‹ Cours de littérature, conforme au plan d'études des LycéesChapitre 79 sur 109 · M. Viilemain · texte numérisé non relu

M. Viilemain

2 . « Ce Nonnus , dit Balzac , était un Egyptien , dont le style est sauvage et monstrueux : c'était un peintre de Chimères et d^Hypo^ centaures. Ses pensées, je dis les plus réglées et les plus sobres.

46 LmiiiàTuitB eBcoQOB.

Le grammairien Musée, qui parait avoir yécn vers le quatrième siècle de Tère chrétienne, a laissé un petit poème charmant, Héro et Léandre, souvent attribué par erreur k Tancien Musée, et

Îni serait véritablement digne des beaux siècles e la littérature grecque , si Ton n'y reconnaissait quelques traces d'affectation .

QuiNTus de Smynie, qu'on appelle aussi Quintus Calaber, est auteur d'un poème en quatorze chants, complément de l'Iliade, qui conduit les événements de la guerre de Troie depuis la mort d'Hector jusqu'à la prise de la ville. Quintus ne manque ni d'élégance ni de pureté, et Timitation d'Homère l'a préservé de la plupart des défauts de ses contemporains.

CoLUTHus, né k Lycopolis, appartient ^ la même époque. Il avait composé un poème en six chants, les Calydoniaques, dont le sujet était sans doute la chasse du sanglier de Calydon. Ce poème ne nous est pas parvenu ; mais nous avons de ColuUius une courte épopée, VEnlèvement d'Hiléne, de beaucoup inférieure au poème de Quintus de Smyrne , froide et entachée d affectation.

Trtphiodore, contemporain et compatriote de Colutbus, nous est connu par un poème sur la prise de Troie, dans lequel on remarque le soin puéril 4'exclure de chaque vers une des lettres de l'ai-

f^habet. Nestor de Laranda avait été beaucoup plus oin, s'il est vrai, comme on l'a dit, que ce tcmr de force s'étendit diez lui h un chant tout entier.

Georges Pisidès (7'' siècle), garde des chartes et référendaire de l'Église de CDustantinople , jouit longtemps d'une grande célébrité. Ses contempo-

Tont bien au delà de rextraragaiice ordinaire. En certains endroits , on le prendrait plutôt pour un démoniaque que pour un podte : il parait bien moins inspiré des Muses qu'agité par les Furies. »

UTTiftA7UIIE GRECQUE. 47

faîBs le comparaient aux meilleurs poètes de Tantiquité. Sa fécondité est incontestable, et ses vers ont une certaine élégance. Parmi les ouvrages* qu'il a laissés, le plus important est YHexaméron, poëme en vers ïambiques sur la création. On peut encore citer de lui deux chroniques versifiées, Tune sur l'expédition d'Héraclius contre les Persans et l'autre sur la guerre des Awares.

Jean Tzetzès de Constantinople (12^ siècle) a composé un nombre considérable de vers qui nous sont presque tous parvenus ; on les sacrifierait volontiers en échange d'une comédie de Ménandre. Ses Chiliades, au nombre de treize, et renfermant chacune mille vers, forment un recueil d'histoires mêlées assez précieux pour l'érudition. Les J7iaques, du même auteur, de mille six cent soixantecinq vers, se divisent en trois parties : AnU^Home-rica, Homerica, Posl-Homerica.

Les poésies de saint Grégoire de Nazianze (4® siècle) mériteraient un examen approfondi. Elles sont de deux espèces : les unes appartiennent au genre épigrammatique , au nombre de deux, mille cent cmquante-quatre*, les autres sont des poèmes sacrés de quelque étendue, parmi lesquels OH remarque le poëme sur la Vanili et Vinstabilité de la vie et le poème sur l'Homme. On y trouve exposées avec charme et profondeur ces pensées mélancoliques qu'inspire au chrétien la vue des misères et des contradictions de la destinée humaine : on croit entendre un prélude aux méditations de Pascal et de M. de Lamartine.

Dans le genre lyrique , il faut citer le philosophe Proclus, une des gloires de l'école d'Alexandrie, commentateur de Platon , qui a composé plusieurs hymnes d'une inspiration forte et élevée.

Parmi les poètes chrétiens, on distingue Stnésius, évêque de Ptolémaîs et contemporain de Chry-

48 UTTÉRiTDRE GBBGQDE*

SOS tome. Il nous reste de lui dix hymnes remarquables par la pureté du style, la facilité de la yersHication , la noblesse des idées et des images. M. Yillemain a traduit la première de ces pièces lyriques sur Dieu et Vâme, avec une aisance merveilleuse qui 9 sans rien enlever à la fidélité , ajoute Îuelque chose à la grâce et a la force du modèle. jjL dixième siècle, Josèphé, surnommé VHymnographe, composa des chants lyriques pour chacune des fêtes dç la Vierge.

Orateurs grecs.

L'éloquence devait naître chez les Grecs, k peuple le plus heureusement doué de la terre pour exprimer et pour communiquer ses émotions :

Graiis ingenium , Graiis dédit ore rotundo Musa loqui ^.

Cette puissance se développa de bonne heure dans des États où tout se traitait par la parole. Ce qui prouve victorieusement l'existence et l'autorité des orateurs parmi les nations grecques ou d'origine grecque, c'est le crédit des rhéteurs qui enseignent Téloquence et des sophistes qui jouent avec la parole. L'art, qui conduit trop souvent an métier, ne vient qu'après les œuvres : Non eloqiÂentia ex artificio nata^ dit Cicéron , sed arlificium ex eîo^ qwntia^. ']

1. Horace, Art poétique, v. 323. — « Aux Grecs le génie, aax Grecs la voix pleine et sonore, dons de la Muse. »

2. JDe Oraiore, l, 32. — « L'éloquence n'est pas née de Tartf mais bien Part, de Péloquence. »

ipoqaes de riiistoire de réloqneBce grecque.

L'histoire de l'éloquence grecque peut se partager en quatre époques distinctes.

Les Solon, les Pisistrate, les Thémistocle, furent d'habiles orateurs ayant qu'Empédocle , Corax et Tisias eussent donné les règles de l'éloquence , et ils n'avaient pas attendu pour bien parler que les Gorgias , les Protagoras et les Prodicus vinssent étonner, k côté d'eux , et séduire Athènes en déployant tous les artifices de la rhétorique. L'élogaence de ces hommes d'État ne nous est connue que par ses résultats politiques, nous n'avons le texte d'aucun de leurs discours. Mais les rhéteurs nous ont laissé quelques-uns de leurs ouvrages, seuls monuments écrits de la première époque de l'éloquence chez les Grecs.

La seconde époque s'ouvre avec Périclès et se ferme avec Démosthène; elle embrasse les cent vingt-six années qui s'écoulèrent depuis le commencement de la guerre du Péloponnèse ^450 av. J. G.) jusqu'à la fin du règne d'Alexandre (^24 av. J. G.). Les dangers que court l'indépendance de la Grèce et le patriotisme de ses orateurs sont les ressorts de l'éloquence , qui atteint alors sa perfection, C'est pendant cette période , qui est celle de dixoratenrs altiqws, que brillent , k côté de Démosthène, les Eschine, les Lysias, les Hypéride, les Isocrate, qui avaient eu pour devanciers les Périclès et les Alcibiade.

Dans la troisième époque, qui s'étend de la mort d'Alexandre à Tavénement de Constantin (324 av. J. C. — 306 ap. J. G.), la ruine de la liberté et la chute de 1 indépendance font succéder la déclamation à Téloquence. La tribune politique d'Athènes est muette , et la parole déclamatoire de la

Page 1