‹ Cours de littérature dramatiqueChapitre 2 sur 10 · FIN DE LA PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

FIN DE LA PREMIERE PARTIE

SECONDE l'ARTlE

THÉATliF.S ROMANTIQUES

TREIZIEME LEÇO>

Ilapprocbemcnt du thé&tro anglais et du théâtre espagnol. —Esprit du drame romantique. — Shakespeare, le siècle où il écrivait, et les circonstances ilc su vie. — Jusqu'à quel point l'observation du costume est ni^ccssnirc. — Shakespeare est le premier des peintres de caractère. — S'il est vrai qu'il ait manqué de naturel dans le pathétique? — Jeux de mots. — Shakespeare a-t-il quelquefois révolté le sentiment. — Pc l'ironie. — De l'alliage du comique et du tragique.— Le rolo du fou. — De la diction et do la versiûcation do Shakespeare (1).

Conformomcnt au plan que nous avons annoncé, nous devons examiner maintenant les tiiéAtros qui ont dû leur plus grand éclat au gdnie romantique,

(1) La leçon de M. Schlegcl sur Shakespeare a été divisée par le traducteur en deux leçonn, dont l'une contient les idées générales sar poète, et l'autre l'cxamcu de ses pièces.

c'est à dire le théâtre anglais et le théâtre espagnol. Nous avons déjà eu l'occasion de parler en passant de l'un et de l'autre, soit pour rendre nos idées claires par le contraste, soit à cause de l'influence qu'ils ont ensuite exercée sur les productions littéraires des autres pays. Les Anglais, ainsi que les Espagnols, sont très riches en ouvrages dramatiques; ils ont eu dans ce genre un grand nombre de poètes ingénieux et féconds, parmi lesquels ceux mêmes qui ne sont pas très renommés, montrent encore un rare talent pour donner de la vie à l'art, et une grande connaissance des effets de la scène.

L'histoire de ces deux théâtres n'a point de rap- "port avec celle des théâtres français et italien, car les Anglais et les Espagnols se sont développés à cet égard par leurs propres forces, sans recevoir aucune impulsion étrangère. Les tentatives qu'ils ont faites pour imiter les anciens et les Français, sont restées sans suite, ou n'ont eu lieu qu'à l'époque de la décadence de l'art théâtral. Les Anglais et les Espagnols sont tout à fait indépendants les uns des autres dans leur carrière dramatique. Les poètes espagnols ne soupçonnaient pas l'existence des poètes anglais, et quoiquQ les poètes anglais connussent parfaitement les nouvelles, et les romans espagnols, il ne paraît pas qu'à l'époque la plus ancienne et la plus brillante du théâtre, on eût en Angleterre aucune idée des auteurs dramatiques espagnols. Ce n'est que sous Charles II, qu'il parut pour la première fois une traduction de quelques pièces de Calderon.

COURS DE LITTÉILVTURE DRAMATIQUE. 12î>

Des communications si multipliées ont existé entre les hommes, de siècle en siècle et de nation à nation, et l'esprit humain est si paresseux pour inventer, que l'orip-inalité des travaux intellectuels <st toujours un phénomène très rare. Il est curieux (le voir comment un génie entreprenant, sans s'eraharrasser qu'on ait atteint ailleurs la perfection dans un genre quelconque, s'etforce d'être lui-même le cH'atéur du sien, pose les fondements d'un nouvel éditice sur un terrain à lui, et tire de ses propres moyens toutes les idées, comme tous les secours nécessaires. Nous partageons en quelque manière la joie du succès, quand nous voyons un homme partir du dénûment absolu de toute espèce de ressources ''Irangères, pour arriver à l'accomplissement d'un ' lief-d'œuvre. Cet intéressant objet de réflexion nous <'St offert par l'histoire du théâtre des Grecs. Les grossiers commencements de ce théâtre n'ont mémo jamais éio éciits, mais il est facile de comprendre, d'après la comparaison d'Eschyle et de Sophocle, ce qui a dû précéder le plus ancien de ces deux poètes. Les Grecs n'ont hérité ou emprunté leur art thr'âtral d'aucun autre peuple; cet art était chez eux original et national, et c'est pour cela qu'il a produit des elfets pleins de vie, si l'on peut s'exprimer ainsi. Cette ind<'pendance littéraire n'exista plus dès que les Grecs imitèrent les Grecs, c'est à dire lorsque les poètes d'Alexandrie, foruK's d'après les grands modèles, composèrent des drames, en savants et en critiques.

Les Romains, qui avaient emprunté des Grecs la forme et le ù>nd de leurs pièces de th('.'itre, no ton-

130 couKs DE lutérature dramatique.

tèrent jamais de s'affranchir de leurs maîtres, ni de révéler par leurs ouvrages dramatiques le genre d'esprit qui les animait ; aussi ne se sont-ils point illustrés dans cette carrière. Parmi les peuples de l'Europe moderne, il n'y en a que deux, les Anglais et les Espagnols (car le théâtre allemand n'existe encore qu'en espérance), qui aient un théâtre national et original, et dont la conception et l'exécution appartiennent en entier à leur propre génie.

