‹ Cours de littérature, conforme au plan d'études des LycéesChapitre 80 sur 109 · II. Uttérature, If · texte numérisé non relu

II. Uttérature, If

Grèce dégénérée retentit surtout dans les écoles des rhéteurs. Le faux goût des Auatiques, plus soucieux des périodes sonores que de la force des pensées, précipite cette décadence qu'amenait nécessairement rintluence des causes morales. C'est uu second avènement de rhéteurs et de sophistes, dont le talent , n'ayant k s'exercer que sur la théorie de Fart ou sur des sujets d'importance secondaire, dissimule, par l'éclat et Tabondance des mots , le vide et la stérilité des pensées. Toutefois les premiers Pères de FÉglise , qui se produisent pendant «ette période, relèvent déjà l'éloquence, qui va prendre un nouvel essor sous les Pères dogmatiques. Même parmi les païens tout n'est pas k dédaigner : Dion Chrysostome , Lucien et Longin , à des titres divers , occupent une place honorable dans l'histoire des lettres.

Une révolution morale était nécessaire au retour de la véritable éloquence ^ la propagation du christianisme en fut la cause et le signal. Ce n'est pas le salut ou la grandeur des républiques qui inspire les orateurs, c'est un intérêt plus élevé : l'humanité tout entière est en cause dans ses rapports arec Dieu. Les chrétiens défendent la doctrine qu'ils ont reçue du législateur divin contre les imputations calomnieuses des païens et des philosophes ^ ils l'exposent dans sa simplicité sublime pour vaincre la résistance des peuples. Les développements de Téloquence chrétienne inaugurée pendant les siècles précédents forment, a dater du quatrième siècle (306 ap. J. C), la quatrième époque, illustrée par des dbefs-d'œuvre. Les Grégoire de Nasianzê, les Basile , les Chrysostome , oue TÉglise a placés au rang des saints , donnent des rivaux de génie aux orateurs profanes dé Tantî^uité , et ils ont sur eux l'avantage d'avoir proclamé de$ téritës ïttipérissables.

LITTÉRATUBE GREGQOC. M

Premiire époque. — Les rhéteurs.

(5« siècle av. J. C.)

L'éloquence, qui fit une partie de la force de Solon , de Pisistrate, d'Aristide et de Thémistocle, n'a pas laissé de monuments-, mais son influence est attestée par l'Histoire. Les Athéniens n'auraient pas accueilli avec tant de faveur les rhéteurs et les sophistes venus de la Sicile, si ces habiles artisans de paroles n'eussent annoncé des méthodes propres à donner plus de force k cette puissance oratoire qui dominait déjà les esprits.

Le plus célèbre des rhéteurs , Gorgiàs de Léontium , venu à Athènes pour plaider la cause de ses compatriotes contre les Syracusains , séduisit l'assemblée du peuple par l'harmonie de ses paroles. Les Léontins lui dressèrent des statues en récompense du service qu'il leur avait rendu; mais il s'établit à Athènes, où il ouvrit une école. Gorgias est regardé comme hnventeur de la période : ce fut lui qui enseigna l'art de mesurer, de symétriser les membres des phrases et de les terminer harmonieusement. Les seuls ouvrages qui nous restent de Gorgias , Y Éloge d'Hélène et Y Apologie de Palamède , ne justifient pas l'enthousiasme de la Grèce; mais il serait injuste d'appréder soa talent sur des compositions d'école , puisqu'il avait traité des sujets plus importants. ,

ÂiiCiDAiiÂS y d'Élée en Éolie , disciple de Gorgias, acquit k Athènes un certaine coiisidération par renseignement de h rhétorique. Il nous reste de ce rhéleur deui morceaux, savoir : «n Discours d'Ulysse €ontre Palmêède , déclamàiion sopbiistique , et un IHâc^urs contre Us sopkisies. Sans doute, le premier de ces discours fut composé pour l'école, et \e

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second contre l'abus des enseignements de l'école : la contradiction n'est qu'apparente.

Protagoràs d'Âbdère, disciple du philosophe Démocrite et contemporain de Gorgias , fit de la sophistique une école publique de corruption et une source de richesses. Il mit k haut prix ses funestes leçons, et il eut de nombreux élèves. Il enseignait que rien n'est ni vrai ni faux , et (jue tout peut se prouver. Après une longue impunité , il fut banni d'Athènes et ses livres condamnés au feu. Sa vieillesse , opulente et méprisée , trouva un asile en Sicile , berceau de Tart qui l'avait enrichi et diffamé. n y mourut à l'âge de quatre-vingt-un ans. Il avait commencé par être portefaix.

Prodicus de Cos , élève de Protagoràs, suivit les traces de son maître. Il compta au nombre de ses auditeurs Socrate, qui devait le réfuter, le poète Euripide, Théramène, Tun des trente tyrans, l'orateur Isocrate. Accusé de corrompre la jeunesse, il fut mis k mort par les Athéniens. C'est cependant k lui qu on doit la belle allégorie du jeune Hercnle entre les séductions de la Volupté et les austères conseils de la Vertu , heureuse image de la jeunesse qui ne peut parvenir k la gloire que si , résistant ani attraits du plaisir, elle marche d'un pas assuré dans le rude sentier du devoir.

Deuième époqie. -:- Les oratews atliqiies.

(450-324 avi J. C.)

Avant de parler des dix orateurs attiques quiprati(][uèrent l'éloquence judiciaire et l'éloquence politique, il faut dire quelques mots des homme» d'État qui exercèrent une grande influence par le talent de la parole. L'éloquence de Périclès était irrésistible ; suivant Aristophane^, elle ébranlait h Grèce et produisait kjs efiTets de la foudre :

UTTKRÀTURi: GIlEGQtC. 5S

Ici de Périclès La voix, Tardente voix^ de tous les cœurs maîtresse, Frappe , foudroie , agite , épouvante la Grèce *•

«Quand je l'ai terrassé, disait Torateur Thucydide, fils de Milésius, et que je le tiens sous moi, il prétend que je ne l'ai pas vaincu, et il le persuade k tout le monde. » La peste d'Athènes emporta ce grand homme , qui seul eût pu faire triompher ses concitoyens dans la guerre où il les avait engagés. ÀLGiBiADE, NiGiAS, ct après eux, deux des trente tyrans, Critias et Théramène, mêlèrent l'éloquence a l'administration des affaires publiques. L'historien Thucydide ne nous a pas donné le texte des discours de Périclès et d'Alcibiade, mais il est probable qu'il en a donné la substance ; et d'ailleurs son témoignage atteste le pouvoir de leur parole sur l'esprit du peuple athénien.

Les dix orateurs attiques sont Ântiphon, Àndocide, Lysias, Isocraie, îsée, Lycurgue, Hypéride, Dinarque , Èschine et Démosthène,

Antiphon, de Rhamnus en Attique , né 479 ans a^ant J. C, ouvrit à Athènes une école de rhétQrique et fut le maître de Thucydide. Pendant la guerre du Péloponnèse , il fut chargé plusieurs fois de commander des corps de troupes athéniennes. II fut le promoteur de la révolution qui établit a Athènes l'oligarchie des Quatre-Cents. Membre de ce gouvernement, envoyé ^ Sparte pour y négocier la paix , Antiphon ne réussit pas dans cette ambassade : accusé de trahison , il fut condamné k mort. Antiphon composait à prix d'argent des discours que les accusés prononçaient eux-mêmes. Il nous reste

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