‹ Cours de littérature dramatiqueChapitre 38 sur 76 · II · texte numérisé non relu

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S30 DE LA HAINK FRATSKRELLB

visait à la gravité de la tragédie grecque, et non pat

au mouvement du drame de Shakspcare. Aussi léa

deux bandes féodales sont devenues deux choBUrs qui «priment gravement les divers mouvements

qu'ils éprouvent en entrapt dans le palais ; mouvements de colère en se revoyant après tant de combats; désirs de paix et de repos ; résolution de. suivre la for|une de leurs seigneurs, quelle qu'elle soit; souvenirs confus que la Sicile obéit à des princes étrangers* Ces diverse^ émotions du choaur serviraient aisément de.siyet à quelqu'une de ces conversations entre subalternes qui ^ont chères au dragie moderne; Schiller a mieux aimé^n faire une.ôde.

PAEIIIER GHOBUR.

<K Je te salue avec respect, salle splendide, royal berceau de mon maître, magnifique voûte portée par des colonnes. Que le glaive r^ose au fond du four» reau ! que la furie de la guerre, avec sa tête chargée de serpents, soit enchaînée devant cette porte 1 car le seuil de cette maison hospitalière est gardé par le serment, par le fils d'Érinnys, le plus redoutable des dieux de Tenfer*

u:gond ghgeur. . .

« Mon cœur irrité se révolte dan$ ma poitrine, ma mdn se prépare au combat , quand je vois la tête de Méduse, le visage odieux de mon ennemi. Â peine puis-je réprimer Tardente agitation de mon sang. Garderai-je Thonneur de ma parole, ou m*abandoi>nerai-je à ma rage? mais je tremble devant Tinyincâble gardienne de ce lieu , devant la puissance de la paix de Dieu^»

I Page su a« Pilit Cbarpentfer, tradaelmn de M. Mâimier.

Même gravité tout à fait antique et qui contrarie lét habitudes, du théâtre moderne, quand la mère des deux princes , Isabelle, les supplie de se réoon^ cilier. Point de dialogue Tif et agité, point d'exclamations violentes : une longue harangue dont les pensées sont parfois allemandes , mais dont la forme lente et solennelle est tout à fait grecque ^

Je connais peu de scènes plus belles et plus touchantes, dans Schiller, que celle de la réconciliation entre les deux frères. Us n'ont pas jusqu'ici r^ndu aux prières de leur mère, qui sort désespérée, et ils restent pendant quelque temps à côté l'un de l'autre, émus, mais incertains. Qui parlera le premier? qui le premier tendra la main à, l'autre? Quelques mots d'abord sont échangés; bientôt ils s'approchent.

DON GÉSÂR.

< Si je t'avais connu plus tôt si juste, bien des malheurs ne seraient pas arrivés.

DON MANUEL

< Si j'avais su plus tôt que ton cceur était facile à apaiser, j'aui^is épargné bien dés angoisses à une mère.

' Voyez ce déve1<yppement , al je ilinis volcntîen oe lien «ommuQ sur l'amitié fraternelle :

. « mes fiU! le monde est plein d'inimitié et de fausseté^ shacnn n'aime que soi. Tons les liens , tissus par le bonheur léger, sont incertains, mobiles et sans force. Le caprice dissout ce que le caprice a noué. La nature seule est sincère j elle seule repose sur une ancre étemelle, quand tout le resté vacille survies vâdues eraçemes d^ U tie. Le penchant TOUS donne un ami, l'iptérM un eempagoon. Heureux celui à qui U naissance donne uii frère l la fortune ne peut le lui donner. C'est un ami qui est créé avec lui, et il possède un second lui-même pour résister à un monde plein de guerres et de perfidies. « (Page 332.)

DON CÉSAR

c On t*avait dépeint à moi comme un homme orgueilleux.

DON MANUEL

« Le malheur des grands est que les inférieurs s*emparent de leur confiance.

DON CÉSAR, vivement.

« Ainsi la faute en est à nos serviteurs.