Les critiques qui considèrent les anciens comme des modèles dont il n'est permis de s'écarter, ni dans la poésie, ni dans les beaux-arts, prétendent que les nations dont nous venons de parler, précisément parce qu'elles ne se sont pas conformées à ces modèles, ont introduit sur le théâtre des ouvrages irréguliers, qui peuvent briller par quelques traits heureux, mais dont l'ensemble informe et barbare doit toujours être rejeté. Cette opinion, dont nous avons déjà fait mention d'une manière générale dans le cours de cet écrit, va devenir actuellement l'objet de notre examen particulier.

Si une pareille assertion était juste, tout ce qui distingue les auteurs les plus parfaits de l'Angleterre et de l'Espagne, Shakespeare et Calderon, ne servirait seulement qu'à les placer au dessous des anciens; leurs ouvrages ne compteraient pour rien relativement à la théorie; leur seul avantage serait de manifester le goût particulier aux nations qui ne veulent point s'assujettir aux règles, et dont les poètes peuvent montrer leur originalité naturelle, pour ainsi dire en dépit de l'art. Cet avantage même deviendrait très douteux si l'on y réfléchissait avec

COUHS DE LITTÉRATURE Uil^MATIUl'E. 131

plus d'attention. Le génie poétique a besoin d'une circonscription quelconque, pour que, affranchi de la crainte de s'(^^^•^rer, il se meuve avec d'autant plus do liberté au dedans du cercle qui lui est tracé; l'invenlion du rbythnie dans les vers est une preuve que tous les peuples ont également senti cette nécessité. Le talent doit agir d'après des lois qui découlent de sa propre nature , sans cela sa véritable force se perdrait dans le vide.

Il n'est pas permis aux ouvrages de géni<; d'être informes, mais aussi cela n'est point à craindre. De tels ouvrages ne peuvent mériter ce reproche que si l'on considère, ainsi que le font la plupart des critiques qui s'en tiennent uniquement au pcdantisme des règles, la forme comme mécanique et non pas comme organique. La forme est mécanique quand elle est le résultat d'une cause extérieure, sans rapport avec l'essence de l'œuvre même, quand elle est pareille à la tigure qu'on donne à une matière molle, pour qu'elle la conserve en se durcissant. La forme organique, au contraire, est innée avec le sujet, elle passe pour ainsi dire du dedans au dehors, et n'atteint sa perfection que par le développement entier du germe dans lequel elle réside. Nous retrouvons de j)areilles formes dans la nature, partout ou les forces vivantes agissent, depuis la cristallisation des sels et des minéraux, jusqu'aux plantes et aux lleurs; ci depuis les j)lantes et les lleurs jusqu'à la tigure humaine. Dans l'empire des beaux-arts comme dans celui de la nature, qui est le plus sublime des artistes, toutes les véritables formes sont organiques, c'est a dire dotorminées par le sujet même de l'ou-

vrage; en un mot, la forme n'est rien que l'extérieur significatif, la physionomie expressive des choses, telle qu'elle existe lorsqu'elle n'a été altérée par aucune circonstance accidentelle, et lorsqu'elle manifeste ainsi l'essence intime de l'objet auquel elle appartient.

Il est évident que l'esprit impérissable de la poésie revêt une apparence diverse chaque fois qu'il reparaît dans la race humaine, et qu'à chaque époque, les mœurs et les idées des différents siècles lui constituent une existence nouvelle et particulière. Les formes de la poésie doivent changer avec la direction que prend l'imagination poétique des peuples, et quand on veut appliquer les noms des anciens genres et leurs anciennes lois aux compositions nouvelles , pour les juger d'après ces idées, on fait un usage mal conçu de l'autorité classique. Personne ne doit être soumis à un tribunal dont il n'est pas justiciable. Nous conviendrons volontiers que la plupart des ouvrages dramatiques des Anglais et des Espagnols ne peuvent être appelés, dans le sens des anciens, ni des tragédies ni des comédies : ce sont des pièces romantiques. Que le théâtre d'un peuple qui, par ses principes et ses habitudes, ne connaît ni ne veut connaître les modèles étrangers, ditfère de la manière la plus tranchante de celui des nations qui toutes suivent avec scrupule les pas du même guide, rien n'est plus facile à supposer, et le contraire seul serait extraordinaire. Mais lorsque les théâtres des Anglais et des Espagnols, de ces peuples contemporains, et néanmoins sans relations littéraires l'un avec l'autre, et dont les" institutions politiques et religieuses, de

môme que la nature [»hysi(|ue et morale, sont tout à fait dilïerentes, lorsque ces tlKÎâtres ont entre eux (les traits de ressemblance faciles à observer au travers des diversités qui les distinguent, l'homme le moins accoutumé à réfléchir doit nécessairement s'en étonner, et il ne pourra s'empêcher de croire que le même principe a développé le génie dramatique des deux nations.

