DANS L ANTIQUITÉ
les Furies , nous voulons garder notre colère contre ta ville, car les ruses des dieux nous ont ravi le droit de punir les parricides . — Non , répond Minerve toujours douce et patiente comme il convient à la sagesse, non, jamais ni moi , ni ce peuple qui m*est cher, nous ne porterons atteinte à vos droits. Vous hpbiterez avec moi , vous recevrez de pieuses offrandes aux jours du mariage et aux jours de la naissance des enfants... vous défendrez la sainteté des foyers domestiques et la paix des familles vertueuses.
Le chosur des Furies. — « déesse ! je sens que tu remporte^ et que j'abjure ma colère. »
Minerve. — « Habitez donc cette terre chérie. C'est Ici que vous trouverez vos plus pieux adorateurs ^ »
Voilà comment, calmées par la sagesse de Mi* nerve, les Furies deviennent pour Athènes des déesses favorables et bénissent par leurs prières la terre qu'elles voulaient maudire : ville heureuse et sage entre toutes, qui sauve Oreste de la fureur des Furies, mais qui ne veut en Iqi ni condamner le vengeur de son père, ni absoudre le meurtrier de sa mère, et qui, laissant à cette terrible action ce qu^elle a de douteux et d'indécis, ouvre ses temples et ses sanctuï^ires aux accusatrices d'Oreste, afin de proclamer hautement, en face d'Oreste même, Timpérissable grandeur des divinités vengeresses du parricide !
^ < ^«f Humm^^^ vers 7 as à 801, ))9siim«
SUITE DE LA PJÉTÉ FILIALE. — DE l'iNFLUENCE DE CE SENTIIENT DANS LA TRAGÉDIE ET DANS LA COMÉDIE MODERNES. — LE COSroèS DE ROTROU. — LE GlOFtCUX DE DESTOCCHES. -* LE
Coriolan de shâkspeare.
Au théâtre et dans les romans, la piété filiale n*est bien exprimée, selon moi, que lorsqu'elle est à la fois une affection naturelle et un devoir de la conscience, une émotion et une obligation. Il y faut ces deux conditions : ôtez la première, c'est-à-dire ôtez à la piété filiale ces mouvements inattendus et soudains qui lui. viennent de Tinstinct, l'expression de ce sentiment n'a plus rien qui soit dramatique. La peinture d'un fils soumis et respectueux est un bon exemple, qui sert à l'édification; mais cela ne fait pas une scène dramatique. Otez la seconde condition , c'est-à-dire ôtez à la piété filiale la pureté et la noblesse qui lui viennent du devoir, elle n'est plus qu'un accident et qu'un hasard , un effet momentané de la nature; et, comme la volonté et la conscience n'y ont plus guère part, c'est à peine si cela peut encore s'appeler un sentiment humain. Ainsi représentée, la piété filiale passe du domaine de la morale dans le domaine de lîûstoire naturelle.