‹ Cours de littérature, conforme au plan d'études des LycéesChapitre 89 sur 109 · Né Tan 42 de J. C, mort à vingt-neuf ans · texte numérisé non relu

Né Tan 42 de J. C, mort à vingt-neuf ans

unité. Malgré ces défauts, auxquels il faut ajouter Tenflure d'un style constammeut tendu, sonore plutôt qu'harmonieux, la Pharsale est encore une œuvre de haute poésie.

SiLics Italicus (25-100 de J. C), dont la patrie n'est pas bien connue , passa par toutes ]es dignités de l'empire , vécut dans l'opulence et mourut dans la retraite : possesseur des maisons de campagne de Cicéron et de Virgile , qu'il admirait et qu'il prit pour modèles, il ne lui manquait que leur génie. Dans sa jeunesse, il s'était distingué comme orateur, et, dans sa vieillesse, il essaya de devenir poète. Le sujet de son poëme , qui se compose de dix-sept chants, est la seconde guerre punique. Silius manque d'inspiration , mais il rencontre des traits heureux , et on remarque ses descriptions de batailles et quelques discours. Il a suivi ^ en maigre historien, l'ordre des temps, et il a ajusté aux événements un merveilleux sans intérêt ni vraisemblance.

Publius Papinius Statius fut , sous Domïlîen, le poêle favori des Romains. Il dépensait son esprit, et il en avait beaucoup, a composer une foule de pièces de circonstances, qui nous sont parvenues sous le nom de Silves; mais il s'exerça aussi dans la grande poésie. La TkébcMe, en douze chants, célèbre la guerre civile des fils d'CEdipe , et ne manque pas d'intérêt. L'exagération gâte ses inventions, qui ne sont pas sans hardiesse, et l'afiectatation , son style. Stace s'était mis sous le patronage de Virgile , qu'il désespérait d'égaler, modestie bien rare aux époques de décadence. On sait que son poème se termine ainsi :

Nec tu dÎTinam JËDeida tenta , Sed longe sequere , et vestigia semper adora ^

1. « N'essaye pas d'atteindre la divine Enéide; contente-toi de la suivre de loin et de baiser religieusement la trace de ses pas. »

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Stace mourut trop tôt pour achever son Àckiï- Uide , autre essai d'épopée : né k Naples l'an 61 de J. C.,il mourut en 96.

Valérius Flaccus fleurit sous Vespasien, et mourut jeune encore (88 de J. €.) à Padoue , où il était né , selon toute vraisemblance , et où il passa sa vie. Ce poète, dont le style et la versification sont remarquables, a \m\ié\es Argonautiques d'Apollonius de Rhodes. Il abonde en descriptions poétiques et en comparaisons ingénieuses ^ il a de l'énergie et de la couleur, mais l'affectation le conduit souvent à l'obscurité. La multiplicité des épisodes nuit à l'unité, et par conséquent a l'intérêt de son poème.

Genre satirique. — La satire , dans laquelle Horace avait porté la piquante délicatesse de son es-prit sensé et railleur, reçut de Perse et de Juvénal un nouveau caractère. Aulus Persius Flaccus, né a Volaterra l'an 34 de J. C, mort k Rome Tan 62, formé par les leçons du philosophe stoïcien Annseus Cornutus, prit sa mission de satirique de son ardent amour de la vertu et du dégoût que lui inspirait la corruption de ses contemporains, k laquelle, du reste , il ne fut jamais mêlé La timidité de son caractère et la faiblerse de sa santé l'éloignèrent du commence des hommes. Né dans l'opulence, élevé dans la vertu , il n'a pas celte amertume que l'envie donne aux misérables, ni , dans la poursuite du vice, cette impudence de langage qui rend le poète lui-même complice de la corruption qu'il flétrit. La corruption, pour Perse, est quelque chose d'abstrait: aussi l'attaquc-t-il en général, et non dans les individus. Il moralise en vers et avec indignation , voilk tout. Ses satires sont des sermons de stoïcien qui n'atteignent personne directement, et que d'ailleurs on peut fort bien ne pas comprendre. L'obscurité de Perse est proverbiale ^ elle désespé-

rait saint Jérôme , qui , par un assez mauvais jeu de mots , voulut le rendre clair en le brûlant. La méthode est trop expéditive , car si Perse est obscur, il est digne qu'on se donne la peine de le pénétrer. Son style plein d'images est d'un poète * .

