‹ Cours de littérature dramatiqueChapitre 5 sur 76 · DE LA PIETÉ FILIALE CHEZ LES MODERNES · texte numérisé non relu

DE LA PIETÉ FILIALE CHEZ LES MODERNES

De ces deux conditions, Tune est nécessaire à Fart, Tautre à la morale; mais elles sont plus étroitement unies qu'on ne le croit. Quand le fils de Crésus, muet depuis sa naissance, recouvre tout à coup la parole en voyant le fer levé sur son père, et s'écrie : Soldat ! ne tue pus Crésus 1 nous sommes émus , parce que l'instinct filial, surmontant l'infirmité naturelle, éclate par un cri sublime et inespéré. Mais que d'idées contenues dans cette émotion et qui en font essentiellement partie ! l'idée qu'une grande obligation morale s'est accomplie par un miracle inattendu; l'idée que la piété filiale ne s'est pas pour la première fois éveillée dans l'âme du fils de Crésus à l'aspect du fer levé sur la tète de son père, mais qu'il en ressentait depuis longtemps les généreux mouvements sans les pouvoir exprimer; l'idée enfin que l'âme qui faisait palpiter cette langue infirme sans pouvoir, pendant longtemps, la faire parler,, est une âme pieuse et noble, et que c'est par là qu'elle a mérité de rompre les liens qui l'enchaînaient. Nous associons amsi l'une à l'autre l'idée du prodige et l'idée du dévouement. L'une nous étonne, l'autre nous touche, et l'émotion que nous ressentons nous plaît d'autant plus qu'elle commence par la surprise et aboutit à la véritable admiration, qui est celle de l'âme et non celle des yeux et des oreilles.

Je veux chercher dans trois grandes scènes do piété filiale, empruntées à des temps et à des auteurs différents, dans iQCosroès de Rotrou, le Coriolan de Shakspeare, le Glorietix de Destoucheâ, comment lu piété filiale a le double caractère que nous lui de*

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mandons , et comment elle est à la fois une émotion irrésistible et une obligation inviolable,

L'intrigue de Cçsroès. ressemble; à celle de Nipo^ mède ' : une belle-mère veut faire passer la eowronne sur h tête de son fils, au préjudice d'un fils aîné. Dans Nicomède les événements ne sortent p^s di| cercle de la tragi-comédie, et comme QoFneille a fait de son héro§ un railleur, cette raillerie donne le tW à la pièce. Dans Çasroès , m contraire, tout est tragique et terrible. Cosroès, roi de Perse, £^ assassiné son père Horgmisdas et s'est emparé du trône, Depuis ce prime, en prQÎe à une sprte de démence furieu^et il vit solitaire au fond de son palais, livré aux^oins de $ira, sa seconde femme, qui, abusant de son ascendant sur lui, veut le faire abdiquer en faveur de Marde^ane, son fils, Siroès, fils aîné de Cosroès, est chéri du peuple et de l'armée, et les efforts que Sira fait pour le perdre le forcent à usurper, malgré lui, la couronne, afin de sauver ses jours, Cette révolution de palais fait le sujet de la tragédie ; m^is ce qui en fait l'intérêt, c'est le caractère de Sirpès. En effet, Siroès respecte son père, il a horreur de cette usurpation vers laquelle il se sent poussé par les artifices de Sira; cependjint il veut défendre les droits qu'il tient de s9, naissance , et il demsmde aux dieux de le protéger contre l'^mbitiou de Sira et de Marde$»^ne,

Le ciel est inutile à qui ne s^alde pas \ lui dit hardiment le satrape Palmiras, qui ressemble à

^ At-le 1, sct'Qv t.

GHE^ LES MOPERNES, 31

TApQmat de Racine par l'énergie du carçwîtère, e\ qui, comme Acomat, représente le conspirateur des çouri despotiques et surtout des cours de l'Asie. C'est un de ces hoiqmes qui, pourris dans le sérail et près du de^ potisme, eu savent la faiblesse , tandis que la foule en adore la puissance* Hardi i impitoyable , aussi incarpable de pourvue de pitié, Palmiras, avec d'autres satrapes, conspire çpntFe Cosrpèp. Mais le succès de la popspiration dépcpd de Siroès ; il fi^ut que Siroès CQuseQte à être roi. Aussi Paliniras presse le jeune priupe de céder à leurs voeux : qu'atteud^il?

La reine qui vous craint, a trop de politique

Pour laisser uii app&t ^ la baipe publiqiiç,

Et, TOUS chassapt du trôpOi oser vou^ ép^TgDçr^

U faut absolument pi) périr pu régner,

ÀTouez seulement les braa qu'on ym9 veut tfiQ^rf) i

Quand on peut j^rétenir, c'est faiblesse d* attendra*

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