‹ Cours de littérature, conforme au plan d'études des LycéesChapitre 61 sur 109 · Voltaire , Alzire, acte I , se · texte numérisé non relu

Voltaire , Alzire, acte I , se

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Cette belle image D'exprimé qu'un rapport cooteûu dans le mot vaisseau, dont elle n'épuise pas la compréhension, car le vaisseau n'est pas seulement un château ailé, c'est une place de guerre, une forêt flottante , et bien d'autres choses encore. De telles périphrases , qui donnent à l'idée plus de piquant ou de noblesse, sont de véritables beautés ^ Mais on a souvent abusé de cette figure par horreur du mot propre ou par impuissance. L'exemple le plus curieux de cet abus de la périphrase est, sans contredit, la poule au pot du Béarnais, ainsi dégui* sée par Legouvé dans sa tragédie de la Mort de Henri IV :

Je veux que, dans les jours marqués pour le repos. Le modeste habitant des paisibles hameaux Sur sa table moins humble ait, par ma bienveillance. Quelques-uns de ces mets réservés à Taisance.

Lorsque Saint-Amant appelle les hirondelles les petits précurseurs de la saison plaisante , il est maniéré ^ lorsqu'il fait des poissons de rapides mi^ts, il est souverainement ridicule. Le bec des oiseaux est encore , pour le chantre de Moïse , « l'endroit aigu d'où sort la mélodie. »

IV. On range encore parmi les figures de pensées certains tours et certains procédés de langage favorables k Tefi^et du raisonnement. II nous suffira de les nommer en les définissant : V Accumulation énu-

1. J^aime assez, dans un autre genre, ceUe périphrase qui désigne , dans Voltaire , les ramoneurs et les cheminées :

Ces honnêtes enfants Qui de Savoie arriyent tous les ans , Bt dotttla main légèrement essuie Les longs canaux engorgés par la snie.

Le poète Du Bartas a caractérisé heureusement la maladie par cette circonlocution :

Poison à mille noms , ministre du trépas ,

Qui s'en Tient au galop et s'en retourne an imb.

mère les parties et les circonstances pour donner plus de force aux arguments; la Gradation, pour arriver au même résultat, les dispose selon leur importance; la Prolepse, ou Antéoccupation , prévient robjection pour la réfuter d'avance; la Suspension prolonge l'incertitude pour amener plus sûrement la conviction ; la Rélicence supprime l'expression de la pensée pour la faire entendre plus fortement; la Communication abandonne la décision aux juges, à l'adversaire lui-même, par une confiance qui fait croire au bon droit; la Correction, ou Êpanorthose, semble rétracter ce qu'elle confirme avec plus de force ; la Concession accorde ce qu'elle peut refuser, et maintient dans cette hypothèse même tous les avantages de la cause. Ces différents artifices, qu'il suffit d'avoir signalés pour qu'on les reconnaisse, sont familiers aux orateurs et préviennent la monotonie des discussions.

Des figures de mots.

Les figures de mots sont de quatre espèces : 1** l^s unes, purement grammaticales, portent sur les changements qui surviennent dans la forme des mots , comme le retranchement ou l'addition d'une lettre ou d'une syllabe, la séparation d'un mot en plusieurs parties ou d'une diphthongue en plusieurs voyelles; 2"" les autres regardent la syntaxe des parties du discours et embrassent la suppression d'un certain nombre de mots; des accords en apparence irréguliers; la substitution d'un temps k un autre; 3* d'autres encore sont produites par les mots qui sont ou répétés , ou placés symétriquement de manière k amener des désinences ou des consonnances analogues ; 4® la dernière classe comprend les figures qui modifient ou qui changent le sens des mots, et que, pour cette raison, on appelle des tropes.

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Nous aurons k revenir sur ces dernières avec quelque étendue.

Il est bon de dire quelques mots sur les trois premières classes de ces figures, sans cependant reproduire toutes les dénominations que les grammairiens et les rhéteurs ont imaginées pour noter tous les accidents de composition verbale, de construction et d'harmonie. Nous indiquerons seulement celles dont il n'est pas permis d'ignorer le nom.

L Dans la première classe, qui comprend les figures purement grammaticales, il faut signaler ta Syncope, qui retranche une syllabe au milieu du mot, et Y Apocope, h la fin. L'addition d'une syllabe qui termine le mot s'appelle Paragoge, La Diérèse divise une syllabe en deux ; la Crase en réunit deux en une seule. La Tmèse coupe un mot composé en deux parties distinctes.

IL La seconde classe comprend des figures plus importantes qui se rapportent k la syntaxe et qui peuvent servir d'ornement dans le langage.

V Ellipse supprime un ou plusieurs mots * pour donner plus de rapidité et d'énergie k Texpression :

Je Taimais inconstant , qu'aurais-je fait fidèle?

RàCINE.

Scudéri a dit avec une hardiesse heureuse :

Comme on voit l'Océan recevoir cent rivières Sans être plus enflé ni ses ondes plus fières.

La Syllepse détruit T accord grammatical au profit

1. Il y a aussi des elUpses d'idées, comme, par exemple , daB» ces vers de Molière :

Si l'on Tient poar me TOtr, je Tais aax prisoimten Des aamdnes qae )'al partager les deniers.