Il nous semble qu'on n'a point encore tenté de comparer ensemble le théâtre anglais et le théâtre espagnol, en les mettant tous les deux en contraste avec la littérature dramatique imitée des anciens. Si des compatriotes, des contemporains et des admirateurs éclairés de Shakespeare et de Calderon pouvaient éfre évoqués, et qu'on fit connaître à chacun d'eux les ouvrages du poète qui lui serait étranger, ils auraient sans doute de la peine à les comprendre et à les goûter, s'ils partaient d'un point de vue national plut»')t qu'universel ; mais un critique médiateur entre eux parviendrait à les mettre d'accord, et peut-être ce critique devrait-il être un Allemand, parce que libre des préjugés nationaux de TAnglelerre et de l'Espagne, il se sent attiré vers l'un et l'autre de ces deux pays par une inclination naturelle, et que nulle jalousie ne l'empêche de reconnaître ce qui a jadis existé de grand dans ces nations étrangères.

La ressemblance du théâtre anglais avec le théâne espagnol ne consiste pas seulement dans l'indépendance hardie des unités de temps et de lieu, et dans le mélange du comique et du tragique. Ou pourrait ne voir là que des qualités négatives, et suppo-

134 COURS i)E LITTÉRATURE DRAMATIQUE.

ser simplement que c'est l'ignorance ou l'incapacité qui a fait négliger l'observation de certaines règles, si souvent confondues par les critiques avec la raison ; mais la ressemblance réelle des deux théâtres se retrouve dans la nature intime des fictions, et dans les rapports essentiels qui, commandant à l'art dramatique une forme tout à fait différente de celle des anciens, la rendent significative. Ce qui surtout est commun à l'un et à l'autre peuple, c'est l'esprit romantique qui domine dans leurs pièces de théâtre. Néanmoins , en admettant les restrictions nécessaires, on peut dire qu'il a seul régné en maître sur le théâtre espagnol depuis son origine jusqu'à sa décadence, au commencement du dix-huitième siècle, tandis que chez les Anglais il n'a véritablement animé que Shakespeare , le fondateur de leur théâtre et le plus grand de leurs poètes dramatiques.

A une époque plus moderne, le principe romantique a été altéré et quelquefois entièrement perdu, dans les pièces de théâtre anglaises, quoique la forme extérieure, résultat de ce principe, fût toujours restée la même. Le parallèle des différentes manières de sentir de deux peuples, l'un du Nord et l'autre du Midi , l'un doué d'une imagination prophétique, et l'autre d'une imagination brûlante, l'un recueilli en lui-même par une méditation sérieuse, l'autre entraîné au dehors par l'impétuosité des passions, ce parallèle, dis-je, prendra un caractère plus frappant lorsqu'on pourra comparer ensemble leurs deux plus grands poètes, Shakespeare et Calderon, et il trouvera dans la suite sa place naturelle.

COURS DE LITTÉRATCRR hRAMATrQLF. iZi

J'ai parld dans ma première leçon de l'origine et (le la nature de la poésie romantique, et je ne ferai (\ue rappeler ici ce que j'en ai dit ailleurs. L'art et la poésie anti(|ues n'admettent jamais le mélanjre des jjenres hétérop:énes; l'esprit romantique, au contraire, se plaît dans un rapprochement continuel des c"hoses les plus opposées. La nature et l'art, la poésie et la prose, le sérieux et la plaisanterie, le souvenir et le pressentiment, les idées abstraites et les sensations vives, ce qui est divin et ce qui est terrestre, la vie et la mort se réunissent et se confondent de la manière la plus intime dans le genre romantique. Les anciens législateurs transmettaient dans des rhythmes mesurés la doctrine et les préceptes qui devaient régler la vie humaine, et c'est ainsi qu'Orphée, le premier de ceux qui civilisèrent la race humaine, acquit sa fabuleuse renommée. L'art et la poésie antiques peuvent être considérés, pour ainsi dire, comme des lois rhythmiques, comme la révélation harmonieuse et régulière de la légiélation sage et bien ordonnée d'un monde idéal. La poésie romantique, au contraire, est l'expression d'une force mystérieuse, tendant toujours vers une création nouvelle, et faisant sortir comme un monde merveilleux du sein du chaos.

L'inspiration des anciens était simple, claire et semblable à la nature, dans ses œuvres les plus parfaites. Le génie romanticpie , dans son désordre même, est cependant plus près du secret de l'univers, car l'intelligence ne peut jamais saisir qu'une partie delà vérité, tandis que le sentiment, embrassant tout, pénétre seul le mystère de la nature.

