un trépas digne de sa rertn.
Tel est an grand lion , rot des monts de Gyrène , Lorsque , de toutes parts entouré sur l'arène , Contre sa noble Tie il toit de toutes parts Unis et conjurés et les pieux et les dards :
Reconnaissant pour lui la perte inévitable , 11 dévoue à la mort son courage indomptable , Il 7 va sans faiblesse , il y va sans effroi , Et, devant la souffrir, veut la soulft-lr en roi.
Chapelain est moins heureux lorsqu'il compare la promenade de deux personnages le long d*ane galerie an flux et au reflux de la mer.
discours lorsqu'on remploie avec discrétion ^ si on la prodigue, elle éblouit et trouble Tesprit par la confusion des étincelles qu'elle fait jaillir. Le contraste des idées suffit k l'antithèse : u La gravité est un mystère du corps inventé pour cacher les défauts de l'esprit \ » Mais sa perfection consiste dans le rapport des mots et le contraste des idées , comme dans cet admirable vers :
Ducunt volentem fata , nolentem trahunt '.
Pascal , contemplant les contradictions de la nature humaine, a fait de l'antithèse un usage sublime : « Quelle chimère est-ce donc que l'homme: quelle nouveauté, quel chaos, quel sujet de contradiction ! Juge de toutes choses, imbécile ver de terre: dépositaire du vrai , amas d'incertitudes ; gloire et rebut de l'univers. S'il se vante, je l'abaisse 5 s'il s'abaisse, je le vante-, et je le contredis toujours, jusqu'à ce qu'il comprenne qu'il est un monstre incompréhensible. »
L'antithèse doit naître du contraste des idées, et non du rapprochement forcé des mots , comme il arrive trop souvent : « Ceux qui font des antithèses en forçant les mots sont comme ceux qui font de fausses fenêtres pour la symétrie. » Celte ingénieuse comparaison appartient a Pascal.
V Allusion charme l'esprit en éveillant un sou-