Cahiers d'Histoire litUrairê
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trouvent d'autres personnages qui trop souvent partagent avec lui et quelquefois lui enlèvent l'intérêt qui devrait se concentrer en lui seul. Ce poëme, à proprement parler, est plutôt un poème descriptif qu'un poëme épique : on y rencontre*d'heureuses images, de riants tableaux, d'agréables récits» quelquefois même des traits de caractère et de passion qui ne manquent ni de force ni de vivacité. Si la
Sassion qui domine Médée y foule aux pieds la pueur et la piété filiale avec cette violence sauvage qui, dans l'antiquité, n'était pas retenue par le sens moral , elle s'y trahit aussi k des sentiments plus délicats et plus tendres ; elle y est tracée avec des couleurs qui semblent parfois une teinte chaste et chrétienne : Virgile a dû k Apollonius quelques-uns des traits dont il a peint Didon. Mais quelquefois ces traits sont gâtés par cette manie d'érudition qui , bien que plus rare dans Apollonius que dans Callimaque , s'y montre encore trop souvent dans des digressions oiseuses. Du reste, une diction pure et brillante, une douceur continue de style, qu'augmente encore l'usage perpétuel du dialecte ionien, une versification habile qui, k force d'art, imiterait le naturel, si le naturel se pouvait imiter, telles sont les qualités qu'offre k un haut degré le poëme d'Apollonius. II n'est pas non plus sans intérêt pour la connaissance des antiquités ; il présente sous un voile brillant, et dans les caractères d'Orphée et d'Hercule , quelques-unes de ces vérités mystiques que trop souvent l'école d'Alexandrie exagéra on corrompit, mais qui cependant n'étaient pas en elles-mêmes sans enseignement pour qui sait les comprendre. Les Argonautiques , tels que nous les possédons, ne sont point primitifs; mais ils ont été refaits par Apollonius , après les attaques de Callimaque , dont les scolies d'Apollonius ont conservé quelques indications spéciales. »
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fienre bucolique on pastoral. L'origine de la
poésie bucolique est dans les chansons qu'improvisaient les bergers, et dans les luttes paisibles qui s'établissaient entre eux lorsqu'ils rapprochaient leurs troupeaux. Cette poésie naturelle est la matière que l'art a perfectionnée pour inspirer aux habitants des villes le goût de la vie champêtre, ou pour charmer leur imagination par le contraste d'une existence innocente et paisible avec les agitations et les vices de la cour. L'époque héroïque ou plutôt naturelle de ce genre de poésie est représentée par Daphnis , berger sicilien doué de toutes les grâces de l'esprit et du corps, en commerce avec les dieux , et qui devint le héros de la pastorale artificielle. Un homme de génie s'empara de ces traditions : il les embellit et consacra par des chefs-<l'œuvre un genre nouveau où l'art idéalise • la nature. Le ^enre bucolique n'a pas créé ses modèles , mais il les a élevés par l'imagination au niveau de la poésie.
Théocrite de Syracuse, qui florissait dans le 3° siècle avant J. C, recueillit en Sicile les souvenirs que Daphnis y avait laissés, et alla sans doute s'inspirer de la beauté des campagnes voisines de l'Ëtna. Médiocrement récompensé par Hiéron le jeune , roi de Syracuse , il passa à la cour de Ptolémée Philadelphe , qui encourageait les arts avec plus de libéralité. On sait peu de choses des circonstances de sa vie, qui fut celle d'un poète courtisan ^ mais la beauté de son génie empreinte dans ses ouvrages a rendu son nom immortel. 11 n'a pas été surpassé par Virgile, qui a imité dans ses Êglogués les ïdylles du poète syracusain. Théocrite Jbrille entre tous les poètes par sa fidélité dans la description du paysage où il place le lieu de la scène, par la peinture des caractères et l'expression des passions. Il donne la vie aux tableaux qu'il
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décrit, aux personnages qu'il met en scène, aux sentiments qull exprime. Ses pasteurs, ses bergers, ses chevriers, ont tous une physionomie distincte; et lorsqu'il fait parler des pêcheurs, la scène, le langage et les idées prennent un aspect nouveau analogue k la nature qu'il peint et aux acteurs
3uMl introduit. Dans le Cyclope, la passion vive» élicate et résignée n'est pas touchée avec moins de vérité que la frénésie de Tamour dans la Magi^ derme. Théocrite, qui s'élève à la majesté de l'épopée dans le Combat de Pollux et d'Amycus, n'est pas moins k l'aise lorsqu'il fait parler avec la verve piquante d'un poëte comique ses Syracusaines . Ce poêle est, sans contredit, un des plus heureux génies de l'antiquité : on l'admirerait s'il était né dans une époque de perfection; l'étonnement se mêle k l'admiration lorsqu'on songe que raltération du goût, sensible dans tous les ouvrages de ses contemporains, n'a pas laissé de trace dans les petits chefs-d'œuvre qui l'ont fait surnommer l'Homère de la poésie bucolique.
Après Théocrite, il faut placer Bion de Smyrne et MosGHUS de Syracuse, qui furent vraisemblablement ses contemporains. Nous avons de Bion , outre plusieurs idylles fort courtes, le Chant funibre en l'honneur d'Adonis, morceau étendu, remarquable par l'élégance de la diction et la beauté des vers, mais où l'art nuit au naturel du sentiment, et le commencement de YÊpithalame d'Achille et de Dèidamie, Moschus, sans égaler Théocrite, a plus de grâce, de naturel, de simplicité que Bion. V Amour fugitif est un tableau piquant et délicat ; Y Enlèvement d'Europe a plus d'importance , et se rapproche de l'épopée par les belles formes du langage et la riche élégance des descriptions. Le Chant funèbre en l'honneur de Bion passe pour le chefd'œuvre de Moschus.
