Valgius, plus voisin que personne de Fimmortel Homère
3. « Furius conspue (conspuer, couvrir de salive) de blanclie neige les Alpes glacées. »
LITTÊEVATUIIE LATINE. 105
Tous ces poètes, quelle qu'ait été leur valeur, pâliraient sans doute k côté de Virgile ^ V Enéide est un de ces monuments impérissables qui ne lassent pas l'admiration. Cependant Virgile ne l'avait pas conduite au point de perfection qu'il voulait atteindre. Il est vrai que , pour l'intérêt de Faction et le dessin des caractères , Virgile est resté au-dessous d'Homère; mais la beauté continue du style, le cbarme des descriptions, la vérité des passions, l'intérêt des épisodes , placent encore au premier rang ce poème que son auteur voulait sincèrement dérober k la postérité. V Enéide renferme une Odyssée et une Iliade; l'Odyssée est en récit, l'Iliade est en action, et elle remplit les derniers chants du poème , qui paraissent inférieurs aux premiers ^.
Les Métamorphoses d'OviDE' appartiennent au genre héroïque -, elles se composent de deux cent quarante-six fables qui commencent au chaos et qui se terminent a la mort de César. L'auteur a su réunir ces fables disparates , qui n'ont de commun qu'un dénoûment analogue, par un lien léger et flexible , que d'ingénieux artifices prolongent avec bonheur et conduisent, k travers mille détours, jusqu'au terme de ces récits mêlés et distincts, dont la suite présente comme une galerie de tableaux dans un cadre unique. Ovide n'est pas le plus éminent, mais le plus facile de tous les génies poétiques, et, seul entre tous, il a cet honneur d'avoir improvisé pour la postérité. L'esprit , dont ilabuse,
1. Né à Andes, village près de Mantoue, le 15 octobre, 70 ans avant J. C. ; mort à Brindes, Tan 19 avant J. C, à Page de cinquante et an ans.
2. Parmi tous les ouvrages composés à l'occasion de l'Enéide , on doit placer au premier rang les Eludes sur Virgile, par M. Tissot. Ce livre de saine critique , plein de savoir, de nobles pensées, de rapproehements utiles, est une excellente lecture qui doit être recommandée à nos jeunes humanistes.
3. Né à Sulmone, 43 ans avant J. C. ; mort à Tomes, sur le Pont-Ëuxin , Tan 17 de J. C, âgé dednquaate-neuf ans.
a prévenu la perte de son génie qu'il dissipe. Dans sa prodigalité, qui ne l'épuisé pas, il disperse sa force; mais il conserve une vive lumière, et c'est par Ik qu'il échappe aux conséquences presque inévitables de l'improvisation poétique.
Genre lyrique. — La poésie lyrique , à part quel«
Sues essais de Catulle , est tout entière dans les odes 'Horace * 5 mais les odes d'Horace représentent sous toutes ses faces la poésie lyrique , depuis le dithyrambe jusqu'à la chauson. On ne louera jamais assez la flexibilité de ce talent si pur, si varié , si puissant, qui a touché toutes les cordes de la lyre. Quelle majesté et quelle grâce ! quelle force et quelle délicatesse! Tous les tons lui semblent naturels, soit qu'il nous introduise dans le conseil des dieux pour y recueillir des oracles qui annoncent la grandeur de Rome , ou que , dans le sénat romain , il mette sous nos yeux le dévouement de Régulus : s'il déplore la chute des croyances, on croit entendre un prêtre inspiré, et s'il célèbre les victoires d'un jeune héros, il suit avec Pindare l'essor de l'aigle dans les hautes régions de la poésie ^ il emprunte la voix des oracles pour menacer le perfide ravisseur d'Hélène; puis, quittant ces hauteurs, avec quelle grâce il réconcilie deux amants! quelle touchante sympathie, lorsqu'il console, par sa propre douleur, la douleur d'un ami ! quelle douce mélancolie , lorsqu'il voit fuir d'un vol rapide les années qui emportent nos plaisirs! Tantôt c'est Pindare ou Stésichore , tantôt Anacréon ou Sappho,
1. Horace, né à Yénuse, dans la Fouille, 65 ans avant J. C, mourut à Rome, Tan 8 avant J. G., à l'âge de ctnquante*«ept ans. On peut consulter sur Horace la savante biographie de M. Walc^ kenaer, Histoire de la vie et des poésies d'Horace ; et on doit lire dans les Mélanges de M. Patin plusieurs morceatix aux la littérature du siècle d'Auguste. M. H. Rigault a finement apprécié le génie lyrique d^Horace dans une étude qui précède la traduction en vers des odes par M. Aaquetil.