On peut comparer la tragédie antique au groupe dans la sculpture ; les figures répondent aux caractères dramatiques, le groupe h l'action, et c'est vers ces objets seulement que l'attention est dirigée, dans l'un et l'autre de ces deux arts. On doit considérer, au contraire, le drame romantique comme un grand tableau, où sont représentés, non seulement des figures dans des attitudes variées et formant des groupes divers, mais encore les objets qui environnent les personnages, et même les échappées de vue lointaine, où l'ensemble paraît enveloppé d'un clairobscur magique qui en détermine l'etfet.

Un pareil tableau ne sera point aussi clairement circonscrit qu'un groupe de sculpture, car c'est, en quelque sorte, un fragment de la perspective de l'univers ; mais le peintre doit cependant encadrer assez nettement les objets qu'il veut faire ressortir et concentrer la lumière avec assez d'art, pour que l'œil du spectateur ne s'égare point hors du tableau et n'y désire rien de plus.

La peinture ne peut pas rivaliser avec la sculpture dans la représentation des formes, car la peinture ne peut rien imiter que par les illusions de la perspective, et en partant d'un seul point de vue; mais au moyen des couleurs elle donne plus de vie à l'imitation, et elle caractérise les mouvements de 1 ame par l'expression de la physionomie, jusque dans leurs nuances les plus délicates. Elle peut aussi par le regard, que la sculpture ne saurait jamais indiquer qu'imparfaitement, faire lire plus profondément dans le cœur et révéler jusqu'à ses plus légères émotions. Le charme particulier à la peinture, c'est de montrer

COURS DR LinftRATlIRR nUAMATIOfF. iM

dans les objets corporels, cv qu'il y a de moins corporel au monde, l'air et la lumière.

Des beautés du même genre appariiennent au drame romantique ; on n'y sépare pas avec riL'ueur, comme dans l'ancienne tragédie, les divers éléments de la vie ; on y présente, au contraire, le spectacle varié de tout ce qu'elle rassemble. Tandis que le poêle a l'air de ne nous olfrir qu'une réunion accidentelle, il satisfait les désirs inaperçus de l'imagination, et nous plonge dans une disposition contemplalive par le sentiment de cette liarmonie nnîrveilleuse (|ui résulte, poui* son imitation comme pour la vio elle-même, d un mélange, en apparence bizarre, mais auquel s'attache un sens profond. Il {»réto ainsi, pour ainsi dire, une :ime aux dilfeients aspects de la nature.

Les changements d(î temps et de lieu dans un di ime , en suppof^a^t cju'on leur ait donne? de l'inllueiice sur l'âme des personnages, et ([u'on ait fait servir à la perspective theûtrale les nouveaux aperçus qu'ils présentent; le contraste de la plaisanterie et du sérieu.x, en supposant qu'on ait su rattacher l'une a l'autre par de secrets liens; entin ce mélang^e du genre dramatique et du genre lyrique qui permet a l'auteur de montrer à son gré ses héros sous un jour plus ou moins poéti(jue; tous ces traits (jiu caractérisent lo drame romantique, loin d'être à mon avis des défauts, sont de véritables beautés. A tous ces égards, et même à beaucoup d'autres, les ouvrages anglais et espagnols vraiment romantiques sont parfaitement semblables, quelles ([ue soient d'ailleurs leurs ditférencos.

i^8 COURS DR LITTÉRATURE DRAMATIQUE.

Nous parlerons d'abord du théâtre anglais, parce qu'il est arrivé plus tôt à sa maturité que le théâtre espagnol; dans l'examen de l'un et de l'autre, nous nous occuperons particulièrement de Shakespeare et de Calderon, mais ces deux poètes seront placés dans un ordre opposé relativement à l'histoire littéraire de leur pays. Shakespeare a précédé presque tous les auteurs dramatiques anglais, et ceux qu'on peut encore remarquer avant lui ou à la même époque, seront très facilement embrassés dans un aperçu général. Calderon, au contraire, a eu beaucoup de prédécesseurs, et c'est lui qui, le premier, a atteint le plus haut point de perfectionnement de l'art dramatique, dont la décadence commence immédiatement après lui.

En voulant parler aussi brièvement que la nature de mon plan l'exige, d'une poète à l'étude duquel j'ai consacré plusieurs années de ma vie, je me trouve à quelques égards dans l'embarras, je no sais par où commencer, et je ne finirais pas si je voulais dire tout ce que ses ouvrages m'ont inspiré de sentiments et de pensées. L'intimité parfaite permet difficilement de se mettre à la place des autres lorsqu'on veut les occuper de son ami; et peut-être en est-il de même quand il s'agit d'un poète aux brillantes qualités duquel on est trop accoutumé; mais si l'on ne peut juger de l'effet qu'elles doivent produire au premier moment, on doit, en revanche, être en état de rendre un compte exact de sa manière d'agir, de ses intentions secrètes, et de la direction de tous ses efforts.