Juvénàl (Décimus Junius), né 42 ans environ après J. C, passa sa jeunesse dans les écoles des rhéteurs, où il prit le goût de la déclamation. Il n'a rien de commun avec Perse , dont il fut le contemporain. De générale qu'elle était chez l'élève du stoïcien Cornutus, la satire devint personnelle dans Juvénal. L'indignation du poète s'attaque aux individus , et laisse soupçonner moins de haine contre le vice que de colère ou d'envie contre les corrom-

fms heureux. Juvénal conçoit la vertu et connaît e vice; Perse connaît le vice , connaît et pratique la vertu. Juvénal, malgré la véhémence dé ses invectives et le faste de ses protestations vertueuses , ou plutôt par cela même , n'inspire pas une grande confiance :

La vérité n'a point cet air impétueux. Boileau*

J'ajouterai que, s'il eût aimé sincèrement la vertu, il n'aurait pas souillé ses vers de tajit d'images obscènes. Un satirique ne devrait pas donner prise contre lui, même au soupçon. Quoi qu'il en soit, Juvénal, déclamateur éloquent, est un écrivaindistingué, vraiment poète. Ses seize satires, parmi lesquelles on distingue surtout la sixième, sur les Femmes, la huitième, sur la Noblesse, et la dixième, sur les Vœux, sont le monument le plusdurable de la poésie de cette époque ; il est vrai de dire avec Boileau :

Ses ouvrages, tout pleios d'affreuses vérités, Étincelient pourtant de sublimes beautés.

1. M. Théry a traduit Perse avec une concision énergique et souvent élégante. M. Desporfes a également réussi dans ce périlleux travail ; mais il commente quelquefois Poriginal pour arriver à la clarté.

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Juvénal moarat dans un âge avancé, k Syène, en Egypte 9 ou a Penlapolis, en Libye, où Adrien l'avait relégué comme chef d'une cohorte : honneur dérisoire et homicide qui expiait une allusion peutêtre involontaire.

On nomme encore , parmi les satiriques de cette époque , Pétrone, dont le Satyricon, roman licencieux mêlé de vers, contient un long morceau fort remarquable contre les mœurs des Romains, et SuLPiciA, dame romaine, qui a composé un poème de soixante et dix vers qui a été conservé.

Il faut ajouter k ces noms celui de Turnus, qui vivait sous le règne de Néron. Nous n'avons de ce poète qu'un seul vers et un hémistiche. Les trente vers contre les poètes flatteurs de Néron, que Wernsdorf * a mis sous son nom par une méprise étrange, récemment relevée, appartiennent k Balzac, et font partie d'une pièce plus étendue qui figure parmi les poésies latines de notre prosateur.

L'épigramme, dans le sens moderne, est de la satire en petite monnaie. Celles de Martial sont bien frappées, et les meilleures parmi celles qu'il a laissées circulent encore. Martial n'avait eu dans ce genre d'autre devancier que Catulle, et il a servi de modèle aux épigrammatistes français. Le recueil des Êpigrammes de Martial, formant quatorze livres, jette une vive lumière sur les mœurs de Rome sous les derniers Césars. Martial, né a Bilbilis, en Espagne (40 ans ap. J. C), passa k Rome la plus grande partie de sa vie, vivant de flatterie et de médisance : Domîtien le fit chevalier et tribun. Dans sa vieillesse, il retourna en Espagne, où il mourut âgé de plus de soixante ans.

Apologue ou fable. — Phèdre, qu'on croit affranchi d'Auguste , aurait vécu sous Tibère et composé

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