DE LA RIVALITÉ ENTRE SOEURS
Trasilla ignore le dessein de Perinda; Perinda ignore le dessein de Trasilla. Chacune se croit seule aimée par Annibal et seule engagée à partir avec lui ; chacune pense que les coquetteries de sa sœur ont été en pure perte. Aussi n'est-ce pas dès les premiers éclaircissements qu'elles s'aperçoivent qu'elles sont trompées : la vanité et la jalousie mettent sur leurs yeux un voile qui ne se lève que lentement , et elles se disputent de bonne foi l'amour d'Annibal, comme si Annibal les avait jamais aimées. La veille du jour où elles doivent quitter la maison paternelle, tristes et inquiètes, elles errent çà et là pour revoir une dernière fbis ces lieux chers à leur enfance. Trasilla veut parcourir le jardin de son père; et Perinda, poussée par la même inquiétude, y descend à son tour. Mais le jardin est fermé, et les deux sœurs se rencontrent dans le vestibule, c Que faites-vous ici , ma sœur? dit Trasilla à Perinda. — Moi? répond Perinda qui , plus ardente que sa sœur, est plus jalouse et plus curieuse; je vous ai vue passer, et , comme vous aviez l'air sombre et irrité, je suis restée pour vous demander quelle est la cause de ce trouble extraordinaire. — Le jardinier a fermé la porte du jardin, et je désirais y entrer : voilà ce qui m'a contrariée. -^ Tant de trouble pour si peu de chose! vous y entrerez demain. — Demain! qui sait si je serai ici demain? — Où devez- vous donc aller? — Vous cherchez à savoir, ma sœur, ce que je ne veux pas vous dire. » Une fois engagé ainsi , l'entrelien continue; et, comme l'idée d'Annibal et de son prochain départ est au fond de la pensée des deux sœurs, ce nom arrive bientôt sur leurs lèvres.
. tES lUMELLES DE CAPdUE. 257
C'est Perinda qui le prononcer la première : «c A vous voir si pressée do nous quitter, ma sœur, dit^lle à Trasilla, on dirait que vous avez à fourbir votre bouclier et votre lance pour suivre demain Tarmée d'Annibtd. — Vous voulez plaisanter, soit! Serais-je donc un soldat indigne d*un si grand général? — J*en connais un qui lui plairait mieux. — Et qui donc? — Moi! » Alors arrive, non pas encore Téclaircissement, nuds la dispute entre les deux rivales, chacune s'irritant des prétentions de sa sosur et se moquant de ses illusions. Elles s*emportent, elles se menacent; mais, voyant Annibal, elles lui demanilent de venir juger entre elles. Annibal se garde bien de dire quelle est des deux sceurs celle qu*il préfère, puisqu'il les a trompées toutes deux, et il se tire d'embarras par des mots équivoques que chacune entend dans le sens de sa passion. Elles ne renoncent donc point encore à leur résolution de suivre AnnibaK Elles savent qu'elles ont une rivale, mais elles ne savent pas qu'elles sont lâchement trompées toutes les deux. Aussi, vers le milieu de la nuit, elles quittent leur appartement et viennent » habillées en guerriers, attendre Annibal sous le vestibule de la porte principale. Elles n'y sont pas seules : leur frère PéroUa, qui n'a point renoncé à sa haine contre Annibal, vient l'y attendre pour le tuer dès qu'il aura franchi le seuil hospitalier. Cala-* vius et sa femme Antandra y attendent aussi leur hôte pour lui faire leurs derniers adieux; et c'est ûnsi que toute la famille campanienne est réunie dans ce vestibule où va s'accomplir le dénouement, pendant qu'Annibal s'échappe par i*autre porte.
^i OE ijl HIYAifrâ BITTRB SOBURS.
