‹ Cours de littérature dramatiqueChapitre 43 sur 76 · LES SOEURS DE PSYCHÉ · texte numérisé non relu

LES SOEURS DE PSYCHÉ

les mortelles n'étaient pas dignes de la servir ! On voyait une douzaine ée nymphes à Tentour d*une toiletta, à Tentour d'un brodequin ; mais quel brodequin! qui valait autant que tout ce qu'elles avaient coûté en habits depuis qu'elles étaient au monde \»

Psyché, sans le vouloir, excite de plus en plus la jalousie de ses sœurs en leur montrant ses bijoux , ses robes, ses parures, c Ses sœurs soupiraient à la vue de ces objets; c'étaient autaqt de serpents qui leur rongeaient l'âme. Au sortir.de cet arsenal, elles furent menées dans les chambres ^ puis dans les jardins, et partout dles avalaient un nouveau poison. Une des choses qui leur causa le plus de dépit fut qu'en leur présence notre héroïne ordonna aux zéphyrs de redoubler la fraîcheur ordinaire de ce séjour, de pénétrer jusqu'au fond des bois , d'avertir les rossignols qu'ils se tinssent prêts, et que ses sœun& se promèneraient sur le soir en un tel endroit. Il ne lui reste, se dirent les sœurs à l'oreille, que de conunander aux saisons et aux éléments ^ »

Désespérées du bonheur de Psyché, ces deux méch^tes sœurs cherchent à le*détruire, et par leurs ar-* tifices elles décident la pauvre Psyché à tuer son mari . Ce mari que Psyché n'a pas vu jusqu'ici et qu'elle ne connaît pas , ses sœurs lui persuadent que c'est un monstre affreux qui n'ose pas se montrer. Elles lui apportent donc une lampe et un poignard : la lampe pour voir le monstre, le poignard pour le frapper :

Prenez-les, dit te couple, et noas vous assurons De la clarté que fait la lampe.

* LÎTre I.

S46 DE LA RIVALITÉ limtC SOBORS.

PoDT le poignant» 11 est deeboni »

Bien affllë, de bonne trempe.

Ckmune noue voue aUnon* et né négUgeone rien»

Quand il 8*aglt de votre bienj Nous avons eu le soin d'empoisonner la lame«

Tenez vous sûre de ses coups ;

C'est fait du monstre, votre époux,

Pour peu (lue ce poignard l'entame.

A eea mots , un trait de pitié - Toucba le oosur de notre belle.

Je Toos rende grâèe, leur dlMle,

De tant de marqaea d'amitié*.

On sait le reste de l'histoire : comment Psyèhé perdit son mari pour Tavoir voula connaître, et fîit somnise, avant de le retrouver, aux plus cruelles épreuves. Ces malheurs de Psyché durent consoler quelque peu les' deux jalouses. Mais La Fontaine, qui, en vrai fabuliste, tient à la moralité de ses histoires, a voulu punir les deux sœurs de leur méchanceté. 11 raconte donc qu'ayant appris que l'Amour avait répudié Psyché, elles espérèrent remplacer leur sœur et allèrent sur le rocher où Psyché levait été enlevée par l'Amour, elles n'y trouvèrent, au lieu de Zéphire pour les transporter dans le palais de FAmour, qu'un grand vent qui les précipita du haut en bas du rocher. Elles descendirent aux Enfers, dû Psyché les retrouva, quand elle fut totcée d'y descendre, vivante encore, pour aller demander à Pro» serpine une boite de fard : c'était une des épreuves que la colère de Venus faisait subir à Psyché. Aux enfers , la jalousie faisait le ohàtimeat des sœurs de Psyché, comme elle avait fait leur crime ;

* Livre 1.

LKg SOBURS DB MTGflâ. 247

Là tea wart dt Pvyobé, dans riaqportand tf aee D'ua miroir q^ie taiif cesM «lies ayalent «n fae^, Reyoyi^ldiit leur cadette beureose et dan» lea bras, Non d'un monstre effrayant, jnaia d'un dleo plein d'appaa^

Lft Fontaine a eu raison de punir les deux ett* vienaea par où. eile» avaient p6ehé. C'est le propre,^ eo effet, de l'envie de ae aervir à elle-môme de bour* reau. L'envieux ne peut pas supporter le- bonheur d'autruî; mais par là en môme temps ildétruitle sien. Dieu a voulu que tout se tint dans le monde: Le bonheur du prochain tient au nôtre, et lea bienveillants sont volontiers heureux. Le mal aussi entraîne le mal, et le méchant est aisément malheu*reux. L'envieux voit avec colère la félicité d'au« trui ; mais cette vue même le ronge et le consume* Il la voudrait anéantir d'un regard; mais ce regard mèjne rentre dans son âme et lui devient une iit« supportable torture. Aussi Lamothe Le Vayer dit quelque part que Dieu ne pourrait pas mieux put nir un envieux que de le loger dans son paradis, s'il était possible qu'il j entrât avec cette passion, parce que la félicité des autres le lui rendrait un enfer'.

Ce tourment que donne à l'envieux la vue du bon^ heur d'autrui, n'est nulle part mieux représenté que par Fhistoire d*ilglaure, dans* lea Métamorphotes d'Ovide. Aglaure, Hersé et Pandrose étaient trois sœurs , filles de Géerops , belles toutes trois et qui

' Livre Jf.. — Corpeille aussi a puni dans ton drame les saurs de Psyché ] mais lear chAtiment n'a point ayec leur crime ce rapport ingénieux et tneral inyenté par La Fontaine. (Vo^ei acte T, scène i.)

' tdmotbe U ^»i^w, Morale dm Prino;

248 DE LA RiVALlT6 ENTRB SCBURS.

s'aimaiënt tendrement. Un jour qu*au milieu des jeunes filles d'Athènes, dans la procession des Panathénées , elles portaient sur leur tête les corbeilles sacrées. Mercure, qui traversait les airs, s'arrêta, et, planant un instant sur le cortège^ vit Hersé, la trouva plus belle que ses sœurs et Taima. De là dans le cœur d'Âglaure un dépit ardent, une jalousie amère. Ovide explique cette jalousie par Tinterve^tion d'une dées^ allégorique, l'Envie, dont il décrit le temple et la figure. Les traits de l'allégorie sont brillants et ingénieux ; mais il n'est guère besoin de. cette machine poétique pour expliquer le chagrin d'Aglaure. Mercure lui a préféré sa sœur ; Hersé est plus belle qu'A* glaure aux yeux du jeune dieu : voilà ee qui déses<* père Aglaure. L'Envie pourrait se dispenser de placer sa main froide et rouillée sur le sein de la jeune fille et de répandre dans son âme un venin btal : cette sorcellerie mythologique est inutile. 11 y a, pour irriter et pour consumer Aglaure, quelque chose de plus efficace que les poisons de TEnvie, l'idée de sa sœur épouse d'un dieu jeune et beau. Ajoutez que ce dieu , inquiet parce qn'il est amoureux , craint, tout dieu qu'il est, de ne pas plaire assez à la jeune Hersé. Aussi dispose-t^il avec art sa chevelure et les plis de son vêtement; il resserre les brodequins ailés qui Je soutiennent dans les airs ; il agite d'une main kh dine sa. baguette magique ; Mercure enfin semble avoir lu les conseils que VArt d'aimer donne aux jeunes chevaliers qui vont voir leurs maltresses. Pour Aglaure ces soins et ces empressementsd'un dieu sont un souci dévorant : elle hait le bonheur de sa sœur, sa haine le lui exagère, eielle meurt enfin, omsumée

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