II. Littérature. b
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recherché et quelquefois obscur, il touche k la. déclamation lorsqu'il lui arrive d'être éloquent.
BoECE (460 après J. C. —526), philosophe chrétien, ministre de Théodoric, pendant la cap»tivité qui suivit la faveur dont il avait joui et qui précéda son supplice, écrivit le célèbre traité delà Cowsolation philosophique , . où la forme du dialogue n'exclut pas l'éloquence. Boëce puisait la consolation k ses véritables sources, dans le sentiment religieux et dans la résignation aux décrets de la Providence.
Poètes français.
Le berceau de la poésie française écrite ne remonte guère au delk du douzième siècle ; elle commence k bégayer dans la langue romane, encore imparfaite. Ces faibles commencements languissent dans le voisinage du latin , qui continue d'être la langue de l'Église et de la politique. Les trouvères, c est le nom des poètes de la langue d'oil * ou roman du nord , qui renfermait différents dialectes dont les progrès et la fusion ont formé la langue française, ne prennent une importance réelle que vers la fin du douzième siècle.
Époques de rhlstoire de la poésie française.
Avec le règne de Philippe^Auguste commence , sinon Téclat, au moins la fécondité de la poésie française. Le moyen âge a produit, dans des genres différents, une masse considérable d'ouvrages qui méritent de fixer l'attention. Cette première époque, qu'on peut appeler celle des trouvères, formera la première division de ce résumé. La poésie du moyen âge finit avec Charles d'Orléans, poète ingénieux et
i. Langue d'oïl, par opposition à la langue d'oc ou roman proTençal. OU et oc ont le sens de oui. Il est probable que oïl se prononçait ouil , qui a fornoé oui , par Tomission de la consonne finale. Oc se prononce 6 dans te roman provençal tel qu'il se parle encore aujourd'hui, étaient de Tadjectif hoc. Oui n'est pas, comme on Ta dit, le participe passé du verbe ouïr; il vient de o-i/ (langue à*oïl), qui parait formé, par une double syncope, de hoc-ihlud. Ainsi les deux adverbes affirmattfs qui servent à désigner les deux grands dialectes de notre langue romane ont une étymologie conrmune et le même sens.
délicat , qui semble encore de la famille des trouvères. La poésie moderne commence avec Villon , qui ouvre la seconde époque , fermée par Marot ; Ronsard et la pléiade remplissent la troisième, Malherbe donne son nom k la quatrième, Boileau inau- * gure et règle la cinquième, et la sixième a Voltaire pour représentant.
Ainsi, le moyen âge formera une première époque qui nous conduira jusque vers la fin du quinzième siècle. La première moitié du seizième inaugure la poésie moderne , dont Villon avait été le précurseur au siècle précédent ; la puissante tentative de Ronsard et de ses adhérents nous donnera une époque distincte , terminée par la réforme de Malherbe, qui commence une ère nouvelle. Le second législateur de notre poésie, Boileau, fixe a son tour une époque mémorable qui marque le point de perfectjf^n de la précédente , et qui donne upe impulsion nouvelle longtemps suivie avec ardeur, mais bien ralentie , lorsque Voltaire vient, en dernier lieu, imprimer à la poésie un mouvement fécond et puissant. Cette détermination des époques poétiques nous parait légitime, puisqu'en indiquant les phases les plus importantes du développement littéraire , elle en rapporte rhonneur aux promoteurs les plus actifs de ces diverses évolutions.
Nos études ne commençant qu'avec la langue française, nous laisserons de côtelés origines latines de notre littérature ^ on s^it que cette partie de notre histoire se trouve développée dans le vaste monument que les bénédictins ont commencé * , et que Tacadémie des inscriptions poursuit avec courage; elle est contenue aussi dans un livre excellent et plus abordable, celui de M. Ampère^.
'1. Histoire littéraire. Cette pablieation est arrivée au Tingt* deuxième volume.
* 2. Histoire littéraire de la France avant le douzième siècle.
LITTÉRATtRE FRANÇAISE. 149
Première époque. — Le moyen âge , les trouTères.
(1100-1454. — 12M5« siècle.)
L'histoire de la poésie en France au naoyen âge se trouve comprise dans le tableau général de la littérature 'de cette époque, tracé par M. Villemain * . C'est Ik qu'il faut en aller chercher le mouvement et la physionomie. De récentes publications, faites avec soia et discernement ^, ont mis sous nos yeux plusieurs monuments remarquables de cette époque autrefois trop dédaignée parce qu'elle était mal connue, aujourd'hui trop vantée, comme il arrive dans toutes les réactions. Nous n'avons pas la prétention d'indiquer ces richesses antiques; il nous suffira, en choisissant quelques noms, de mettre sur la voie et d'éveiller une ardeur qui pourra se satisfaire ailleurs.
