‹ Cours de littérature dramatiqueChapitre 40 sur 76 · BÉATRIX · texte numérisé non relu

BÉATRIX

C Vis pour notre mère!

DON CÉSAR fMtf/é.

< Pour notre mère!

^ BÉATR1X se penche sur luL c Vis pour elle, et console ta soeur.

tE CHOEUR*

c Elle a vaincu : il n'a pu résister aux toiiehantea

supplications de sa sœur. Mère inconsolable, rouvre ton cœur à respéranoe. Il consent à vivre; ton fils te reste.

DON CÉSAR, se tùumarU vers le cercueil de^m frère.

f Non^ mon frère, je ne veux pas te dérober ta victime. J'ai vu les larmes qui coulaient aussi pour moi. Maintenant mon cœur est satis&it; je te suis. »

(// se frappe d^un poignard et tombe mort mùD pieds de sa soBur, qui se jette dans les iras de «a mère\)

* Soène dernièro.

'té n*ai point voulu interrompre cette kmeotable scène. Il est cependant quelques réflexions que je ne puis pas m'empècher de faire.

La mort de don César a quelque diose de touchant et d'élevé. Il est pardonné par sa mère, «uppHé par na sosur, consolé par elle : il pourrait vivre. Il mourra cependant, parce qu'il a tué, parce que le meurtre doit s'expier; mais il jouit dans sa mort de toufl oes sentiments dont il refuse de jouir dans sa vie. Il meurt pleuré et âmé; surtout^ et c'ett là l'idée qui le touche à ses derniers moments, il meurt réconcilié avec son frère, et réconcilié par sa mort même, qui «st une expiation et un désaveu de sa ftireur» Il y a^ rait sans douté une plus grande et plus pénible eai*piation, ce serait de supporter la vie; et de réparer lé mal par une austère pénitence, soit celle du cloître, loit celle de la royauté vouée au soulagement et à l'ingratitude du peuple. Le dênoûment seratt plus dirétien ; il serait moins dramatique, parce qu'il ne Vaccomplirait pas sous nos yeux, et ne se termine*> rait pas avec la pièce. Quoi qu'il en soit, la mort de don César nous inspire une émotion grave et géné« reuse ; elle nous attendrit , mais elle nous console, tristement , comme font toutes les bonnes et vraies consolations.

A côté de ce sentiment général , qui est bon et gêné* reux, que de sentiments faussement exaltés ou fous* sèment profonds! Qu'est-ce, par exemple, que cel sentiments d'amour ou de jalousie que don César semble avoir gardes pour sa sœur jusqu'aux derniers moments? Eh quoi! à l'instant même où il vient d'être maudit par sa mère comme un fratricide, don

Césac relient sa sœur, qui veut suivre sa mère,- et lui dit:

« Reste, ma sœur; ne me quitte pas ainsi. Que ma mère me maudisse, que ce sang crie vengeance con* tre moi, ^ue tout le monde me condamne ! mais toi, ne me maudis pas : de toi }e ne puis le supporter. ( Béatrix jette un regard sur h corps de don Manuel.) Ce n'est pas ton amant que j'ai tué, c'est ton frère et le mien. Celui qui est mort ne t'appartient pas de plus près que celui qui est vivant, et moi je mérite plus de pitié, car il est mort innocent, et je suis criminel. ( Béatrix Jond en larmes.) Pleure ton frère ; je pleurerai avec toi, et, de plus, je te vengerai. Mais ne pleure pas ton amant : je ne puis supporter que tu acc(H*desau mort cette préférMice\

Quel singulier mélange de sentiments graves et subtils! Quoi! jaloux encore, même à travers son désespoir! Jalousie toute spirituelle et toute sentimentale, je le crois , qui vise seulement à être aimé et pleuré comme un frère, mais qui se souvient cependant que Béatrix pleure autrement son autre frère, et qui ne peut le supporter. Je sais bien que, tant qu'il reste de l'homme, il reste en lui de la pas* sion, et que don César, tout désespéré et tout maudit qu'il est, peut se souvenir qu'il a aimé sa sœur et qu'elle en aimait un autre; mais, de même que dans le corps les grandes souffrances étouffent les petites, de même dans l'âme les bonnes et les grandes pensées doivent aussi étouffer les petites. Vendôme, après son crime et son repentir, n'est plus amoureux

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ni jaloux : il cède Adélaïde à son frère Nemours , il se punit. Don César aussi veut se punir; il veut, de plus, se réconcilier, s*unir par la mort même avec son frère et expier ainsi la haine fatale de leur vie. C'est là une pensée généreuse, qui ne s'accorde pas avec les retours mesquins de la jalousie.

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