‹ Cours de littérature dramatiqueChapitre 14 sur 76 · DANS LE ROMAN · texte numérisé non relu

DANS LE ROMAN

quand les images riantes, les scènes heureuses se prolongent trop, elles fatiguent , parce qu*elles sont sans vraisemblance; on n*y croit point, on sait trop qu*un bonheur constant n*est pas un bien de la terre. La langue, si variée, si abondante pour les expressions de la douleur, est pauvre et stérile pour celles de la joie; un seul jour de félicité les épuise. Éllsasâbeth est dans les bras de ses parents; ils vont la ramener dans leur patrie, la replacer au rang de ses ancêtres, s'enorgueillir de ses vertus et Tunir à Thomme qu'elle préfère, à Thomme qu'ils ont euxmêmes trouvé digne d'elle. C'en est assez : tnétotisnous ici, reposons-nous sur ees douces pensées. Cs que j'ai connu de là vie, de ses inconstances, de ses espérances trompées, de ses fugitives et chimériques félicités, me ferait craindre, si j'ajoutais une seule page à cette histoire, d'être obligée d'y placer un malheur'. »

Triste et touchant retour sur la vérité! noble dé»menti donné au roman ! admirable cri échappé du cœur humain et non plus de l'imagination du ro* mancier! Non, Elisabeth n'est pas pour moi le vrai type du dévouement; car elle est trop heureuse, et !• bonheur, ajouté au dévouement, n'est pas une vérité sur la terre.

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HE l'amour fraternel dans la poésie ÉflOUE ET DANS LE DRAME. — CASTOR ET POLLUX DANS PINDARE. — ORESTE ET ELECTRE AANS ESCHYLE ET DANS SOPHOCLE. — COLOHDA DANS M. MÉRIMÉE.

Quand on étudie Texpression des sentiments principaux du cœur humain , on voit que cette expression a suivi la même marche que la société ellemême. Les dieux et les héros ont d*abord gouverné le monde : ce sont les temps fabuleux et les temp$ héroïques. Le peuple et surtout l'homme n^ont Sait que plus tard reconnaître leurs droits. L'expression des sentiments a aussi été d'abord lyrique et épique, e'est-à-dire enveloppée et presque cachée dans un hymne ou dans un récit merveilleux; elle n'est arrivée que plus tard à la forme dramatique, c'est-àdire à la forme sous laquelle l'homme parait tout entier avecses passions et ses idées. Les dieux remplissent l'hymne et le psaume; ils partagent l'épopée avec l'homme; mais, dans la tragédie, ils n'ont qu'une place chaque jour plus étroite, à mesure qu'on passe d'Eschyle à Sophocle, et de Sophocle à Euripide*

Nous pouvons observer ces diverses phases de l'expression des sentiments en étudiant le sentiment de Tamitié fraternelle, qui chez les Grecs conunence

DE l'àMOOR fraternel DANS LE DRAME. ^7

par une légende, celle de Castor et Pollwt, et qui, plus tard, arrivant au drame, trouve dans le personnage d*Électre ou d*Anligone sa plus vive et sa plus touchante expression.

Voyons d'abord comment cette légende est racontée dans Pindare, et comment le sentiment de Tamour fraternel, qui fait l'honneur des deux héros, est caché en quelque sorte sous le merveilleux du récit.

c Castor et Pollux , changeant tour à tour de demeure, vivent pendant un jour auprès de Jupiter, leur père chéri, et un jour au sein de la terre, dans les tombeaux de Thérapnée. Ils ont ainsi mèihe destinée. C'est Pollux qui a mieux aimé une destinée égale à son frère que d'être tout à fait dieu dans le ciel, après avoir vu tomber Castor dans le combat.

c Castor a péri sous les coups d'Idas, dont il avait ravi les bœufs. Lyncée, du haut du Taygète, avait vu les deux frères, Lyncée, dont l'œil est le plus perçant parmi tous les mortels; et aussitôt, d'une course rapide, les fils d'Apharée (idas et Lyncée) s'avancent contre Castor et accomplissent leur œuvre meurtrière.

c Us en sont aussitôt punis par Jupiter, car Pollux s'élance à leur poursuite. Ils s'arrêtèrent près du tombeau d'Apharée, leur père, et attendrirent leur adversaire; puis, arrachant du tombeau une pierre polie consacrée à Pluton, ils la lancèrent contre la poitrine de Pollux; mais ils ne purent ni écraser ni faire reculer Pollux.

« La lance à la main, Çpllux court et plonge le fer dans les flancs de Lyncée, tandis que Jupiter frappe Idas des traits brûlants de la foudre, et la foudre con-

sume leurs cadavres privés de la pompe du bûcher. Tant il est funeste pour le$ hommes de lutter contre les êtres supérieurs !

« Vainqueur alors, Pollux retourna vers son frère, qu'il trouva vivant encore^ mais déjà haletant et près du dernier soupir. U versa des larmes brûlantes» et, sanglotant^ il s'écria d'une voix haute :.

c J'ai perdu mon frère : quelle sera maintenant la « fin de mes douleurs? Jupiter! ô mon père! en- € voie-moi aussi la mort, car la vie est sans charme € et sans honnir pour qui a perdu ses amis. »

< Ainsi disait-il; et Jupiter, se montrant, lui adresse ces paroles : « Tu es mon fils; mais Castor c a reçu la vie du germe mortel déposé dans le sein « de ta mère par le héros, son époux. Cependant je c te laisse le choix entre deux destinées :

c Si tu veux, fuyant la mort et l'odieuse vieillesse, < habiter dans l'Olympe avec Minerve et Mars à la « noire javeline, tu le peux; mais si tu hésites à € cause de ton frère, et si tu veux que tout soit égal c entre toi et lui, alors tu vivras comme lui, moitié c sous la terre et moitié dans les palais d'or du ciel. »

c Ainsi parla Jupiter. Pollux n'hésita pas, et le dieu alors rouvrit les yeux et les lèvres du belliqueux Castor*.»

Ce récit a tous les caractères de la légende héroïque; la cause môme du combat rappelle les mœurs des héros d'Homère, bans Pmdare, en effet. Castor veut seulement enlever les bœufs des fils d'Apba* rée; mais, dans les poètes d'un temps j>lus rafûné, il

' X' Néméenne.

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