LES JUMELLES DE GAPOUE
Les inimitiés entre sœiirs vont quelquefois jusqu'à b haine ; dles s'arrêtait (nrdiiuiirement à la jalousie. Les rivalités d'amour et de beauté, la vanité, la coquetterie, sont les causes les plus fréquentes de ces inimitiés qui, selon les effets qu'elles produisent, appartiennent à la tragédie ou à la comédie. 11 y a dans l'envie je ne sais combien de degrés, et le dépit involontaire que donne à une femme le succès d'une autre femme, fût-ce sa sœur, ne ressemble pas, il s'en faut, à l'envie farouche et meurtrière de Caîn contre son frère. Cependant il y touche, quoique de loin. Nous rions, dans Clarisse, des dépits jaloux d'Arabelle Harlovi^e, et nous applaudissons volontiers à la' gaieté de Clarisse dans: ses premières lettres, quand ellô raconte les colères de sa sœur. Nous voyons. cependant, à travers cette gaieté, comment l'envie de la sœur aînée deviendra la cause des mal* heurs de la cadette. Le drame dont Clarisse doit être rhéroîne et la victime nait de ces zizanies entre les deux sœurs, et bientôt même Clarisse, toute bienveillante et toute charitable qu'elle est , sera forcée de croire qu'il y a contre elle une sorte de conspiration , « que son frère et sa sœur veulent l'abattre; »
LES SCBlJftS DE PSYCHÉ. 243
et elle fera cette triste et juste réflexion « qu'on a bi^ tort de s'étonner que des courtisans emploient Hintrigue et les eoniplQts pour s'entr&<iiétruire, 1ors«qne danfli le sein des familles les personnes les plus unies par le sang ne peuvent pas se supporter \ »
Ainsi , dans l'envie, tous les degrés se touchent. Les causes en sont parfois frivoles ; mais les senti<itientB sont amers, et les effets souvent terribles. Lès sœurs de Psydié, Aglaure et Gidippe, ne voudraient pas assurément tuer leur sœur; elles ne voudraient même pas la voir mourir; mais elles vou** draient la voir moins belle et moins heureuse. Aussi, lorsqu'elles appreniient qu'un oracle a condamné Psyché à être exposée sur le haut d'une montagne et i y attendre un* monstre pour époux, < Ma sœur, dit Cidippe à Aglaure,
Ma sœur, que sentez-vous à ce soudain malheur Où nous voyons Psyché par les destins plongéef
AGLAUKE.
Mais Toas, que tentes* vous, tna Meiir?
CIDI^KK.
A ne vous point mentir, Je sens que, dam mon cour, Je n'en suis pis trop aOligé^
A6l<AliaE.
Moi , Je seD9 qoflque diose au mien Qui ressemble assez à la joie»
Allons y le destin pous envoie Un mal que nous pouvons regarder comme un bien*.
CiMrneille , qui (inît la pièce commencée par Mo- HArei et qui mit son gé^ie dans quelques acèn^»
* Lettre xiri.
* Molière, Ptyché, acte i, scène |.