Les compositions en vogue au moyen âge sont , dans le genre épique , de grands poèmes qu'on appelle chansons de gestes , et dont les sujets sont tirés , en général , des exploits de Charlemagne et des douze pairs; il faut y ajouter les romans de la Table Ronde et les poèmes sur Alexandre. Dans les genres inférieurs, les contes sérieux ou badins apparaissent sous le nom de lais et de fabliaux. L'apo-
1 . Tableau de la lUtérature au moyen âge , en France , en Italie et en Angleterre.
2. Parmi ces publications, il faut distinguer le Roman de Brut, publié par M. Le Roux de Lincy; Parthénopex de Blois, par M. Crapelet; le Roman de Rou ou Rollon^^hT M. Pluquet; Berte aux grans pies , Garin le Lokerain , le Romancero français , dus à M. Paulin Paris,, membre de l'Institut; Ogier le Danois ^ par M. Barrois ; les Œuvres de Rutebosuf, par Achille Jubinal , et les nombreuses exhumations de M. Francisque Michel , remarquables par le choix et par la correction des textes. On irouTera quelques détails sur cette époque dans notre Histoire de la Litté^ rature française (liv. I, p. i-i44).
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logne est remis en vogue par des recueils appelés Isopets, d'Ésope qui en a fourni les matériaux, aussi bien que ceux des fables agréablement yersifiées de Marie de France.
L'allégorie, qui devient, a la fin du treizième siècle et pendant les siècles qui suivent, la principale muse du moyen âge, enfante l'interminable Roman de la Rose, épopée et encyclopédie du treizième et du quatorzième siècle.
Le théâtre, qui succéda à la vogue des chansons de gestes et des romans chevaleresques , nous offre les Miracles , les Mystères , les Moralités , les Farces et les Soties.
Genre héroïque. — Entre les poètes du douzième et du treizième siècle , auteurs de récits historiques, on distingue , après Robert Wace , qui a composé les Romans de Brut et de Rou ou Rollon, et qai n'est qu'un chroniqueur en vers , car il n'invente pas, Chrestien DE Trotes , véritable trouvère , dont les poèmes font partie de ce qu'on appelle le cycle des chevaliers de la Table Ronde. La Table Ronde était un ordre de chevalerie institué par le roi Arthus pour la recherche du Saint Graal , vase sacré qui avait servi k la Cène et dans lequel Joseph d'Arimathie avait recueilli le sang de Jésus-Christ pendant sa passion. Ce cycle, où l'on remarque le Saint Graal, Tristan le Léonnois, Perceval le Gallois, Lancelot du Lac, embrasse toutes les aventures que M. Creuzé de Lesser a réunies, de nos jours, dans un poème ingénieux par lequel il aspirait a devenir l'Arioste de la Table Ronde. Charlemagne et ses douze pairs fournirent aux trouvères le sujet de chants héroïques qui entretenaient l'ardeur guerrière dans les esprits. La Chanson de Roland ou Poëme de Roncevaux est la plus célèbre de ces rapsodies héroïques qui se chantaient comme
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autrefois les poèmes d'Homère ^ elle a pour auteur Théroulde , en latin Turoldus , qui parait l'avoir composée dans la seconde moitié du onzième siècle^ . HuoN DE Villeneuve fut , pour cet autre cycle , ce
Îue Chrestien de Troyes avait été pour le précédent, 'est k lui qu'appartiennent Renaud de Montauban, les Quatre fils Ay mon fMaugis, DoondeMayence, etc. ÂDEMÈs ou Adam LE Roi (ce surnom lui vient de ce qu'il fut sans doute roi des ménestrels) n'a pas composé moins de deux cent mille vers , remarquables par la facilité et une certaine élégance de versification. Il est l'auteur de Berte aux grans pies et des Enfances d'Ogier le Danois. Toute la légende héroïque sur Ogier avait été recueillie et mise en vers de dix syllabes par Raimbert de Paris , chevalier et* trouvère tout ensemble , dont le style est d'une remarquable énergie. Parmi les poèmes qui se rapportent aux expéditions de Charlemagne , il faut encore citer la Chanson des Saxons, par JeanBodel d'Arras , poème écrit en vers alexandrins.
