VENDÔME
Tu n'es plus que mon frère. Ah! moment plein decharmet* Ah ! laisse-moi laver ton sang avec mes larmes.
Ne te détourne point , ne crams point mon reproche. Mon cœur te fut connu : peux -tu t'en délier? '■ Le bonheur de te voir me fait tout oublier^.
Unis en dépit de la guerre et des discordes civiles, quel est donc le sentiment qui pourra séparer les deux frères? quelle est la passion qui, d*un héros magnanime, fera un fratricide? l'amour ou plutôt la jalousie. Telle est la passion qui agite Vendôme. Inquiet et cherchant quel est son rival, il soupçonne tout le monde d'aimer Adélaïde et d'être aimé d'elle, Cpucy d'abord, et cet ami fidèle n'esl plus, aux yeux
* Acte II, scèoe t.
218 DE LA HAtNE PRATEIINELLE
de yeadàme^ qu*un trattre et un ennemi, dès qu'il le crcHt son riyal. Mais bientôt ses soupçons sont éclaircLi : c'est Nemours qui aime Adélaïde, et leur amour éclate hardiment à ses yeux, £n effet, pressée par Vendôme de lui accorder sa main, etfuressée devant Nemours qui ne se contient qu'à peinç, Àdélaide refuse avec une fermeté invincible; elle avoue même qu'elle en aime un autre. Véndôme.alors, furieux et déjà se défiant confusément de son frère, s'écrie :
Quoi donc ! vous attendiez , pour oser m'accabler, Que Nemours fût présent et me vit immoler?
Vous vouliez ce témoin de Taffront que j'endure? Allez, je le croirais Tauteur de mon, ligure. Si.... mais il n'a point vu vos funestes appas; Mon frère trop heureux ne vous connaissait pas. Nommez donc mon rival, mais gardez-vous de croira
Que mon lâche dépit lui cède la victoire
Je sais trop qu'on a vu lâchement abusés Pour des mortels obscurs des princes méprisés; Et mes yeux perceront, dans la foule inconnue. Jusqu'à ce vil objet qui se cache à ma vue.