Shakespeare est l'orgueil de sa nation. Un poète moderne l'ajustement nommé le génie des Iles Bri-

rOLRS m: LITTKUATLKE DHAMATIQLE. fÔH

tanniqucs. 11 dtait le favori de ses contemporains; mais pendant le fanatisme ymritain, qui bannit les beaux-arts de l'Angleterre, environ une génération après lui, et sous le règne de Charles II, ses pièces ne parurent point sur le théAtre, ou n'y parurent que défigurées. Au commencement du dix-huitieme siècle, sa gloire brilla de nouveau comme ressuscitée du sein de l'oubli ; elle a toujours été en augmentant depuis cette époque, et je prédis, avec confiance, qu'elle ne cessera point de s'accroître avec les siècles. On peut compter comme un titre de plus eu laveur de Shakespeare, l'enthousiasme avec lc({uel il a été senti en Allemagne, depuis que ses ouvrages y sont connus. Peut-être que la difficulté de la langue et l'impossibilitc' d'une traduction fidèle s'opposent à ce ({ue le midi de l'Kurope rende Jamais justice à ce poète. Kn Angleterre, les grands acteurs rivalisent à qui rendra le mieux les rôles de ses pièces ; les imprimeurs ne cessent d'en faire des éditions magnifiques, et les peintres y puisent des sujets pour leuis tableaux. Shakespeare a obtenu, ainsi que le Dante, l'honneur dangereux, mais in('vitable, d'être commenté comme un auteur classi((ue de ranti(iuité. On a étudié avec soin les plus anciennes éditions de ses œuvres, et là où le texte était altéré, on a tenté dilï'érentes manières de le rétablir. Il y a toute une littérature oubliée qui n'a d'autre objet que de servir à l'explication des allusions et des expressions dont Shakespeare s'est servi. Les interprètes se sont même succédé en si grand nombre, que leurs observations, leurs disputes et leurs justifications composeraient une bibliothèque assez considérable.

140 COURS DE LITTÉKATCRE UHAMATIQUE.

Ces travaux sont clignes de louange, surtout quand ils ont pour objet des recherches historiques, soit sur les sources dans lesquelles Shakespeare a puisé les sujets de ses pièces, soit sur l'ordonnance théâtrale au temps où il vivait; mais déjà sous le rapport de la critique du langage je pourrais souvent n'être pas d'accord avec les commentateurs, et je me sépare entièrement d'eux quand ils entreprennent déjuger un tel écrivain comme poète et de le censurer sous ce rapport. Je ne trouve presque jamais dans ces critiques des idées justes ou du moins des idées approfondies, et ils se rendent bien imparfaitement les organes de ce respect, voisin du culte , que ce grand génie inspire à la plupart des Anglais. Il faut que plusieurs personnes soient de cet avis en Angleterre puisqu'un poète satirique a comparé Shakespeare au milieu de ses commentateurs à Actéon, déchiré par ses propres chiens, et, pour continuer la parodie d'Ovide , a désigné l'une des femmes qui avaient écrit sur ce sujet, par le nom de la glapissante Lyciska.

Nous écarterons d'abord, s'il est possible, quelques opinions fausses, afin de faire place à notre hommage et de nous y livrer ensuite plus librement. Si l'on en juge d'après tous les suffrages qui ont retenti .jusqu'à nous, les contemporains de Shakespeare savaient très bien quel homme ils possédaient en lui ; ils le sentaient et le comprenaient mieux que la plupart de ceux qui ont voulu le juger depuis. Un de ces éloges en vers, dont on avait coutume alors d'accompagner la publication d'un ouvrage littéraire, est d'un anonyme, mais il contient ce qu'on

COUBS DE LlTlEaATLRE DIUMAIlUtE. 141

peut dire de plus frappant et de plus beau sur .Shakespeare. IScaiiiiioiiis, on a d(.' bonne heure essayé (le faire passer ce poète pour un génie grossier qui avait rassemble au hasard des fictions incohérentes. Ben Johnson, son contemporain et son rival, qui tâchait, à la sueur de son front, de rendre le théâtre anglais non pas romantique mais classique, pensait (|u'il n'avait ])oint assez corrig<î ses ouvrages, et que ne possédant pas de connaissances assez profondes, il était plus redevable à la nature qu'à l'art. Milton, dont la grande érudition va quehjuefois jus<{u'à la pédanterie, parle sur le même ton lorsqu'il dit: ~ notre aimable Shakespeare, l'enfant de l'imagina- «* tion, murmure ses chants, qui ont pris naissance * dans la solitude des forêts sauvages. »»^ Mais il s'est fait honneur en reconnaissant la grâce et l'aménité de Shakespeare, celles de toutes ses qualités qui était la moins généralement sentie. Les nouveaux éditeurs qui, dans leur préface, font des thèmes de rhétorique en l'honneur du poète, portent leur censure encore beaucoup plus loin que Milton ; non seulement ils conviennent de l'irrégularité de ses pièces, d'après des [)rincipes qui n'y sont point applicables, mais ils l'accusent d'emphase, ils trouvent ses plaisani(iries indécentes et sa manière d'écrire souvent ampoulée, recherchée, contraire à la grammaire, l'ope allirme qu'il a mieux et plus mal écrit «luo personne. 11 voulait faire passer les scènes et les passages (pii ne plaisaient pas à son goût rétréci, j)our des additions imaginées par les acteurs, et si l'on en avait cru ses conseils, il nous aurait transmis un Shalvespeare honteusement mutilé.