et toujours c'est Horace^ car il met partout son empreinte par îa vérité de ses émotions et par Toriginalité de son style , ce style dont Montaigne a dit excellemment : « Horace ne se contente point d'une superficielle expression , elle le trahirait : il veoit plus clair et plus oultre dans les choses *, son esprit crochette et furette tout le magasin des mots et des figures, pour se représenter-, et les luy faut oultre l'ordinaire , comme sa conception est oultre Tordi- Baire. »
Genre didactique. — Dans le genre didactique , nous retrouvons Virgile , avec ses Géorgiques\ et Ovide, qui, dans ses Fastes, a paré d'une poésie élégante une érudition solide. VArt d'aimer, le Remède d'amour, ou , comme on l'a traduit ingénieusement , l'Art de ne plus aimer, appartiennent, ainsi que VArt de conserver la beauté et un fragment sur la Pêche, au même genre. UÊpître aux Pisons ou VArt poétique d'Horace est un chef-d'œuvre de poésie didactique. On rapporte avec vraisemblance au siècle d'Auguste lepoëme de Manilius sur V Astronomie, quoiqu'il tienne, par l'obscurité et l'efi'ort continu, à la manière qui caractérise l'époque suivante. Manilius se montre véritablement poète dans quelques-uns de ses épisodes; il l'est surtout par le style, riche d'images et de métaphores. Nous possédons encore un poème sur Y Astronomie par Germanicus. On doute qu'il soit l'ouvrage du grand Germanicus, et il paraît appartenir a un temps de décadence.
Genre bucoliqie eu pastoral. — La poésie pastorale est représentée au siècle d'Auguste par les Bucoliques de Virgile. Ces admirables essais du prince des poètes latins atteignent déjà la perfection. Tous les genres de beauté s'y trouvent réunis,
1. Voyez, page 66 de la première partie àe ce volume, une appréciation du poëine de Virgile.
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depuis réiégante simplicité de la pastorale jusqu'k la majesté de l'épopée et rinspiration de Tode ' .
Genre élégiaque. — L'élégie a eu pour interprète Ovide , qui s'est fait , daus ses Hèrdldes , le secrétaire des amantes délaissées , et qui a exprimé ses propres douleurs et ses passions dans trois autres recueils d'élégies^ les Amours ^ les Tristes et les Êpitres écrites du Pont. Ovide avait été précédé par Cornélius Gallus, auquel Virgile a dédié sa dixième églogue, et qui composa plusieurs livres d'élégies dont il ne nous reste rien ] par Properce et Ti- BULLE , qui brillent au premier rang des poètes erotiques. Properce , né en Ombrie 52 ans avant J. C, peint avec énergie les transports de l'amour; son style pur a plus de fermeté que n'en comporte habituellement le genre qu'il a cultivé ; il emploie, souvent avec goût , une érudition mythologique qui multiplie dans ses vers d'ingénieux rapprochements. TibuUe est le symbole de la grâce et de la mollesse voluptueuse. Boileau a heureusement caractérisé l'aimable génie de ce poète :
Amour dictait les vers que soupirait Tibulle.
Genre satirique. — Horace reparaît encore, et ' toujours avec la même supériorité, comme représentant de la satire et comme inventeur de Yépître, dans laquelle il aborde familièrement la morale, la philosophie et l'histoire littéraire.
1. «Virgile, dit M. Tissot, a pris successirement , et avec le même bonheur, le ton de la pastorale, de Télégie, de la fable, de l'épopée, de Tode, de la comédie même. On lit dans Marroontel : « Il n'est pas de galerie si vaste qu'un peintre habile ne pût décorer avec une des églogues de Virgile. » Cette opinion d'un homme à qni Ton ne reprochera pas un excès d'admiration pour les anciens , est le plus bel éloge des Bucoliques. Elle suffirait pour mettre le poète latin hors de toute comparaison avec ses nombreux imitateurs. » — Cela est vrai , mais Virgile ne surpasse pas Théocrite son modèle. M. Rossignol a publié un important traYail «ur les églogues de Virgile. Heyne n'avait pas épuisé la matière.
Genre dramatique. — Le théâtre , sous Auguste ,
ne présente guère que les Mimes, petites comédies d'ordre secondaire dans lesquelles Labérius et Publius Syrus avaient rivalisé de talent a la fin de l'époque précédente. La comédie proprement dite vivait sur les pièces de Plante et de Térence : la tragédie était abandonnée . et il est probable que les pièces de ce genre composées à cette époque n'étaient pas destinées à la représentation. Aucune de ces tragédies ne nous est parvenue , et on regrette surtout la perle de la Médèe d'OviDE et du Thyeste de Varius.
Troisième époque. — Sièole de la décadence.
(14-139 ap. J. G.)
La poésie ne pouvait se soutenir longtemps a la hauteur où l'avait portée le siècle d'Auguste : aussi ne tarda-t-elle pas k dégénérer sous ses successeurs. Cette seconde époque n'est pas sans éclat. Elle offre encore , notamment dans la poésie héroïque et dans la satire, des noms glorieux.
Geare épique. — Un homme de génie, enlevé prématurément k la poésie, Annaeus Lugain\ victime de Néron , dont il avait été l'admirateur, aborda avec succès la poésie héroïque. La Pharsale n'est pas, k proprement parler, une épopée, mais un poème héroïque et philosophique remarquable par la force du style, l'élévation des pensées et la vigueur des caractères. Le stoïcisme, qui domine, nuit k la vérité des passions-, l'absence forcée du merveilleux laisse aux héros des proportions humaines , et la suite des événements , accomplis sur différents théâtres , ne constitue pas une véritable