‹ Cours de littérature dramatiqueChapitre 16 sur 76 · II. S · texte numérisé non relu

II. S

86 DE l'amour fraternel

faut les saisir à travers ces impréeatioiiâ vengeresses; mais, quoique rapides ot entrecoupées par la colère, ces expressions de la tendresse fraternelle û'en sont pas moins douces et moins toudiantes; elles ont même quelque chose d'involontaire qui émeut vive» ment : on sent que ces deut enfants d*Agamemnon, qui se sont rencontrés aux pieds de son tombeau , ont, en ce moment, quelque chose ^e plus grande foire que de s*ainier et de se le dire. Mais leur âme, toute remplie qu'elle est de haine contre les meurtriers d'un père, ressent aussi pourtant la joie dV voir retrouvé, l'un une sœur, l'autre un frère, joie môlee de tristesse, quand ils se voient orphelins et proscrits, seuls et derniers débris de la famille d'Atrée. Quelles vives et poétiques images de leurs malheurs! et comme ces communs malheurs ajoutent à leur tendresse!

« L'aigle a péri étouffé dans les replis d'une affreuse vipère, et sa race orpheline souffre la faim, chassée du nid paternel'. L'arbre royal a été séché dans ses racines', et Taulel des sacrifices ne s'ap-

1 iapiter Miiv«Qr l

De nos vœux suppliants exauce la ferreur.

' Ta rendis trop longtemps noire plainte inatile. Qnanà Paigle est étouffé ians les nœuds d'un reptile. Les plaintifs noarritiotts de l'aisaam fèaétma. Frappent Pair et le ciel de leurs cris douloureux. Ainsi Tiannent pner pour nn sort pins prospèna Ûectre, OrestCi enfants ^n'on prive de leur. père.

(M. Soumet, ClyUmneaire, acte il, ac. tw)

' Le ciel même pentpil réparer les ruines

De cet arbre séché jusque dans ses racinea?

(Racine, ÀthaUe, aota i, mèéê 1.)

DANS LE ÙRAME ET L*ÉPOfEÉ. 87

piBerft plus oonire son trône sacré ; ses rejetons rampent .sur la terre» Ces aiglons orphelins » ces tristes rejetons du chêne patriarcal, c*est ma sœur et mm, 6 Jupiter M — Oui, deux enfants, reprend Electre, qui gémissent sur le tombeau d*un pèrç, tous deux suppliants, tous deux réfugiés dans o&t asile, le seul qui leur reste ^ »

Voilà Tadmifable mélange d*hoi3*eur et de pitié qu'Eschyle a eréé, et que Sophocle a exprimé, à son tour, dans son Élecire, égalant Eschyle sans lui re»semblet, et donnant surtout à l'expression de Tamour (hiteniiel, dans )& grande scène de lareconnaissance, une vivacité admirable. Non pas que Sophocle ait fait d'Electre une sœur tendre et langoureuse, qui ne sait qu'aimer, son frère et qui ne sait pas haïr les meurtriers de son père ; à entendre TÉlectre de Sophocle, à prendre ce caractère yioleiit et emporté, c» est parfois tenté de croire qu'Electre aime surtout dans Oreste l'instrument de sa vengeance. Voyez w effet conune, avant de le savoir revenu dans Argos , elle accuse sa lenteur et son indécision ;

c Occupé de vains projets , Oreste délibère toujours, Oreste ne vient pas',.. Et moi, je passe ma ' vie à espérer et à être déçue ; je vieillis dans les larmes , sans époux , sans enfants , étrangère dans lé palais de mon père , vêtue comme une . esclave et admise à peine à la table , aux jours où elle est mal servie*. »

' yen «47 et suiv ' Vort S8S.

' Vers 171.

* Vers t85,

88 DE L* AMOUR fRATERNEL

Telles sont les plaintes d'Electre contre soA frère absent. Mais, lorsqu'elle tient entre ses bras l'ame qu'elle croit remplie des cendres d'Oreste , voyez comme elle pleure ce frère chéri enseveli aujourd'hui avec toutes les espérances qu'elle attachait à sa vie ! voyez comme elle se lamente , non plus sur son propre sort, mais sur le sort d'Oreste, qui < a vécu exilé, et qui est mort sur la terre étrangère , loin de sa sœur ! — Et ce ne s^nt pas mes mains , dit-elle , qui ont lavé ton corps î ce n'est pas moi qui ai recueilli tes cendres sur le bâcher ! Enseveli par des mains étrangères, tu n'es plus, en r^trsoit dans ta patrie, qu'un peu de cendre dans une petite urne. Malheureuse que je suis! O combien vains et inutiles les soins que j'ai donnés à ton enfance ! car c'est moi qui te faisais prendre ta nourriture ; je t'aimais plus que ta mère ne t'a jamais aimé, et tu m'appelais toujours du doux nom de soBur. Tout cela est mort avec toi, tout cela en un seul jour; tû m'as tout ôté en périssant. Mon père est mort , tu n'es plus qu'une ombre vaine, et moi-^néme je ne suis plus rien. Mais nos ennemis rient, et ma mère s'enivre de joie , cette mère dont tu devais un jour punir l'impiété'... »

Cette douleur est touchante , digne d'une sœur. Aussi je ne m'étonne pas qu'Oreste, qui l'entend et qui , pour tromper Égisthe et Clytemnestre , avait lui-même répandu le bruit de sa mort et apporté cette urne , je ne m'étonne pas qu'il ne puisse se contenir plus longtemps : « malheureuse ! s'é-

* Vtr» iis«.

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