A côté des poèmes qui célèbrent Arlhus et Charlemagne , on rencontre d'autres épopées sur les exploits d'Alexandre^, qui, élevé par les âges précédents aux proportions d'un héros mythologique, prend au moyen âge le caractère chevaleresque. Le Poème d'Alexandre, récemment publié en Alle-
1. Le manuscrit d'Oxford, d'après lequel M. Francisque Michel a publié cette chanson célèbre, paraît antérieur au douzième siècle. On pense que le Théroulde qui se déclare l'auteur du poëme était le précepteur de Guillaume le Conquérant. On sait, par la chanson de Rou , que le jongleur Taillefer chanta à la bataille d'Hastings quelques strophes de ce poëme. M. Génin adonné une édition critique de la chanson de Roland : les amis de notre Tieille littérature attendaient avec impatience cette importante publication.
2. Notre vers héroïque tire son nom dn Poème d'Alexandre^ écrit en vers de douze syllabes. Ce mètre avait été employé antérienrement, mais le nom d'alexandrin date de la célébrité du Poëme d'Alexandre.
magne, est l'œavre de deux poètes contemporains de Philippe-Auguste , Lambert le Court , clerc de Chàteaudun , et Alexandbe de Bernay ou de Paris : ces deux trouvères , dont la versification est remarquable pour le temps où ils ont vécu , ont suivi dans leurs récils Quinie-Curce quelquefois, et plus souvent le faux Gallislhène qui a débité tant de fables sur le héros macédonien. Nos deux poètes ne manquent pas de donner k Alexandre, pour compagnons de ses exploits , douze pairs, comme h Charlemagne ; de plus , ils le font monter dans les airs sur un véhicule qu'emportent des griffons, et descendre au fond des mers et dans les entrailles de la terre.
. Les poèmes du cycle carlovingien , ou chansons de gestes, composés de vers de dix ou douze syllabes , sont partagés en stances de longueur inégale , sur une seule rime -, la stance finit lorsque la rime est épuisée. L'imperfection de la langue des trouvères est une des causes de Toubli où sont tombées en France ces productions originales dans lesquelles l'imagination des poètes se donnait carrière. Le succès du Roman de la Rose et la chute des mœurs chevaleresques les firent négliger dès le quatorzième siècle*, mais ils reparurent plus tard , et non sans éclat , dans des traductions en prose. La réaction gréco-latine de l'école de Ronsard les éclipsa de nouveau ; les romans pastoraux et héroïques des d'Urfé et des Scudéri les firent oublier, jusqu'à ce que , rajeunis au dix-huitième siècle par la plume élégante du comte de Tressan , ils charmèrent de nouveau l'imagination. Avant cette tardive réhabilitation , le cycle carlovingien avait fourni k l'Italie la matière d'un chef-d'œuvre, le Roland furieux de TArioste.
L'amour chevaleresque ne se produit que dans les romans de la Table Ronde. Il devient une sorte
de religion dans les Amadis, poèmes dont rorigine est douteuse , qui n'ont pas laissé de traces de leur naissance ou de leur passage en France au moyen âge , et que l'Espagne nous a transmis au seizième siècle, époque k laquelle la traduction d'Herberay des Essarts et l'ardeur chevaleresque de François P*^ leur donnèrent chez nous une vogue prodigieuse.
Poésie allégorique. — Le poème le plus populaire du moyen âge, le Roman de la Rose, est l'œuvre de deux générations, et se compose de deux parties distinctes : la première , qui appartient an treizième siècle, est de Guillaume de Lorris, con-* temporain de saint Louis : elle comprend quatre mille soixante-dix vers 5 c'est une allégorie galante d'une conquête amoureuse semée de détails agréa-* blés, de traits de sentiment et de descriptions souvent ingénieuses : la seconde partie , ou plutôt le second poëme , est due à Jean de Meung , dit Clopinel : beaucoup plus étendue que la précédente , elle s'en distingue par l'érudition et l'esprit satirique. Le héros de Jean de Meung est Faux-Semblant » symbole de l'hypocrisie et aïeul de Tartufe -, son sujet est le siècle tout entier, avec sa science , sa corruption , ses pratiques superstitieuses et ses préjugés * .
