Ainsi Racine a dû dire en vers
Aux ofltjres des Romains ma mère ourrlt les yeux.
Transposez les deux termes de cette phrase , tous aurez une ligne de prose, quoique la mesure subsiste. Le puissant effet de l'inversion propre au langage poétique est facile à saisir dans les six derniers vers de cette strophe d'une ode de Malherbe :
La discorde aux crins de conlearres , Peste fatale aux potentats , 'i^ Ne finit ses tragiques œuTres
Qu'en la fin même des États.
D'elle naquit la frénésie De l'Europe contre l'Asie , Et d'elle prirent le flambeau Dont ils désolèrent leur terre, Les deux frères de qui la guerre Ne cessa point dans le tombeau.
l'usage des constructions propres aux vers, introduit dans la prose, donne un langage mixte qui choque le goût. Fénelon, dans son Télémaquey s'est bien gardé d'altérer par cette confusion le génie de notre langue : il a su être poète par les images, par les caractères, par l'élévation de la pensée; mais, n'écrivant pas en ▼ers, il a sacrifié judicieusement les tours qui appartiennent exclusivement à la versification.
2. Ces diverses espèces de vers se distinguent par le nombre de leurs syllabes. Elles n'ont pas de noms particuliers.
3. Le vers hexamètre français doit le nom é! alexandrin au succès du poëme à* Alexandre, composé en vers de douze syllabes, à la fin du douzième siècle, par Lambert li Tors et Alexandre de Bernay.
poBsis. 33
Outre la césure qui partage le vers alexandrin eu deux sections égales, il y a des césures mobiles, ou coupes, qui varient heureusenaent la forme du vers. Dans le genre noble, la césure est rigoureusement* soumise au précepte exprimé par Boileau :
Que toujours dans vos vers le sens, coupant les mots, Suspende rbémistiche, en marque le repos.
Mais dans les genres moins élevés, la suspension se fait k moins de frais, et il suffit souvent que la liaison des deux hémistiches ne soit pas nécessaire , et que la prononciation puisse indiquer un léger repos. Nosjeunespoëtesront souvent méprisée aux dépens du rhythme. La césure, soit mobile, soit constante, ne peut porter sur une syllabe muette sans détruire l'harmonie , car alors elle forcerait la voix à peser sur un son que la prononciation habituelle emporte rapidement. Tel est le principe de la règle qui proscrit Ve muet k la césure.
De l'accent temporel dans les vers français. —
C'est ici le lieu d'indiquer la part peu remarquée et toutefois importante de la quantité syllabique dans l'harmonie de nos vers ^.
V accent tonique est moins appréciable en français que dans les langues latine et grecque ; mais si la tonalité est presque uniforme , il est évident que la
1. Il faut toujours excepter les cas où la licence produirait une beauté supérieure^ comme dans ccTers deDelilIe :
L'aniTers ébranlé s'éponvante.... le diea....
2. En traitant cette question délicate, je crois être fidèle à des souvenirs que m'a laissés renseignement si profitable du savant M. Mablin, ancien maître des conférences à Técole normale; il n'a pas moins contribué que M. Boissonade à régénérer Tétude du grec en France. Ce savant modeste, qui s'est dérobé à la célébrité, se survit cependant par le rare mérite de quelques opuscules et l'inaltérable reconnaissance de ses élèves«