On ne doit pas s'étonner si les étrangers, les Allemands des derniers temps exceptés, ont dans leur ignorance exagéré de tels jugements. Ils ont considéré les pièces de Shakespeare comme les productions d'un cerveau brûlé, mises au jour dans un siècle de barbarie. Voltaire porte cette injustice à son comble, lorsqu'il ose dire à'Hamlet, de ce chefd'œuvre réfléchi d'un poète philosophe, qu'on pourrait prendre l'auteur de cette pièce pour un sauvage dans un état d'ivresse. Les étrangers et particulièrement les Français, qui parlent des temps passés et surtout du moyen âge, comme si l'on n'avait cessé d'être anthropophage en Europe que depuis le règne de Louis XIV, peuvent à leur gré traiter de barbare le siècle où vivait Shakespeare, mais que les Anglais permettent qu'on calomnie cette glorieuse époque qui a été le fondement de leur grandeur actuelle, c'est ce que je ne puis concevoir.

Shakespeare florissait dans la dernière moitié du règne d'Elisabeth et dans le commencement de celui de Jacques P"*. L'un et l'autre de ces souverains étaient éclairés et honoraient particulièrement les lettres. La politique de l'Europe moderne, qui établit des communications continuelles entre les différents Etats, régnait déjà depuis un siècle. Aussitôt qu'Elisabeth monta sur le trône, la cause du protestantisme fut gagnée en Angleterre; ainsi l'on ne peut pas même accuser les Anglais d'être restés attachés par ignorance à l'ancienne foi de leurs pères. Le zèle pour l'étude des anciens était si généralement répandu, que la reine elle-m.ême, ainsi que plusieurs femmes de la cour, possédait les langues grecque et

COURS DE LlTTÉRAlLRt URAMAIIQLE. 145

latine, et qu'elle s'exprimait dans ce dernier idiome avec la plus f^rande facilité. On chercherait vainement aujourd'hui des connaissances semblables dans les cours de l'Europe. Le commerce que les Anglais portaient déjà dans les quatre parties du monde, les avait familiarisés avec les coutumes et les productions des autres nations, et ils faisaient même alors un accueil plus hospitalier qu'aujourd'hui aux usages étrangers. L'Italie possédait déjà presque tous les chefs-d'œuvre littéraires qui l'ont illustrée, et ils étaient traduits avec succès en vers anglais. Les Anglais avaient même quelque connaissance de la littérature espagnole. Ou peut prouver que Don Quichotte fut connu en Angleterre peu de temps après qu'il eut paru. Bacon, le fondateur de la physique expérimentale, cet homme pour lequel toute la philosophie dont le dix-huitième siècle s'enorgueillit n'eût été qu'un jeu, était le contemporain de Shakespeare. Il ne fut, il est vrai, célèbre par ses écrits qu'après la mort de ce poète, mais que d'idées profondes ne devait-il pas y avoir en circulation dans un temps ou un [»areil penseur a pu s'élever!... Sans doute, plusieurs branches des connaissances humaines ont été portées plus loin depuis cette époque, mais ce sont précisément celles dont la poésie ne peut tirer aucun jiarti ; car que ferait-elle de la chimie, de la mécanique, de l'éconoini»» politique et rurale^

Dans un autre de mes écrits, j'ai tâché de faire connaître ce que sont ces lumières si vantées de nos jours, et dont on se prévaut pour mépriser les siècles passés; il me semble que j'ai montré combien les

H4 COUUS 1>E LITTÉRATURE DRAMATIQUE.

esprits sont maintenant à beaucoup d'égards superliciels, étroits et sans consistance. L'orj^ueil avec lequel on se llattait d'avoir affranchi la raison de l'homme a dû s'évanouir, et l'édifice que ces pédagogues de la race humaine se flattaient d'avoir élevé, est tombé comme un château de cartes.