Genre satirique. — Les poèmes satiriques ne sont pas rares au moyen âge. Dans ce genre, on distingue la Bible Guiot, où se trouvent déjà les éter-
1. « Guillaume de Lorris, dit M. Ampère, est un poète chevaleresque pour le fond des sentiments , bien que déjà la forme soit allégorique. Jean de Meung est un pédant plein de verve, qui, dans le livre où son prédécesseur a placé d'élégantes et un pan mignardes personnifications des sentiments chevaleresques, jette à pleines mains Térudition, la satire, les idées hardies et les images grossières. » Histoire de la formation de la langm frari' çaise.
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nelles railleries contre les moiues rajeunies par Rabelais. Mais le plus curieux monument de Tesprit railleur est le Roman de Renart. Maître Renard partage la gloire de Cliarlemagne , d'Alexandre et d'Ârthus *, il est le centre d'une épopée non pas héroïque, mais badine 9 fort divertissante. Les tours de fripon que joue ce maître en fait de tromperies k son compère Isengrin, le Loup, et aux autres animaux, composent une curieuse légende qui a fourni le sujet de plusieurs poèmes. C'est là que commence cette république des animaux , image fidèle de la société humaine. Le cycle du Renard est le prélude des Fables de La Fontaine, de ce perpétuel symbole qui fait du règne animal la piquante et instructive image de l'humanité. Le premier Roman de Renard est Tœuvre collective de plusieurs trouvères, parmi lesquels on cite de préférence Pierre de Saînt-Cloud, auteur d'une des meilleures branches de cet ensemble poétique formé d'épisodes distincts, plutôt rapprochés pour se suivre que pour composer un tout. Il n'en est pas de même de Renart le nouvel, œuvre personnelle de Jacquemart Gelée, de Lille, composé dans une intention morale et satirique, sous les auspices de Philippe le Rel , également hostile au pouvoir temporel du clergé et à Tindépendance des seigneurs féodaux. Le style de ce poème est malheureusement diffus et prosaïque.
Les fabliaux, lais ou contes, forment une partie considérable de la richesse littéraire du moyen âge. Ils ont défrayé les conteurs les plus spirituels des âges suivants : Molière et La Fontaine en ont tiré parti. Au dix-huitième siècle, les plus intéressants ont été recueillis par Barbasan , et traduits un peu traîtreusement par Legrand d'Aussy. Le Décaméron de Boccacé est issu de nos fabhaux, comme le Roland furieux est sorti de nos poèmes chevaleresques. L'Italie nous a éclipsés en nous imitant.
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Poésie légère oa petits genres. — Au commencement du treizième siècle, oous trouvons, parmi les héros aventureux qui allèrent fonder l'empire latin de Constantinople , Quesnes de Béthune, dont le savant éditeur du Romancero français, M. P. Paris, a cité quelques pièces, les unes fort piquantes, les autres pleines d'élévation.
Entre les trouvères qui cultivèrent , au treizième siècle, la poésie légère, on distinguait Thibaut, comte de Champagne , qui a mis de la délicatesse ei de la grâce dans ses chansons d'amour, lliibaut est un trouvère de l'aristocratie. Parmi ses contem^ porains , un pauvre plébéien que son talent n'a pu arracher k la misère où le retenaient ses vices et son imprudence, Ruteboeuf, est également digue d'attention. Il a écrit sur des tons différents et sur des sujets divers. Outre quelques essais drama- ' tiques, tels que le Miracle de Théophile, il a composé nombre de complaintes où il déplore , tantôt sa triste destinée , tantôt la mort de quelque grand personnage -, des requêtes adressées à de riches seigneurs, requêtes souvent impuissantes, car alors, comme il le dit, « les plus riches étaient les plus chiches , » des lais ou fabliaux quelquefois licencieux, des poésies religieuses, des invectives contre la lâcheté et la corruption, et d'éloquentes réclamations en faveur du courageux champion de l'Uni* versité , Guillaume de Saint-Amour. La langue de Rutebœuf, habituellement rude, s'assouplit queU quefois, et fait, par intervalles, d'heureux efforts V^rs la noblesse.
Il faut signaler sur la limite du quatorzième et du quinzième siècle , outre Christine de Pisan et Alain Chartier , Eustache Deschamps , poète fécond et plein d'élévation, qui a appliqué à des sujets de haute morale et de politique nationale les rhythmes de la ballade et du rondeau-, et Olivier
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Basselin, joyeux campagnard du Yal de Vire, foulon de son métier, qui composait, sans renoncera son moulin, et pour le plaisir du voisinage, des chausons bachiques qu'on a recueillies et qui pétillent d'esprit et de franche gaieté. Quelques-uns de ces couplets ont été le moule de nos strophes lyriques les plus harmonieuses.