4 tirayerf lobs/^rité dd la ni|it^ Trpisilla, habillée
on guerrier, yoit un guerriw aussi s^avancer vers .
e]l,e ; c*&sï Perind^, qui, étonnée à «on Umr de cette
rei^eontr^^ et oe sachant pas eneoiie quece gueprief
e^t $a SiOur^ < Qjû étefr-vous , s'écrio^felie? que fat-*
tesHiroiis près de /cette porte? -^ J'y viens faire ee que
vous venez y faire yous-même, ma 6QS4r ; car je re«
cpQnais voiœ voii: et je saie votre pensée. -^ Oui ,
c*est Trâ$illa; oui , j^enteads aussi voir^voix, ma
soeur; co^d^u je mi& étoaoéel -r-* Ne soyez poini
étonnée qu^ j'ajie prû; rarmure d*un guu'Fi^ pour
suivre i^nuibal : je suis se femme. Itfaie je suis éton-
aé|S, xnpi, que Kai]|our voas égare jusqu'à vouloic
i^rper les drpijl$ que j'ai à la Coi d'Amiibat. — Non,
j^ r|e io*égare point : Annihal est mon mari ; j'ai reçu
sa foi , M il m'4 permis de le siiivfef » Alere l'éclair-
cissen^eot sib fait ; les det^ emm se disent Fune à
Tiaiutre l^ gag^s qu'elle^ ont reçus de la foi d'Àn-
njb^; écJlj^iFjpisseinent douloureux qu'écouteni un
ffèrp irrité, ua père et une pière dése^^és. Elles
coQ^penpe^t h ea^voir la ruse infâme d'Aïu^bal ;
cependant la jalousie et la fierté résisiept encore au
cri^el ascendant de la vérités L'orgueilleuse TrasiUa
sm*tout ne peut pas croire qu'Annibal ait osé la
prendre ^eulei^ent pour maîtresse : < C'est moi, dit<
elfe à siat sg^pr, qu'il a prise d'abord pour sa femme,
et vops n'eve;; été plue tard que son amante. » Mai«
Peripijîa^, plus outragée parce qu'elle aimait plus
j^aîvcment^ et plus irritée contre le sédueteur :
« Ainsi , ma so^if^ e'iicrie-t-eUe avec horreur, nous
suivrons Ànnibal, vous comme sa femme, et moi
comme sa maitressei — Ah! Dieu i^>us sauve de
^(^ i9iCawa{ rm Qj^ bife donc? — L'aiteodre ici, Imî r^acbep «i Uia^ispo et U gercer à/i^ coupe. — L'l4topMU)9 ! ^*àefiA i»mmrm <iU Tii^âilla «Gcouranil; 09 co m^iMat; Aiuûbal e^ âaos ion /cao^p» pH yi^i^ ds pttiir fMMT l'i^Hil^ i>orto. -^ ma aoBur, 4il Tra- ^Uykk, 41 M «oiusre$t^ 4qb^ plus ^u'à ppu^ir t^ à k»«9r iiofre )^)iiite (éaiGis notre saag» ji <;(Q$.d^môD9s«Qè(«^49 la tragédji^» d'ÂiisaJldo £ebfi
«»eat$ d^ l!s^6iO¥r M .de l^ fsi^sia .^ui remplissent 188 i^ise^ç^^c^ act^^ A:B9a!d^ Ceha pe garait- n(^9J?qucr de 4^i^^$8S^ Qt 4e îfQPee ; oa^s ^ «uftnd il exi»*iH^ le ri€(>ç,iA^ ^ leidfe^oir des (de«ît îWBUCS , ;alors iX sait UiQil^Qr 'des ffi<H)ent$ :di^peç ,de Tt^tiquité. L^ tkéatre U^Me» du :S0izièiue siècle ulapproobe p^ du Ihéâtce teafi^iiQl , du théâtre r^i^gWs au de .noU:e ttiéâ^re français ^vdwL.-sepUème siècle ;.çepeûdaat TorelU^ BuocellM , .que j'ai d^à cites, et Apsaldp Ceba lui même, ont. des.inspirations admirables, s^iCr tout. quand ilsttrait^pt l^ grands et simples sentiments de rârae humaine. C'est par là qu'ils se rapprocbwit de l'antiquité. Ce qu'il y a.de:ïnodQKno.q}iez eiK, je veux parler.de l'amour av^ 4es nuar^çe^ infinies de, cette. pasaiop dans la littérature rpodanje, ost souveat recherché, subtil, petit; ce qu'il y a d'antique est-gm^d.et beau.
Tel e^ le.niéfit^ du dernier acte d^ JnmeUes.de Capoue. Une fbfc que leur sort.^t accompli, .upe fois qu'elles se savent trompées et .d^sbQPorées, toi w las î petits sentiments deJeur vie^eflacont : eMefi m Sf(Hit,plus ces doive jeunes filles coquettes et )é!g!èr^St4fie.pQ(i&avons vues; elles ne.jsoijt.plus ri-