Quant à ce qui concerne le bon ton de la société, il faut distinguer la vraie culture de l'esprit du raffinement social. Ce raffinement qui détruit à la longue toute espèce d'originalité, et réduit tout à la fade monotonie de certaines formes, n'existait point du temps de Shakespeare, et l'on en trouve même peu de traces dans l'Angleterre de nos jours. La plénitude de la vie, l'énergie des facultés se manifestaient hardiment, et quelquefois même impétueusement en toutes choses. L'esprit chevaleresque n'était point encore éteint. La reine Elisabeth réclamait encore plus les hommages pour son sexe que pour son rang; et par sa fermeté, sa sagesse et son génie, elle inspirait les grandes actions et remplissait les âmes de l'amour de la gloire. Les restes de l'indépendance féodcde existaient encore, la noblesse conservait sa magnificence extérieure, partout elle marchait accompagnée d'une suite nombreuse, et chaque seigneur était entouré d'une petite cour. En général, la ditférence des rangs était fortement prononcée, et c'est ce que doit souhaiter un poète dramatique.

On aimait dans la conversation ces reparties promptes et inattendues, par lesquelles une idée spirituelle est renvoyée comme une balle qui passe de main en main jusqu'à ce qu'on soit fatigué du jeu. Ce genre d'esprit et les jeiix de mots (auxquels le roi

COURS UE LmÉUATLKE UHAMAllQLE. HB

Jacques lui-même prenait tant de plaisir qu'on ne doit pas s'étonner que la mode en fût devenue péuérale), peuvent être considérés comme un faux genre de goût, mais prétendre qu'un tel genre est un signe de grossièreté et de barbarie, ce serait la môme chose que de conclure du luxe exagéré d'un peuple qu'il doit être pauvre. On retrouve souvent dans Shakespeare du bel esprit, tel que je viens de le désigner, mais on voit clairement que le but du poète est de peindre ainsi le véritable ton de la société de son temps. Il ne s'ensuit pas qu'il ait lui-même approuvé cette manière d'être : il semble, au contraire, disposé à s'en moquer. Ilaudel dit à Iloratio :

- Vraiment je l'ai observé depuis trois années, le

- siècle est devenu si avisé, que le paysan commence

- à imiter l'homme de cour, n Et Lorenzo, dans le Murcliand de Venise dit : « 0 sainte raison, que de ~ paroles vaines! Les fous se sont imprimés dans la •* mémoire une armée de calembours, et je connais « beaucoup d'insensés du même genre, qui pour un •« jeu de mots subtil abandonneraient le bon sens, n Shakespeare, dans mille passages dilî'érents, fait voir qu'il attache une grande importance au véritable bon Ion du monde; il sait remaniuer tout ce qui s'en écarte, soit comme vulgaire, soit comme affecté ; non seulement, il donne des préceptes excellents à cet égard, mais il jtrésente des modèles à imiter avec toutes les diirérentes nuances qui tiennent à l'état, à l'âge, au sexe.

D'où serait-il donc possible d'inférer que dans le temps où vivait Shakespeare les mœurs étiiient grossières^ De ce que ce poète se permet quelquefois des

i46 COURS DE LITTÉRATURE DRAMATIQUE.

plaisanteries peu décentes? Si cette preuve était admise, il faudrait donc considérer les siècles de Pcriclès et d'Auguste comme barbares, parce que Aristophane et Horace, tous les deux des modèles d'une élégante urbanité, ont souvent blessé la pudeur dans leurs écrits. Il est vrai que Shakespeare nous transporte quelquefois dans une société très peu délicate, qu'il fait dire en présence des femmes des paroles à double sens, et que c'est même quelquefois aux femmes elles-mêmes qu'il les attribue. C'était un genre de hardiesse vraisemblablement permis de son temps. Je ne crois point qu'il eût pour but de plaire à la multitude par cette licence, car dans plusieurs de ses pièces on n'en aperçoit pas la trace, et jamais on n'a traité les caractères de femme avec plus de délicatesse qu'il ne l'a souvent fait. Quand on lit les poètes dramatiques contemporains de Shakespeare et même plus modernes que lui, on le trouve en comparaison d'eux chaste et timoré. On ne doit pas non plus perdre de vue la manière dont le théâtre était alors dirigé ; les rôles de femmes n'étaient point joués par des femmes, mais par de jeunes garçons. Les femmes n'allaient au spectacle que masquées; sous ce déguisement de carnaval, on osait plus facilement leur faire entendre ce qu'on n'aurait pu leur dire ailleurs. On fait bien de prendre soin de la décence dans tout ce qui se passe en public, et particulièrement sur la scène. Mais on peut aller loin en ce genre, et une censure inquiète qui voit un péché dans chaque plaisanterie un peu hasardée, est un signe très douteux de la pureté des mœurs. Souvent une imagination corrompue se cache sous cet appa-

rence de pruderie. A force de s'interdire tout ce qui tient aux relations des deux sexes, on pourrait gêner beaucoup l'élan du po(He dramatique, et mettre un grand obstacle à la hardiesse de ses compositions. De tels scrupules nous priveraient entièrement des plus heureuses intrigues de quelques pièces de Shakespeare, telles que Mesure pour mesure et Tout est bien qui finit bien ; il faudrait déclaier ces pièces inadmissibles, malgré les ménagements avec lesquels le sujet en est traité.