Au quinzième siècle, nous trouvons un successeur et un rival de Thibaut de Champagne dans Charles d'Orléans, fils de Valentine de Milan et de la victime de Jean Sans-Peur : fait prisonnier à la bataille d'Azincourt , il passa vingt-cinq ans en Angleterre , et il charma par la poésie les tristes loisirs de sa captivité. Ses vers offrent la dernière et la plus délicieuse fleur de l'esprit chevaleresque. Son génie se forme d'un mélange de délicatesse, de malice et d'enjouement, et son élégance prématurée est un reflet de l'Italie, à laquelle il tenait par sa naissance du côté maternel et par son éducation. L'esprit qu'il possède, dans le sens moderne du mot, lui est propre et le distingue entre ses contempo-
rams *
1. Les poésies de Charles d'Orléans, longtemps enfouies, ont été exhumées en 1734 par l'abbé Sallier (Toy. Mém, de VAcad. des inscripf., t. XTII); une édition incomplète et fort incorrecte a été donnée, en 1803, par Chalvet. Deux édifions complètes et conformes aux meilleurs manuscrits (sauf les accidents de lecture et de typographie) ont été données concurremment en 1842, Tune par M. Ghampollion , Fautre par M. Guichard. Quelques couplets de Charles d'Orléans donneront une idée de sa manière : en voici deux tirés de sa pièce sur le Printemps :
Les fourriers d'esté sont Tenus Pour appareiller son logis ; lis ont fait tendre ses tapis De fleurs et de perles tissas.
Le temps a laissé son mantean De rent, de froidure et de pluie, St s*est Testu de broderie , De soleil riant, cler et beau.
fienre dramatique. -^ Le théâtre commença sous Charles Y k prendre une existence régulière par le privilège accordé aux confrères de la Passion. Cette confrérie était composée d'artisans qui se délassaient de leurs travaux en représentant des scènes dramatiques de l'Ancien et du Nouveau Testament. Deux autres associations , les Enfants sans souci , recrutés parmi les étudiants et les fils de famille, mauvais sujets spirituels, et la Basoche, élite des clercs de jji'ocureurs et d'avocats , formaient deux troupes souvent distinctes, quelquefois réunies, qui jouaient des farces, des moralités et des soties, l'une sur des tréteaux publics, l'autre sur la table de marbre dans la grand salle du palais. Les mystères et les miracles, en se perfectionnant, auraient pu produire la tragédie ; la comédie était en germe dans les farces et dans les soties; mais, au seizième siècle , les rigueurs de l'autorité et le retour aux littératures de l'antiquité étouffèrent ces essais du théâtre national.
Les mystères et les ndiracles offraient h la multitude l'enseignement de l'histoire religieuse sous forme dramatique ; les farces étaient des nouvelles dialoguées, quelquefois piquantes, presque toujours licencieuses -, les moralités représentaient allégoriquement les vices et les vertus transformés en
{)ersonnages ; les soties mettaient en scène l'Église, 'État , la société tout entière , et rappelaient souvent, par leur audace, la comédie politique des anciens.
Les mystères, compositions d'une étendue telle que la représentation de quelques-uns employait plusieurs jours consécutifs, n'étaient pas aussi méprisables qu'on le suppose ; en cherchant bien , on y découvre quelques traits heureux. La farce a produit un chef-d'œuvre, Maitre Patelin, attribué, sans
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titre suflSsant, à P. Blatïchet*; quelques soties, entre autres YÂnden Monde et le Nouveau Monde, sont des tableaux satiriques finement esquissés'.
Deiziimo épo^ie. — La rtiaisMice, Yilloi, lant.
(1454-1548. — 16* «ièclc.)
La poésie de cette époque est tout entière dans Villon, précurseur de Marot ; dans Marot, qui perfectionne Villon, et dans Mellin de Saint-Gelais, qui continue Marot ' sans trop de désafStntage. Ce n'est pas que les versificateurs aient noanqué daas cette période ^ mais le dénombrement des versifica- , teurs appartient k l'érudition et non à Thistûire littéraire, qui ne doit recueillir que les choses et les noms dignes de mémoire.
Villon, né en 1430, contemporain de Louis XI, est un véritable enfant de Pans , sans souci , sans scrupule, sans famille, spirituel, goguenard, philosophe à sa manière, et parfois mélancolique. Villon fait époque, parce qu'il tranche avec la poésie sentimentale, alambiquée et pédante qui avait précédé. II relève de lui-même et de l'esprit français, qu'il reproduit dans des conditions vulgaires , mais avec