DON MA^'UEL

c Ils nous éloignaient Tun de Tautre par une hsiii6 amère.

DON CÉSAR

«Ils répandaient çà et là de méchantes paroles»

DON MANUEL

« Ils envenimaient chaque action par de fausses interprétations.

DON CÉSAR

« Ils entretenaient là plaie qu'ils suaient dû guérir.

DON MANUEL

« Ils nourrissaient la flamme qifils devaient éteindre.

DON CÉSAR

€ Nous étions égarés et trompés.

DON MANUEL

« Nous étions les instruments aveugles d*une haine étrangère.

DON CÉSAR

« Cela est vrai. Tout le reste est trahison...

DON MANUEL

« Et fausseté ; ma mère le dit , tu peux le croire.

€ Eh bien! Je veux prendre cette main de frère. (// lui présente la main.)

DON MANUEL la saisit vivement.

€ La tienne est celle qui m'est le plus chère au monde. (Tous deux se tiennent par la main et se regardent en silence.)

DON CÉSAR

« Je te regarde surpris et retrouve en toi les traits chéris de ma mère.

DON MANUEL

« Moi, je découvre en toi une ressemblance qui me donne une étrange émotion.

DON CÉSAR

« Est-ce bien toi dont raccueu est si doux et les paroles si bonnes pour ton jeune frère?

DON MANUEL

tf Ce jeune homme si tendre et si amical, estrce bien ce frère malveillant et haï? (lyouveau silence^ Chacun regarde Pautre.)

DON CÉSAR

a Tu avais des prétentions sur ces chevaux arabes, héritage de notre père? Je les ai refusés aux cheva* liers que tu avais envoyés.

DON MANUEI^.

« Tu y tiens : je n'y pense plus.

DON CÉSAR

« Non; prends ces chevaux. Prends aussi le char de notre père ; prends-le, je t'en conjure.

DON MANUEL

«J'y consens, si tu veux acceptar ce château au

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bord de la mer, pour lequel nous avons si vivement combattu. .

DON CÉSAR

a Je n'en veux pas; mais je serai satisfait de l'habiter fratemeIleD(ient avec toi.

DON MANUEL

< Soit. Pourquoi partager les possessions, quand les cœurs sont unis?

DON CÉSAR

€ Pourquoi vivre plus longtemps séparés, quand, par notre union, chacun serait plus riche?

DON MANUEL

< Nous ne sommes plus séparés; nous sommes unis. (// le presse dans ses bras '.)

Les deux frères ^ment leur sœur Béatrix; ils l'aiment sans savoir qui elle est. Elle-même ne le sait pas. Cependant le vieillard qui Ta fait élever doit ce jour-là même lui révéler le mystère de sa naissance, et c'est ce jour aussi que les deux frères ont choisi pour répouser et l'amener â leur mère comme une bru chérie. Que de coups de théâtre dans un pareil sujet, si Schiller ne voulait pas les éviter ! Cependant il ne les évitera pas tous. C'en est un que le moment où don César, trouvant don Manuel avec Béatrix et se croyant trahi par son frère, le tue d'un coup de poignard, accomplissant ainsi l'oracle prononcé contre sa famille. C'en est un, et plus triste encore, que le moment où la première moitié du chœur apporte à Isabelle Béatrix encore évanouie, tandis que l'autre moitié apporte à cette mère désolée le eadavre

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de don Mannd. Ënân don César arrive lui-même. Alors tout «'éclaircit : terrible éclaircissement! la» mentable reccmnaissancel 4a mère, le frère, la sœur savent désormais ce qu'ils sont et ce qu'ils ont fait. LE GHCBUR, apportant le cadavre.

« A travers les rues des villes, le malheur s'en va accompagné de gémissements; il rAde furtivement autour des habitations des honunes. Aujourd'hui il fraf^ à cette porte, demain à celle-là ; mais nul n'est épargné. Le douloureux et funeste messager viendra tôt ou tard se placer sur le seuil de chaque maison habitée par les vivants.

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