Quand il ne nous resterait d'autre monument du siècle d'Elisabeth que les œuvres de Shakespeare, ces œuvres suffiraient pour donner, ce me semble, l'idée la plus avantageuse de la culture sociale à cette époque. Ceux qui voient tellement les objets à travers le verre de leurs préjugés, qu'ils ne trouvent dans ces œuvres que de la barbarie et de la grossièreté, ne peuvent du moins nier ce que l'histoire nous a transmis du règne d'Eli.=;aheth, et ils en sont réduits à prétendre que Shakespeare ne participait nullement aux mœurs élégantes de cette époque; que né dans un état obscur, sans éducation, sans instruction, étranger à la bonne société, il travaillait comme un mercenaire pour un public composé de populace, sans songer le moins du monde à la renommée ni à la postérité.

11 n'y a pas un mot de vrai dans ces accusations, bien (ju'elles aient été répétées mille fois. Nous connaissons, ;Vii (.onvlciis, [eu de ci^coll^lances de la vie de Shakespeare, et la plupart consistent en anecdotes suspectes, de l'espèce de celles que les aubergistes racontent aux voyageurs curieux de connaître

148 (,nuRs nE littérature dramatique.

tout ce qui concerne un homme célèbre. On a recueilli nouvellement des renseignements certains sur ce poète dramatique, et entre autres on a retrouvé un testament de lui, qui jette du jour sur ses relations de famille. Il me semble que les commentateurs de Shakespeare ont manqué de discernement en négligeant de se servir de ses sonnets pour découvrir quelques particularités de sa vie. Ces pièces de vers mettent, pour ainsi dire, sous nos yeux la situation et la disposition du poète, elles nous font connaître les passions qui l'agitent, et contiennent des aveux remarquables sur les erreurs de sa jeunesse.

Le père de Shakespeare était un propriétaire, dont les ancêtres avaient occupé dans le comté de Strafford des emplois de magistrature, et auquel on donne le titre de gentilhomme dans un diplôme du gouvernement, qui renouvelle ou confirme les armes de sa famille. Notre poète était l'aîné de plusieurs frères et sœurs, et sans doute il n'avait encore pu recevoir aucune éducation classique, lorsqu'à l'âge de dix-huit ans il se maria, probablement par des considérations purement domestiques. Il ne resta que peu d'années dans le cercle étroit de cette existence obscure, et s'en alla vivre à Londres, soit qu'il y fût forcé par ses fautes, soit que l'ennui de son intérieur le fît partir. L'état de comédien qu'il embrassa lui parut avilissant; mais c'était principalement parce qu'il suivait l'exemple de ses camarades, et menait comme eux une vie désordonnée. Il est vraisemblable que c'est lui qui a surtout contribué, par la renommée de ses poésies, à ennoblir le théâtre et à relever l'état d'ac-

COURS DE l.lTTf:i{ATlUr. liltA.MAllUL'E. 14''

teur. Deux poAmes do sa jeunesse, Lucrctia et Adonis, prouvent qu'il s'ellbrra de très bonne lieure do briller comme poète hors de la carrière dramatique. Il réussit dans la suite à obtenir la place de co-propriétaire et de directeur du spectacle pour lequel il travaillait. Il est assez probable qu'il fut en relation avec les grands seigneurs de son temps. On sait qu'il a trouv<'',(înlre autres, dans le comte de Soutliampton, l'ami du mallieureux Kssex, un bienfaiteur très libéral et qui lui était tendrement attaché. Non seulement ses pièces de théâtre ont été très applaudies par le peuple anglais, mais elles ont particulièn-nient réussi à la cour, et si l'on en croit le témoignage d'un contemporain, elles excitèrent l'admiration des deux m<iiiari[Uiïs sous lesqucds il a vécu. Elles furent représentées dans le palais, et il parait même (ju'Klisabcth lui demanda d'en composer une ou deux à l'occasion d'une f(Hc. On sait que le roi Jacques I*"" honora Shakcs[)eare d'un écrit de sa propre main. Tout cela ne s'accorde point avec le mépris qu'on voudrait jeter sur l'obscurité d'une existence vulgaire. Shakespeare gagna comme poète, comme acteur et comme directeur de spectacle, une fortune considérable dont il jouit pendant les dernières années de sa trop courte vie, en passant ses jours en paix dans le lieu de sa naissance, avec une tille chérie. .\ sa mort, on lui érigea un tombeau qu'on pourrait api>eler magnitiqiie l)our le temps où il a été construit.

Il serait bien extraordinaire (ju'avoc dos succès si éclatants, et vn recueillant de ses contemporains des marqucis si tlatteuses de considération et d'estime, Shakespeare, quelle (jue fût la modestie de sa grande

Page 1