ISABELLE
c Quedoisojé entendre? que cache ce voile? (Elle fait un pas vers le brancard^ puisas' arrête tremblante et irrésolue.) ie^m^ sens entraînée ici par une affreuse impulsion, et retenue en môme temps par la main froide et sinistre de la terreur. {A BéatriXy qui s'est placée entre elle st le brancard.) Laisse*moi : quoi qu'il en soit, je veux lever ce voile. (Elle lève le voile et découvre le cadavre de don Manuel,) puissances du ciel ! c'est mon fils ^ ? »
Une fois tous les crimes et tous les malbeura dér couverts, que reste-Wl à faire à la tragédie? C'est à ce point que la tragédie finirait dans un poète vulgaire; c'est à ce moment qu'elle ise renduvelle dans Schiller et qu'elle s'élève à une admirable hauteur* Oui, le malheur est accompli ; mais où est l'expiation? où est aussi cette union des deux frères qui a été prédite et qui doit suivre et effacer leur haine? Les deux ou
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trois heures d'amitié qu'ont eues les deux frères ne suffisent pas à l'accomplissement de la parole mystérieuse, qui veut qu'à une longue haine succède une douce et étemelle amitié. Il faut surtout, pour que la tragédie produise la grave et religieuse émotion que Schiller veut inspirer, il faut que le malheur s'apaise sous l'influence d'un grand et bon sentiment ; il faut que le malheur devienne une douleur résignée', et que tout ce que l'âme humaine renferme de dévouement dans la tendresse et de grandeur dans le pardon, s'épanche sur l'infortune de cette famille, afin que nous sortions de l'entretien du poète pénétrés d'une triste et pieuse satisfaction, et que nous soyons en même temps attendris et élevés,
Isabelle amauditson fils fratricide, et elle s'estéloi« gnée avec Béatrix, qui, dans son frère mort, pleure encore son amant. Don César, resté seul et désespéré, mais calme, ordonne au chœur de faire préparer les funérailles de son frère et les siennes, car il est dé* cidé à mourir et à mettre fin, par sa mort, à la ma^ lédiction qui poursuit sa famille. En vain le chceur lui rappelle qu'il doit un souverain à cette terre orpheline, puisqu'il liH a dté^l'autro : « Il faut d'abord, répond don César, que j'acquitte ma dette envers les dieux de la mort. Un autre dieu («rendra soin des vivants. > Alors Isabelle, par un mouvement naturel et sublime, apprenant que ce fils qu'elle a maudit
< « La tribaUtJon crée la paticoco, la patience crée l'expérience, Texjj^ience erée Pespoir. » (Saint Paol aux Romains, chap. V, t. a et 4.) Voilà la véritable marche du malhcnr et de la consolation. C'est «ette marche que Schiller suit dans le tableau qn'il fart du malheur de don César et de Béatrii.
veut se tuer^ revient le supplier de vivre; elle révoque sa malédiction. < Une mère, dit«elle, ne peut maudire le fils qu'elle a porté dans son sein et enfanté avec douleur. Le ciel n'écoute pas ces vœux impies : du haut des voûtes brillantes, ils retombent chaînes de larmes. Vis, mon fils! j'aime mieux voir le meurtrier de mon enfant que de les pleurer tous deux. » Don César remercie sa mère de ses supplications, qui sont un pardon : maintenant sa mort sera plus douce, car il est toujours décidé à mourir. « Quand un même convoi réunira la victime et le meurtrier, quand une même tombe renfermera leur poussière, ta malédiction sera désarmée et tu ne sépareras plus tes deux fils. Les larmes versées par tes yeux couleront pour l'un comme pour l'autre. La mort est un puissant intercesseur : alors les feux de la colère s'éteignent, la haine s'apaise, la douce pitié, sous l'image d'une sœur, pleure en serrant dans ses bras l'urne funèbre. Ne m'arrête donc pas, ma mère; laisseHfnoi descendre dans la tombe et apaiser le sort*. »
Qu'opposer à ce désespoir qui dans la mort cher» che l'expiation elle pardon? Une dernière ressource reste à cette mère désolée. Elle appelle sa fille, cette Béatrix si c»aiellement aimée par les deux frères, et elle lui d^nande de pardonner au meurtrier de son amant; que dis-je? de le supplier de vivre. Mais Béatrix elle-même veut mourir; elle veut, dit-elle, apaiser la Furie attachée à leur famille. Vaines raisons, qui ne trompent pas don César encore amant
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OU encore jaloux, niènie a^ès son crime : < Mmi, difrii amèrement; Béatrix veut rejoindre celui quelle aimait.
BÉATRTX.
c Portes^tu envie à la cendre de ton frère?
DON GÉBAR.
. < Il vit d*une vie heureuse dans ta douleur. Moi, je serai à tout jamais mort parmi les morts.
RÉATRIX,
€ mon frère!
DON CÉSAR, (wee r expression de la plus vive passitm^ € Ma sœur, est-ce sur moi que tu pleures î