7arm/«, acteUl,se. i

de l'accord logique. C'est ainsi qu'Horace, en parlant de Cléopâtre, a dit :

Fatale monstrum, qvx geuerosius Perire quaerens*....

Nous faisons une syllepse lorsque nous disons : La plupart des hommes se perdent par ambition. Racine offre un bel exemple de cette figure dans le passage suivant à'Athalie, que nous citerons après tant d'autres :

Entre le pauvre et vous, vous prendrez Dieu pour juge, Vous souvenant 9 mon 61s, que, caché sous ce lin, Gomme eux vous fâtes pauvre , et comme eux orphelin.

Ces vers du discours de Burrhus k Néron dans Britannicus :

On ne voit point le peuple à mon nom s'alarmer;

Le ciel dans tous lem^s pleurs ne m'entend point nommer :

Leur sombre inimitié ne fuit point mon visage ,

nous montre la même irrégularité apparente dans les mots , avec un tour plus vif et sans préjudice pour la pensée clairement exprimée.. Voltaire a usé du même droit lorsqu'il a dit dans la Henriade :

U Espagne à nos genoux vint demander des rois : C'est un de nos neveux qui leur donne des lois.

La substitution d'un temps k un autre prend le nom d*Ênallage, En voici un exemple :

Nune est bibendum ; nunc pede libero Pulsanda tellus; nunc saliaribus

Ornare pulvinar deorum

Tempus erat dapibus ^. Horace.

1. Quœ s^accorde avec Cléop^itre, et non avec le mot neutre numstinim , qui la désigne. Pour faire passer la figure dans la traduction , il faudrait dire : « Monstre fatal, jalouse de mourir plus noblement, elle,.. »

2. « Cest le temps de boire; c'es^ maintenant qu^tl faut frapper la terre; c'était le temps de couvrir des mets des prêtres saliens les tapis des dieux. »

La Fontaine procède par énallage lorsqu'il fait trotter l'imagination de sa laitière :

Le renard sera bien habile SMl n.e m'en laisse assez pour avoir un cochon; Le porc à s'engraisser coûtera peu de son :

Il était, quand je Y eus, de grosseur raisonnable; J'aurai, le revendant, de l'argent bel et bon. £t qui m'empêchera de mettre en notre étable , Vu le prix dont il est

VHypallage, qui transpose le rapport naturel des idées , ne doit pas être classée parmi les tropes, puisqu'elle n'en modifie pas le sens. Ainsi dans ce vers de Virgile :

Ibant ohscuri sola sub nocte per umbram ,

où ridée d'obscurité s'appliquerait plus naturellement k la nuit et celle d'isolement aux voyageurs, le poète a interverti cet ordre, en laissant toutefois aux mots leur sens réel. Il en est de même lorsque le poète dit dare classibus austros, car on expose les vaisseaux aux vents et non le vent aux vaisseaux : mais si le rapport des idées est changé , le sens des mots subsiste. Au reste, l'hypallage est une figure mixte : figure de pensée, puisqu'elle modifie l'ordre des idées; figure de mots, puisqu'elle porte sur la construction. Cette figure est fort rare en français; je crois cependant la surprendre dans cette locution familière : rentrer dans son argent, car c'est bien l'argent qui rentre chez le créancier qu'on paye. On dit encore une rue passante, et ce n'est pas la rue qui passe , mais on passe dans la rue ; de même V argent comptant : l'argent ne compte pas, il est compté.

Il faut encore ranger parmi les figures de construction :

VHyperbate, espèce d'inversion qui transpose l'ordre des mots, comme dans ces vers :

Déjà «contre les Grecs plein d'un noble courroux , Le soin de votre fils le touche autant que vous.

RAGiiyE, Andromaque.

V Apposition, qui donne à un substantif le rôle d'un adjectif :

Sa beauté méprisée, impardonnable offense*.

Segbats.

La Parenthèse, qu'il est inutile de définir :

Il sait (car leur amour ne peut être ignorée)

Que de Britannicus Junie est adorée. Racine.

La Disjonction, qui supprime les particules :

Je ne vois que des tours que la cendre a couvertes, Un fleuve teint de sang , des campagnes désertes , Un enfant dans les fers. Racine, Andromaque.

Ou mieux encore :

Français, Anglais, Lorrains, que la fureur assemble. Avançaient, combattaient, frappaient, mouraient ensemble.

VoiOiAiBE, la Henriade, ch. VI.

LdL Conjonction, qui multiplie les particules :

Il invoque Tabime , et les cieux, et Dieu même , Et le feu de la foudre et celui des enfers.

Voltaire, la Henriade^ cb. V.

IIL Parmi les figures de la troisième classe, c'està-dire celles qui se rapportent k Tharmonie des mots et des phrases , on peut citer :

h' Onomatopée , ou imitation par le son, comme legieuglou de la bouteille, le cliquetis des armes, etc.

La Paronomase, qui rapproche les mots de sens différent et analogues par le sens : comme mari très-marri, dans Molière ; comme en latin anmntes sunt amentes , ou encore operitur dum operaiur, en

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