‹ Cours de littérature dramatiqueChapitre 23 sur 76 · ORESTE ET IPHIGÉNIE. 12S · texte numérisé non relu

ORESTE ET IPHIGÉNIE. 12S

et parfois même un décorateur. Iphigénie pourtant n'est pas encore contente : c Dites , ami , quelle est la peinture qui est an chevet du lit * ? » ici une des* cripfion élégante » ingénieuse, où les souvenirs, à la fois terribles et gracieux , de la famille d'Atrée se mêlent aux souvenirs de Tenfance d*Oreste et des soins que lui donnait Iphigénie. Ainsi , dans cette peinture , il y a d*abord le cygne de Léda , ses jeux , ses caresses ; Léda , étonnée , ravie , et attachant des guirlandes de fleurs au col de l'oiseau ; plus loin, dans une riante prairie , deux grands œufs , et de l'un venant de sortir à peine deux garçons , les bras entrelacés, les yeux doucement tournés l'un sur l'autre, beaux, charmants, semblables à deux lis qui naissent entre les fleurs; dans Tautre œuf, deux filles montrant à peine encore hors de la coquille leurs petites tètes et leurs petits bras... c Ne vous, sottvientril plus comm^it, le matin, quand vous me teniex dans vos bras , vous me montriez du doigt eette peinture, et vous m'en racontiez le sujet? Vous me disiez que le cygne était Jupiter ; la femme , Léda ; les deux garçons qui se tenaient embrassés , Castor et PoUux ; les deux filles, Hélène et Clytemnestre. Et je me souviens qu'un jour, hélas ! j'égratignai avec mes ongles, dans ce tableau, la figure de Cly temnestre ; et, si vous ne m'aviez caché alors derrière l'autel qui est consacré à Jupiter, ma mère m'aurait durement frappé, tant elle était irritée '. » Ces détails sont ingénieux ; mais cette description de tableau arrête et suspend fort mal à propos la

* * Teatro it&liano, p. I7s.

* /Ai'd.) p. 171.

124 DE l'amour fraternel.

reconnaissance du frère et de la sœur. La reconnaissance grecque est calme et lente ; elle a une sorte de gravité sacerdotale, qui ne mcssied pas dans l'austère prétresse de Diane. La reconnaissance italienne a l'exactitude d'un livret de musée ou d'un inventaire.

Plus on étudie le théâtre des Grecs, plus on goAte ce calme dans l'action , qui fait aussi le mérite de leur sculpture et de leur peinture , et que les modernes con^prennent si mal , soit qu'ils veuillent la corriger, comme a fait Guymond de La Touche ; soi! qu'ils veuillent l'imiter et la reproduire , comme a fait Gœthe dans son Iphigënie en Tauride. Guympnd de La Touche n'a pas la prétention de conserver l'œuvre antique : il substitue hardiment à un basrelief de Phidias un bas-relief de Bouchardon ; il remplace le mouvement par l'agitation, la vie par la fièvre ; il est moderne. Gœthe , au contraire , veut faire de l'antique ; il veut imiter la simplicité et le calme de la tragédie grecque; mais sa simplicité n'a pas la grâce de la nudité antique , elle est décharnée. Ce n'est point une statue, c'est un squelette. Son calme, non plus, n'est pas le calme antique et tel que l'inspire l'aspect d'un beau paysage, grec : c'est le calme du salon ou plutôt du cabinet, car les personnages de V Iphigënie en Tauride de Gœthe réfléchissent à perte de vue et sur toutes choses ; ce sont des penseurs et non plus des héros. VIphiginie en Tauride de Gœthe est, selon moi, un dialogue philosophique, comme ceux de Platon, plutôt qu'un drame ; et je ne sais même pas si, dans les dialogues de Platon, dans le Banquet, par exemple , il n'y a

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