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Otnqvlème époque. — Époque gréeo-romaine.
(146 aY. J. G. — 306 ap. J. C.)
Pour cette époque comme pour la suivante, de courtes indications seront suffisantes. Dans les siècles qui ne fournissent pas de modèles k imiter, les détails satisfont la curiosité sans nourrir l'intelligence.
La poésie épigrammatique n'a pas assez d'im-* por tance littéraire pour qu'on charge sa mémoire des noms obscurs de Polystrate, de Méléagrb, d'AwTiPATER et d'autres versificateurs qui n'ont guère écrit que pour satisfaire la vanité de ceux qui les récompensaient : Vani vanam mercedem receperunt.
Il ne nous reste rien des poèmes héroïques corn** posés en grec pendant cette période. Apollodorb d'Athènes (115 av. J. G.) avait versifié en quatre livres une espèce d'histoire universelle depuis le siège de Troie jusqu'à la 169'' olympiade. Le poète ÂRGHiAS, célèbre par le plaidoyer que Cicéron fit pour sa défense, avait chanté en vers héroïques la guerre des Cimbres et celle de Mithridate. A la fin du second siècle de notre ère, un certain Nestor, de Laranda en Lycaonie , avait composé , sous le titre d'iXtàç Xei7roYpdcfx(AaTo<; , un poême en vingt -quatre chants, qui avait cela de remarquable, qu'une lettre de Talphabet était exclue de chacun des chants. Ce versificateur puéril avait composé xine Alexandréide, des Métamorphoses et un poème sur les Jardins.
Dans la poésie didactique, on ne peut guère citer qu'OppiEN, dont les poèmes sur la chasse et la pêche ne sont pas sans mérite. On pense qu'il faut rapporter ces deux poèmes k deux auteurs distincts : le plus ancien et le meilleur, la Pêche, serait du premier Oppien , né en Cilicie ^ et le second, la Chasse, appartiendrait à un autre Oppien,
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né en Syrie. II y aurait abus d'indulgence k compter parmi les poètes didactiques Sgyminus de Ghios et bfiNYS de Charax, qui ont composé des Périégèses ou Voyages où la science géographique est résumée en vers presque techniques. Ceux de Scymnus sont îambiqnes, ceux de Denys sont hexamètres.
Les fables d'Ésope , écrites en prose , furent remaniées et mises en vers choliambiques , sous le règne d'Alexandre Sévère * , par Babrius, qui fit oublier par l'élégance de ses vers tous les recueils (précédents. Il fit en grec ce que Phèdre a fait en atin. La destinée de ce recueil est curieuse. Conservé intact jusqu'au douzième siècle, il fut défiguré par des copistes ignares qui le mirent en prose. Au neuvième siècle, un prêtre de Constantinople, nommé Ignatius Magister, s'était avisé de réduire en quatrains les fables de Babrius, en conservant seulement sous son ancienne forme la fable de VHirondelle et le Rossignol. A la fin du seizième siècle, Thomas Tyrwhitt, savant anglais, parvint k recom-
{>oser, k l'aide de fragments, quatre nouveaux apoogues. En 1809, le bibliothécaire de Florence, M. de Furia, publia, d'après un manuscrit inédit, un grand nombre de fables ésopiques. MM. Coray et Schneider reconnurent que trente-six de ces apologues étaient écrits en choliambes, ce qui avait échappé au savant florentin , et , en les restituant k Babrius , ils portèrent k quarante et une le nombre de ces fables, si longtemps délaissées et méconnues. Un savant allemand, M. François -Xavier Berger, pensa plus tard avoir amené cette restitution k quatre-vingt-treize apologues. M. Knoch,
1. Cette date est controversée; voici, au reste, la série des questions que la critique pose, sans les résoudre, à propos de Babrius. Est- il Grec d'origine ou Latin? Est-il contemporain de Bion et de Moschus, de Cicéron ou de Virgile? £&t*il né sous Tibère ou sous Alexandre Sévère? N'aurait-il pas vécu en Arabie ou dans l'Asie Mineure, ou en Grèce, ou en Italie?
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plos discret , laissant k l'état de fragments les vers épars dans Suidas et dans la prose d'Ignatius Magi* ster, avait réduit k vingt le nombre des fables de Babrius, lorsqu'un événement plus désiré qu'attendu est venu trancher la^ question , terminer les débats sur ce point et prévenir toute tentative ultérieure de restitution. Grâce a un ministre zélé pour les lettres ^ et k un savant courageux, nous sommes entin remis en pleine possession de Babrius : M. Minoide-Minas a découvert ce précieux ouvrage de l'antiquité dans la bibliothèque d'un couvent grec; et notre grand helléniste, M. Boissonade, a donné ses soins k la publication du manuscrit, dont le texte est devenu classique.
Sixième époque. — Époque byzantine.
(30Q-1453 ap. J. C)
Le mouvement de la poésie grecque k l'époque byzantine n'est pas une renaissance, mais un effort tardif pour remonter vers le passé. On se reprend aux sujets héroïques, sans retrouver l'inspiration primitive ; on versifie sous le patronage d'Homère, mutilement invoqué. Citons les noms et les ouvrages de quelques-uns de c^es écrivains, qui, k défaut de génie, poursuivaient du moins de grandes entreprises.
NoNNus , de Paléopolis en Egypte (vers 410 ap. i. C), d'abord païen, a composé une espèce de poème cyclique en quarante-huit livres sur les exploits de Bacchus, sous le titre de Dionysiaques ou Bassariqms, et des hymnes en l'honneur de Bacchus^. Après sa conversion, il paraphrasa en vers l'Évangile de saint Jean.